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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 22:35


Ils se sont cherchés jusqu’au antipodes et se sont trouvés au coin de la rue. Ils se sont séparés pour toujours et rappelés après la première nuit. Ils se sont blottis dans les bras l’un de l’autre, ont embrassé leurs cris et leurs rires, fermé les yeux et cessé de respirer au risque de s’évanouir. Leur rêve d’un amour éternel les ont emportés quelques secondes au paradis. Ils ont dépassé l’horizon, effleuré la Lune, caressé l’anneau de Saturne et ont fini par s’égarer dans les espaces d’une autre vie sans avoir eu le temps d'atteindre les cent ciels. La noce s’est terminée un dimanche soir. La lumière est devenue peu à peu broussailleuse. Pour éviter de se perdre encore, ils se sont mis en tête de ne pas penser au lendemain. Exaucées, les lèvres ont bu l’eau vive du désir jusqu’à la dernière goutte.

Au réveil, il n’y avait plus que le parfum énorme et imperceptible du dernier baiser donné dans l’ombre. Les bruits du monde ont eu tôt fait de couvrir le bouillonnement de leurs cœurs. Dehors les murs étaient gonflés de promesses et la foule, crépitante d’aisance, leur ouvrait son ventre brûlant. Pris dans le tournoiement des heures s’ajoutant les unes aux autres, ils ont fini par se recroqueviller dans les seuls détails pratiques de l’existence. Le soir, ils parlaient des gens qu’ils avaient croisés au travail ou dans la rue, des gens comme eux dont il ne restait presque rien une fois la nuit arrivée. Ils se couchaient sans force aucune et le temps passant ils ne se regardaient plus que dans la peur d’un effacement soudain.

Longtemps après l’enfouissement, du sang est revenu dans les membres raidis. Le bruit n’avait pas cessé mais un vent venu de très loin les a fait tressaillir. La lumière était bleue, tamisée par la fin du jour. Ils se sont défaits de leurs costumes d’intérieur et ont laissé la chair de poule les enrober. Une image est venue des tréfonds et leurs yeux se sont brusquement agrandis. A cause d’un mot suspendu sur le bout de la langue, ils se sont mis à bégayer. Ils ont ri. Ri de l’empêchement et de l’ivresse renaissante. Dans leurs reins ruisselait une tendresse qui se passait de commentaire. Leur poitrines ont vibré au son de musiques anciennes et de frissons inédits. Et alors qu’ils retrouvaient une sorte de grâce profonde, des souvenirs ont jailli de toutes parts.

 

 

Le concours Calipso 2009 sera clos à la fin du mois. Il est encore temps d’y penser, de convoquer sa mémoire ou son imaginaire et de se laisser porter par l’intime ou l’étranger….

Ah, que le bonheur est proche ! Ah, que le bonheur est lointain !

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Concours de nouvelles 2009
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commentaires

Sophie 10/06/2009 13:59

Ce qui voudrait dire que le démon de minuit favorise l'énergie renouvelable...C'est quand la pleine lune, Phil?

Phil 10/06/2009 13:05

Ou de minuit, car la lune est propice "A la recherche du temps perdu", quand se fait faible le chant de l'amour...

Phil 10/06/2009 13:03

Ou de minuit, car la lune est propice "A la recherche du temps perdu", quand se fait faible le chant de l'amour...

jean 09/06/2009 00:52

C'est tout simplement le démon de midi... dit sous une forme très poétique

danielle 08/06/2009 19:55

Mon ressenti rejoint celui de Gene. Une belle page nostalgique à propos d'une passion que les contingences de la vie quotidienne ont peu à peu éteinte. Et puis, un beau jour, l'étincelle rejaillit, on ne sait trop pourquoi, et le bonheur oublié repointe son nez.