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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 08:00

pouce-pied.jpg

Restons un moment du côté des péripéties animalesques et profitons-en pour nous rassasier des frasques culinaires de l'ami Jean-Claude Touray

 

Le POUCE-PIED qui voulait faire un repas

 

Fixé par un tuyau très prisé des gourmets

Sur un socle rocheux que la vague battait

Dans la zone agitée des grands déferlements,

Un certain Pouce-pied tenait un restaurant.

Aimable amphitryon pour tous,

Il prêtait son dos volontiers

Au voyageur pressé

Qui voulait manger sur le pouce

Quand un autre plus familier

Prenait son pied.

Ce bistrotier aurait bien aimé voyager

Mais, fixé au rocher, il ne pouvait bouger.

Quand il faisait son du Bellay il murmurait :

"Je donnerais trop bien

Le voyage d’Ulysse et le mont Palatin

La douceur angevine et tout son tralala".

Faisant alors son Brillat

Savarin

Il disait, larmoyant : "je donnerais tout ça

Simplement pour faire un repas

Dans un grand restau parisien".

Un bon génie qui déjeunait de bigorneaux

Entendit ses soupirs et comprit ses sanglots.

"Y’a pas d’souci, tu as droit à trois vœux l’ami

Et le premier sera

Un voyage à Paris pour y faire un repas".

Sitôt dit, sitôt fait et par tapis volant

Le pouce-pied

Est transporté

Sur les Champs-Elysées

Aux cuisines d’un restaurant.

Il y parle avec le gérant.

"Faire un repas ? N’y songe pas

Pauvre Pollicipes cornucopia.

Tu n’es homard ni araignée

Mais simple petit crustacé

Il n’y a que très peu de chair en toi

Pas d’quoi en faire un plat, moins encore un repas…

Par amitié pour le génie

Qui t’a fait venir à Paris,

Demain soir je te flambe avec un gros homard

Au calvados du père Magloire

Et cette immolation fera ta gloire.

MORALITE

Ce propos dégrisa tout soudain Pouce-Pied,

Qui s’écria : merci Monsieur n’en jetez plus

"Faire un repas" est en français très ambigu.

Cuisinier, gastronome ou chair à déguster,

Sont trois rôles distincts illustrant bien le thème.

J’avais pris "gastronome", hélas j’ai vite vu

Que vous ne pensiez pas au même.

 

Note du barman : le pouce-pied a une belle cuisse bien dodue et copieuse enveloppée dans un bas de soie noire... et c'est la chair de la cuisse dénudée que l'on déguste (d'après Lugar do Olhar Feliz)

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Poètes et rêveurs
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commentaires

dominique guérin 09/02/2011 10:57



J'ai pris du retard dans mes lectures... Je viens de me régaler !



paniss 27/01/2011 14:55



la note du barman nous incite au "péché" de chair, chair au propre et au figuré...



ysiad 27/01/2011 12:35



Très savoureux, ce pouce-pied qui ne se laisse pas déguster.



jean 27/01/2011 11:12



Finalement ce pouce-pied n'est pas comme le cochon de Raymond Cousse (Serpent à plumes) qui met un point d'honneur à avoir la cuisse bien rose pour être apprécié sur les tables. Merci Jean-Claude
pour cette jolie fable.



M agali 27/01/2011 09:58



Il fit bien de crier pouce et de faire haut le pied....