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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 11:18

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Bien des gens connaissent l'histoire qui nous est contée aujourd'hui. Elle a traversé les siècles et fait maintes fois le tour du monde mais il nous faut encore et toujours la transmettre si l'on ne veut pas que la barbarie finisse par l'emporter...

 

Un cheval rapide et doré

par Claude Romashov

 

 

C’est l’histoire d’un pauvre homme mal peigné qui voyageait dans le monde sur son cheval rapide et doré. Un cheval si éblouissant que les gens des territoires traversés n’avaient pas le temps d’engager la conversation avec le cavalier. D’ailleurs, ils n’en avaient aucune envie. Que dire à un homme en haillons, si sale et si mal coiffé. Ce métèque, aux dires de certains allait salir notre belle contrée avec les parasites qui encombraient sa chevelure et venaient interférer dans le transistor qui diffusait la parole unique de leur chef vénéré. Les seuls discours admis par la majorité de la population parlaient de battues gigantesques à l’encontre des étrangers. Celui-là avait de la chance d’avoir un cheval de haute volée. C’était donc cela cancanaient les groupes armés de fourches et de bâtons sur la place du pilori, il avait volé ce cheval car une crapule de cet acabit ne pouvait circuler sur une monture céleste, à moins que l’animal ne soit démoniaque. Et de plus, l’homme était sale et mendiait une ration de pain - Oh, pas pour lui mais pour son cheval disait-il - Si notre pays devenait la terre refuge de tous les mécréants, les indésirables de la planète, l’ordre et la loi ne seraient pas respectés ! Nous devons lever une armée pour contrer tous les barbares, les réduire au néant car là où leur cheval passe, l’herbe devient nauséabonde. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le pays s’arma de chars écraseurs de liberté, de lance-roquettes hurlant de bon droit. L’infanterie marcha au-devant de l’homme de l’autre monde. L’homme du monde des sous-hommes, afin de l’expédier plus mort que vif d’où ils venaient, lui et sa monture en toc. La terre verte du pays d’accueil se mit à trembler de toute la rage libérée de ses habitants. Des fissures dissidentes apparaissaient de-ci, delà mais on eut vite fait de les cautériser au fer rouge afin que le pays puisse faire bloc pour rejeter tout ce qui est étranger. Tout ce qui fait tâche et qui dérange des siècles d’arbitraire. Tout ce qui vient noircir la terre de nos ancêtres, la pureté de nos origines…

 

L’homme arriva dans un village. Sa monture en sueur semblait boiter. Il descendit de selle pour soulager l’animal. Les gens rassemblés à l’écart se gaussèrent de lui. Il était finalement petit et faible (et si sale) ! Un grondement puis le boulet de canon superbement ajusté l’envoya voltiger dans les limbes. Son sang retomba en pluie sur les feuilles des arbres qui se mirent à noircir car c’étaient de bon vieux arbres d’ici, plantés par les paysans du coin.

 

Depuis on peut voir, si on a les yeux ouverts, un cheval d’or aux ailes d’airain chevaucher la course des nuages. Si l’on regarde sans se laisser éblouir par le soleil qu’il laisse dans son sillage. On aperçoit alors, un petit homme accroché à sa crinière. Un homme à la peau noire, les cheveux frisottés, qui chante les libres espaces du droit d’exister.

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso nouvelles
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commentaires

danielle 11/10/2010 18:23



A force de la raconter, cette histoire, si elle pouvait vraiment devenir une légende, ce serait si bien!