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7 septembre 2006 4 07 /09 /septembre /2006 08:58

Une nouvelle de Patrick Essel en plusieurs épisodes

Il a l’air content mais ses yeux ne pleurent pas. Ses mots sont trempés de la sueur et du sang à venir mais ses mains restent rugueuses et ses lèvres sont en papier de verre. Il ne veut de l’amour qu’un peu de chair tendre baignée d’une mousse à peine plus délicate que celle des Bud. Moi, je sais comment rendre le ciel plus clair, comment transformer la couleur de la peau, des cheveux, des jambes, de la gorge, et même des mâchoires. Lui, il se figure que je vais me mettre à sa botte, me vautrer, tête la première, la bouche tendue, prête à toutes les contorsions pour qu’il se la coule douce, prête à m’empiffrer de ses braillements de coq et de ses soupirs d’ours gavé au lait caillé, prête à me détacher de la terre jusqu’à ce qu’il lâche deux ou trois bordées de son petit caviar dans mes poumons.

J’ai fermé les portes, tiré les stores et mis la station en veilleuse. J’ai enregistré deux Bud supplémentaires à la caisse en me disant que j’y arriverai peut-être. Mes seins étaient sur le point d’aller prêcher le branle-bas. J’ai redemandé pour les comptes. Il n’a pas supporté que je remette ça.

- Cette baise, on va se la faire, t’entend ? J’ai la bouche pleine de tes tétons et j’en ai par-dessus la tête de tes simagrées. T’as pas d’autres clients sous la main, tu piges ? Y a plus que moi ! Je suis le dernier ! Alors tu t’y colles, c’est compris ? C’est toujours avec le dernier que tu te fais le beurre de la journée. Tu lui vides les poches et il t’emballe, c’est pas compliqué, merde !

- Justement vos poches, faudrait voir…

- Merde ! Merde ! Et merde ! Qu’est-ce que tu crois, ça fait quinze jours que j’ai fait le retrait, quinze jours que je t’ai à l’œil, que je ne dors pas, j’ai toute la monnaie qu’il faut là, dans ce putain de jean. Viens voir ! Viens palper ! Allez viens, j’te dis !

Je ne voudrais pas chipoter mais je déteste l’odeur de la monnaie qui a traîné plus que nécessaire dans les fonds de culotte. J’ai pris un air suspicieux.

- Il se fait tard, ça serait bête de se mettre à la peine et de se laisser aller à rien.

- Ecoute, je pourrais y aller comme je veux sans faire sonner le fric, Tac ! Tac ! Tac ! Et tac ! Tu serais bien avancée après ça, hein ?

J’ai respiré un grand coup. Mes seins se sont dressés tout net et mes tétons ont fait mine de s’égayer. Du coup, le visage de l’homme s’est aussitôt chargé de lumière. J’ai préféré ignorer les petits picotements qui me taquinaient aux extrémités.

à suivre …

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