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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 14:51

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Voici venu le dernier acte des horribles et mirifiques prouesses de la très illustre Ysiad, Reine des déconvenues, fille de la grande et honorable Dame Infortune...

 

 

 

Comment vraiment bien foirer à Cuba 

 

De même que vous avez très bien retenu de vos cours d’histoire qu’Eisenhower s’était pris une claque sévère durant l’épisode de la baie des Cochons (les musées cubains sont fiers de montrer aux visiteurs les débris des bombardiers ennemis, accompagnés de commentaires victorieux à l’appui), vous ne pourrez pas non plus oublier votre premier dîner à Playa Larga, tant il vous a marqué. Après avoir quitté votre bungalow de style soviétique au toit fait d’une pièce de tôle ondulée, vous vous rendez dans une salle de réfectoire aussi vaste que glacée, dont les murs affichent d’immenses têtes de cerf à l’air si larmoyant que leur seule vue pourrait tirer des larmes à votre chef de service (un type assoiffé de sang). S’il n’y avait que ça ! La climatisation mal réglée recrache un air à 10°C. Vous grelottez. Autour de vous les tables sont vides ; seul, un peu plus loin, un gars louche vous sourit de toutes ses dents en or. Au bout de quelques instants, le voilà qui se radine pour vous proposer du tabac à des prix si bas que même chez But, ils ont pas les mêmes. Ahhhh. Vous refusez poliment, mais comme il insiste en promettant de vous offrir les dix premiers cigares de la boîte si vous lui en prenez cinquante, vous lui dites en grinçant des dents que les gens qui viennent d’arriver seront certainement beaucoup plus intéressés par son offre que vous, qui ne fumez plus du tout. Il vous regarde, surpris et incrédule. « No es posible ! » s’exclame-t-il, comme si vous veniez de lui apprendre la mort de Fidel. « Ben si mon vieux, ma mère fume plus, faut t’y faire ; t’as qu’à proposer tes feuilles de banane à d’aut’ gogos », lui décoche votre fille dans la langue de Rabelais. C’est très efficace. Le type a bien compris, il est allé proposer sa camelote à la table d’à côté.

 

Les musiciens n’étant pas encore arrivés, vous avez bien besoin d’un bon plat pour vous réchauffer. Or il n’y a pas de langouste grillée mais du crabe « à la cubaine », vous dit le serveur, en précisant toutefois qu’il est servi avec de la sauce. Très bien, pas de problème, pourvu que vous vous réchauffiez. A peine a-t-il le temps de disparaître dans les cuisines que le revoilà, avec sur les bras deux grandes assiettes qu’il dépose en vous souhaitant un bon appétit. Allons bon. L’odeur qui monte à vos narines est si particulière que passé le premier instant de stupeur, vous promenez votre regard sur la bouillie rougeâtre où surnagent çà et là fragments de pattes, morceaux de cartilage, antennes tronquées, œil sectionné… Quelle sorte d’instrument a-t-il fallu pour écrabouiller ainsi la pauvre bête, pensez-vous un instant, mais la faim est si forte que, repoussant votre dégoût, vous goûtez la pâtée d’une fourchette intrépide, en oubliant l’épisode de l’excursion à Cayo Levisa. Ahhhhh. C’est presque aussi dégueulasse que les plateaux repas d’Air France, (en plus copieux tout de même), mais il faudra attendre le lendemain où l’on vous servira, en guise de beurre, un bol de mayonnaise luisante avec votre biscotte, pour être bien convaincue que Playa Larga est le dernier endroit au monde où l’on peut envisager de manger des choses comestibles… Vous n’êtes pas au bout de vos peines, car cette mayonnaise vous suivra jusqu’à Trinidad, lorsque, à peine arrivée dans la maison d’hôte, votre grand nigaud de fils, toujours impatient de s’illustrer, se fendra d’un appel longue distance pour justement vous demander de lui filer la recette de la mayonnaise (M’man, les jaunes, tu les mets avant ou après les blancs ?). Si cette histoire vous aura coûté une fortune en téléphone, au moins aura-t-elle fait gratuitement le tour de Trinidad !

 

Ce n’est que plus tard que vous dégusterez la meilleure langouste de votre vie (pêchée au large de Casilda, et sans mayonnaise). Si vous fermez les yeux un instant, reviennent en ronde les danseurs de salsa, les musiciens aux maracas sous la statue de Cespedes, le rythme trépidant des tambours africains, les longs palmiers des péninsules, les crabes presque transparents filant sur le sable, la terre couleur de brique de la vallée de Vinales, un lézard bleu sur le mur du bungalow, un type qui fume avec son poulet perché sur la tête, les bleus opposés de la mer et du ciel par jour d’orage, un air de Pablo Milanes dont le refrain vous obsède encore :

 

Yolanda, Yolanda

Eternamente Yolanda…

 

… Mais si par miracle, en arrivant à Roissy, encore dans les brumes du décalage horaire, vous réussissez l’exploit de vous planter de terminal en allant récupérer vos bagages (le service des réclamations vous assurera ensuite avoir vu bien des cas de valises égarées, mais encore jamais celui-ci), alors seulement, vous pourrez espérer un jour décrocher la première place dans la catégorie « foireur professionnel » du livre des records.

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Comment bien foirer...
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commentaires

Castor tillon 31/01/2012 04:04


Contrairement à ta concassée de crabes, elle est délicieuse, celle-là. Quatre fois que je viens rigoler à l'oeil sans même te laisser un ptit com, didonc, vil que je suis.


J'espère qu'il t'en reste. Pas des coms, des foirades.

jean 16/11/2011 16:51



Vraiment, ces foirades à Cuba sont croustillantes. Bravo à vous, Ysiad et Julie, d'avoir relaté votre "trip" de cette manière si humoristique que ça me donne grande envie d'y aller,
vraiment !