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7 février 2007 3 07 /02 /février /2007 23:55

 

Lorsque l’on veut parler d’une chose, disons préoccupante, et que l’on ne parvient pas à se décider à la rendre entendable par la parole, on se réfugie parfois du côté du l’écrit avec ce qu’il suppose comme prédisposition à faire-part. Pour le porteur des mots, l’excitation qu’induit l’écrit peut compter double : à la fois délivrance d’un secret par l’évocation de la chose en question et effet de brouillage de celle-ci par le recours à des arrangements esthétiques originaux ou tout au moins par l’emploi d’une langue autre, étrangère qui provoque un sentiment d’irréalité. Un écrit qui en quelque sorte se laisserait aller à livrer une pensée désirante en souhaitant qu’elle reste lettre morte.

A la question : qu’est-ce que ça raconte ? le lecteur peut tout autant entrer dans le dispositif de l’auteur en y ralliant sa propre curiosité et trouver une source inespérée de fantasmes, comme il peut être tenté de répondre ça ne veut rien dire du fait d’une certaine candeur, d’une étroitesse d’esprit ou bien sûr d’une trop grande affinité avec cette chose qui l’atteint de plein fouet et qu’il ne peut contenir qu’au prix d’un déplacement incessant de son attention.

Ce jeu de l’endroit et de l’envers se retrouve finement mis en scène dans le roman de Georges Flipo " Le vertige des auteurs ". A commencer par le vertige, cet éblouissement de la pensée fait de désirs impatients et de mystérieuses aspirations pour lesquels des hommes sont prêts à tous les renversements, à toutes les métamorphoses. C’est dans cette spirale de transmutations qu’est entraîné le héros de cette histoire dès lors où, lâché par ses pairs, il entreprend de partir à la conquête de ses rêves de vie. En l’occurrence, être un écrivain, quelqu’un hors du commun, puissant, envoûtant, doté de mystérieux pouvoirs, quelqu’un capable de résister au temps, d’être statufié. Seulement pour être viable, l’entreprise d’écriture réclame une certaine rupture avec le rêve - ne serait-ce que pour profiter de l’expérience singulière du réveil - pour ne se laisser porter que par le souffle des Muses avec ce que cela implique comme nœuds, trébuchements, désordres et altérations.

Ici, le héros de cette expédition romanesque n’en a cure, son œuvre rêvée se construit sur sa seule foi et, occultant le fait que l’écriture se nourrit de rêveries, d’écoute flottante, d’échafaudages instables et de renoncements, il ne parvient à s’engager que du côté des apparences. Il n’a d’autre exigence que de vouloir jouir au plus vite de ses fantasmes, faire ça dans un monde où la chose lui appartiendrait totalement et exclusivement. Seulement voilà, ce monde-là reste désespérément vide d’une histoire à partager et ne subsiste en définitive qu’un pauvre hère virevoltant et s’enflammant devant son seul miroir. Au passage, les dessous du milieu sont férocement exposés à la vindicte des laissés-pour-compte et l’on pourrait se dire que tout cela est affligeant s’il n’était question que de griefs et de rancunes mais Georges Flipo parvient à entraîner le lecteur - auteur en devenir - dans une ronde qui l’intéresse et le préoccupe suffisamment pour qu’il puisse dépasser la répulsion et se sentir éclairé sur ses propres turpitudes.

Un voyage déchirant au cœur de l’espérance littéraire.

Le vertige des auteurs de Georges Flipo aux Editions Le Castor Astral, 273 pages, 15 €

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
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commentaires

LAMY Jacques 09/12/2008 12:32

Qur des rimes "riches" (elles en ont de la veine, par les temps qui courent !)...et TOC !    

Lastrega 09/12/2008 08:27

C'est beau, c'est beau, c'est beau toute cette musique ! Merci le poète et vive la poésie !

LAMY Jacques 08/12/2008 21:27

Belle Hélène merci de ce beau compliment.J'écris dans le bon vent quelques petits poèmes(Dans la tempête aussi, je repeins des "je t'aime !)Je crie à l'injustice au peuple à qui l'on ment,Je brode en vérité un lendemains qui chantePour les gueux dépourvus d'amour et de chaleur,Pour les déshérités qui montrent leur valeur....Je ne suis qu'un rêveur que l'Écriture enchante..

Hélène 08/12/2008 20:49

Je suis impressionnée par la production intensive de poèmes de Jacques Lamy.A Yalta, Staline, disait en parlant du Vatican -Combien de divisions?-. A Jacques Lamy, je demande-Combien de poèmes, depuis qu'il navigue toute plume dehors sur l'écume des jours?Je le remercie de m'avoir dans "Histoire d'eau 7",appelé -Belle Hélène-. Cela vaut largement le plus beau des poèmes. Je suis maintenant convaincue que la vérité sort de la bouche des poètes...

Georges F. 08/12/2008 11:31

Bonjour,On me signale les bruissements charmants qui accompagnent le proche deuxième anniversaire de la sortie du Vertige des auteurs, si brillamment commenté par Patrick au zinc de notre illustre café littéraire. Je viens de les lire, et j'en sors tout ému. Merci pour ce glorieux poème, merci pour ces touchantes fanfares, laus et jubilatio, merci pour ces commentaires si fins.Alors, très vite :- oui, je suis toujours vivant. Ni les Argentins, ni les Chiliens, ni les Chilotas ne m'ont mangé. Les bifes de lomo de 400 grammes et les assiettes d'empanadas dont j'ai fait mes délices ne m'ont pas non plus étouffé.- depuis le retour de là-bas, je suis un peu débordé  entre le "vrai" travail, la sortie récente du recueil "Qui comme Ulysse' (il part très bien, merci, notamment grâce au bel article de Patrick), et la sortie imminente de mon nouveau roman "Le film va faire un malheur', qui s'annonce prometteuse d'après les premières réactions des médias (très belles nouvelles à annoncer prochainement sur mon blog). Et en plus, j'écris... en tout cas j'essaie.Le Vertige poursuit sa peite carrière. il en reste encore de beaux stocks chez l'éditeur, mais je continue à en dédicacer à chaque salon.Excusez ce billet, il ne parle que de moi. Remarquez, quand je n'écris pas de billets, c'est pareil. Amitiés à tous.