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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 20:30

Cercle-noir.jpg

 

Le jour arrive à son terme et la terre gronde. Fécondés à l’embouchure du fleuve, les germes du banian jaillissent des profondeurs, se multiplient et se déploient sans peine dans le labyrinthe des pierres. L’homme regarde et ne dit rien, n’esquisse pas un geste de défense. Il est ébranlé par tant vigueur et ses yeux, ses beaux yeux de maître se cerclent de noir devant la prolifération. Il entend les coups, les éclatements, les débordements et assiste impuissant à l’avancée sans fin. Il devine que ses jours sont comptés. Sa peau est déjà couverte d’effrayantes meurtrissures. Bientôt, il ne sera plus qu’un pauvre homme ignorant, sa fierté aura disparu, et ses remparts ne suffiront plus à le protéger. Quand le fleuve sera là, tout proche, prêt à le surpasser, il lui faudra partir, laisser la place. Les mailletons finiront alors de s’engouffrer dans l’épaisseur même de ses murs et de toute cette beauté du monde qu’il avait si patiemment modelée, il ne restera plus demain que la rumeur d’une ancestrale existence.

 

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Image In
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Yvonne Oter 22/04/2014 22:18


La puissance d'une racine est phénoménale, même sous nos climats tempérés.


Du temps où je participais encore activement aux activités d'une association appelée "Points d'eau", nous envisagions de restaurer la voûte d'un déversoir naturel. Arrivés sur place, nous avons
dû déchanter. Un arbre, je ne sais plus de quelle essence, avait vu ses racines perturbées par la construction d'une route en surplomb. Il lui a donc fallu se chercher un autre chemin, qui a fini
par faire éclater la roche au-dessus du déversoir. 


Pour réparer les dégâts, nous aurions dû hacher dans les racines centenaires de l'arbre et ... nous n'en avons pas eu le coeur ! Nous nous sommes bornés à consolider tant bien que mal le plafond
de la cavité et avons laissé l'arbre à sa paix. 


Je pense que c'est une jolie histoire pascale qui m'est revenue à l'esprit en lisant ton récit.