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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 09:36

Le café va faire relâche pour une quinzaine. Le barman s’en va goûter l’air de lointaines terres. Pendant son absence, il est tout à fait possible de fréquenter l’établissement, de prendre des nouvelles des uns et des autres et pourquoi pas de profiter de l’arrivée de Claude Romashov pour s’en mettre plein la lampe.

Au retour, ce sera Suzanne Alvarez qui officiera pour orchestrer le 500ème du café avec des nouvelles, des poèmes, de la peinture, des photos, de la musique et… non, je ne vais pas tout vous dire… on se retrouve vers le 10 octobre…

 


                                                      

Potage à la russe

 

Elle traîne dans la cuisine ses charentaises éculées, remue les casseroles en faisant un max de boucan pour que je m’énerve. Elle y arrive fort bien. La garce !

Moi, je me relève d’une grippe carabinée soignée au Jack Daniel’s. Une horde de cafards cavale entre mes tempes et me le refile pour de bon. Je me lève en râlant, fouille dans le paquet de cigarettes écrasé sur une chaise. Pas la moindre trace d’un mégot dans le paquet, ni dans le cendrier refroidi. Un réveil sans clope voilà le bouquet final qui va améliorer mon humeur.

A propos de bouquet, ça va sentir bientôt sentir bon dans la cuisine. Mon grand museau s’allonge. Ma divine, ma belle Russe aux charentaises a décidé de le préparer enfin, le bortsch qui va me réconcilier avec la vie.

Sans faire de bruit, je ramène ma carcasse devant la grande casserole qui frémit de tout son être. La viande de porc non désossée tombe dans l’eau suivie des épices et d’une feuille de laurier odorante. Un plouf bien gras dans le bouillon plein de yeux et d’écume ; à retirer avec doigté comme elle seule sait le faire. L’oignon roule de la planchette et ne veux pas s’en laisser conter. Je propose mon aide pour le déshabiller de ses peaux craquantes et dorées. Il se venge en me mettant la larme à l’œil.

Rien, pas un klaxon dans la rue. Les flics ne sont pas encore levés ou bien ils déjeunent au bistro. Les chiens lèvent la patte contre les platanes et les petites vieilles trottinent menu vers le parvis de la cathédrale. J’essuie mes yeux chassieux et retourne courageusement à la table de travail.

Donc je disais, l’oignon récalcitrant finit lui aussi dans la casserole. Le chou pommé, vert printanier se froisse entre ses mains, les pognes devrais-je dire, de ma belle étrangère. Elle laisse tomber en pluie les morceaux qui marquent le tempo avant de prendre toute la place. Je lui avais pourtant bien répété que la casserole était trop petite. Chiche que maintenant elle va m’écouter. Je sors triomphalement la grosse marmite à fleurettes et l’installe sur le gaz troublé par l’eau. Il ronfle sa colère en sortant de belles flammes jaunes et bleues par les petits trous prévus à cet effet.

Le rugissement se calme, les patates, dociles comme des filles de petite vertu après une nuit au poste se jettent dans la marmite, trop heureuses de l’espace retrouvé. Les carottes sont bien plus bégueules et friment un peu les minettes avant de passer sous l’amincisseur économe. Coupées en rondelles et toutes fiérotes, elles fricotent avec les tranches d’oignon caramélisées dans une poêle fondante comme du beurre.

Elle me parle :

- Ça ne va pas !

- Quoi ! qu’est-ce qui ne va pas ? Je me retourne prêt à mordre.

- Les betteraves, j’ai oublié les betteraves !

Les mots de reproche meurent au coin de mes lèvres car elle s’empresse le regard inquiet.  Les charentaises voltigent. Elle enfile son manteau en poil de chameau, prend son filet à provisions et repère l’épicier du coin qui vient de lever le rideau de fer. Je râle.

- N’oublies pas de me prendre des clopes. 

Tout est tranquille après son départ. J’observe les yeux mi-clos ma bonne soupe qui mijote gentiment sur le feu, cherche la dernière flasque de whisky que j’avais précédemment cachée dans une poche dérobée de ma gabardine et tête comme un nouveau né.

 

Elle rentre en ouvrant grand la porte. Un souffle d’air glacé éteint le gaz pour de bon. Je la houspille un peu mais elle me tend le paquet rouge tant convoité. Elle est gentille tout de même malgré son caractère de cochon (Chez eux, ils vouent un véritable culte au cochon. La bestiole où tout est bon à manger.)

Des mignonnes betteraves rouges comme mon paquet préféré se marient à un concentré de tomates bien corsé dans une autre poêle plus petite.

Olga verse dans la marmite les carottes, les betteraves, le sel et le poivre en grains, rajoute des haricots en boite à mon grand déplaisir. Il nous reste au moins deux heures avant que tout soit prêt. A mijoter aussi doucement avec le fumet que tout cela dégage, je me sens un appétit d’ogre.

J’empoigne ma belle Russe, sa taille épaisse me rappelle les matriochkas qui me faisaient marrer quand j’étais môme. Pensez donc ! Une pépée de troussée et encore une, et encore une qui vient s’emboîter.

Le bortsch se répand dans la soupière. La crème fraîche attend déjà aux nouvelles.

Pour une fois, je fais une entorse à ma ligne de conduite. Je laisse tomber lâchement mon Jack Daniel’s pour une bouteille de vodka à 45°.

 

Claude Romashov Je suis née dans le gris. Mais je me suis vite rapprochée de la lumière de la Méditerranée. Lumière qui flatte mon œil de peintre, et puis, j’ai découvert l’écriture en 2003.

J’ai 2 nouvelles publiées par l’Association Culture Loisirs Antibes en 2007 et 2008.

Suis finaliste des concours de rondeau et de nouvelles policières de la MEL à Marseille en 2008.

J’ai aussi des parutions dans les revues " Pr’Ose ", " Les Hésitations d’une Mouche " et " Locomotif " On peut lire deux de mes textes sur le blog de l’Antre lire et deux autres sur celui de Magali Duru, ainsi que quatre de mes nouvelles sur le site " Bonnes nouvelles ".

Email : romashov.claude@free.fr

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso nouvelles
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commentaires

ysiad 09/10/2009 12:13


Ben l'Apollon de Vermeil, ou à l'extrême rigueur une publication de mes écrits sur le travail aux Editions de Minuit avec une préface de Jean E.



Apollon le Romain 09/10/2009 08:48


Que peux-tu "désirer",Ysiad,quand Apollon dort...


ysiad 08/10/2009 20:51


Sapristi ! Qui est Apollon le Romain ? Merci en tout cas pour vos gentillesses Apollon, de la part d'un dieu, c'est toujours bon à prendre.



Apollon le Romain... 07/10/2009 19:39


Félicitations Ysiad pour "La pause miroir"


claude 02/10/2009 20:49


Merci à ceux qui ont apprécié ma recette typiquement russe.