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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 09:45

Pour se repérer en mer on peut s’en remettre aux astres ou s’accorder avec les méridiens et parallèles ; une fois débarqué, il arrive que l’on se perde dans les innombrables lignes de démarcation qui organisent la vie terrestre. Le capitaine Alvarez en sait quelque chose…

Welcome to Saint-Kitts and Nevis


On sent, ici, comme une hospitalité authentique rayonner dans les panneaux de Bienvenue " Welcome " qui jalonnent les rues, et qui vous prend dès votre arrivée. Le charme désuet et la tranquillité de ce petit état insulaire volcanique, vous ramènent à une époque où les choses étaient plus simples, lorsque la vie était plus paisible, lorsque le stress était juste un mot.

   

Saint-Kitts. Pendant que le Capitaine du Pythagore, aidé de la moussaillonne, était en train de se farcir, en deux endroits différents et en quatorze exemplaires, des formalités d’entrée dignes du parcours du combattant, et qui nous permettraient de stationner dans les deux îles, je contournais quelques bâtiments de style Georgien, puis je dépassais " Victoria Square " et la Grande Horloge Verte.

Dès mon arrivée au bureau de Poste de style colonial très British de Basseterre, j’ai filé directement au guichet " Poste Restante ". Une vraie chance, puisqu’à cette heure de la journée, il n’y avait absolument personne qui attendait.  A mon approche, l’employée a baissé la tête. J’ai dit " Good morning " en souriant comme à mon habitude, et tout en lui glissant mon identité sous les yeux. Mais elle n’a pas répondu à mon salut. Pire, cette malpolie nous a carrément ignorés, mon passeport et moi puis, dans une lenteur mal assurée, en raison de son envergure, elle s’est extirpée péniblement de son siège, m’a tourné le dos en haussant les épaules, et, dédaigneuse, s’en est allée fureter dans l’arrière-salle. Qu’est-ce que je m’étais donc imaginée ? Qu’on allait me mettre le tapis rouge, qu’on allait m’accueillir à bras ouverts ? J’ai fait ni une ni deux, j’ai ramassé mes papiers et je me suis postée devant le guichet d’à-côté. J’ai appliqué le même scénario que précédemment, en saluant bien poliment la guichetière, sauf que cette fois, je n’ai pas souri, vu que j’étais tout à coup pénétrée par un froid de glace. Mais celle-ci avait l’air tout aussi mal disposée à mon égard que sa voisine, sauf qu’elle a pris quand même la peine de me regarder pour me lancer un regard de Carabosse, à tel point que je m’attendais à être transformée en criquet ou en bouvreuil. Puis, sans crier gare, elle m’a aboyé dessus :

- Zekiou !

J’ai d’abord eu un mouvement de stupeur qui m’a fait reculer de deux bons pas, car j’ai bien senti que dans ce mot prononcé dans une espèce d’anglais créole et que je n’arrivais pas à décrypter, il transpirait quelque chose de laid.

J’ai coulé furtivement un œil derrière moi, cherchant du secours, mais l’endroit était désert comme à mon arrivée. Il n’y avait que des gens de la Poste qui m’épiaient, tapis derrière le double vitrage de leur cage de verre. Alors, j’ai attendu qu’elle se calme un peu et je suis restée plantée devant elle, crevant de trouille. Et c’est là qu’elle a remis ça :

- Zekiou !

Cette femme était comme une urticaire. Je n’avais devant moi qu’un bloc de malaise… une bouche qui beuglait toujours la même chose : Zekiou !

Les secondes s’écoulaient, sans scrupules, et je me sentais virer à l’hystérie qui commençait à s’infiltrer en moi. Que pouvait-on me reprocher ? J’avais un passeport en règle. Sans compter que les deux cerbères n’y avaient pas même jeté un œil. C’est alors qu’une certitude d’une simplicité aveuglante s’est imposée à moi : " On " nous en voulait, à Nous, les Français, " On " ne pouvait pas nous saquer, c’était l’évidence même, n’était qu’à voir la manière dont " On " nous recevait dans les îles anglaises. " On " englobait l’Administration Maritime en même temps que l’Administration Terrestre bien évidemment…

J’étais plongée dans mes sombres interrogations, quand j’ai entendu une voix humaine. Carole, ma Carole venait de faire son apparition :

- Alors Maman, qu’est-ce que tu fais ? Tu n’es pas encore servie ? C’est bien long !

- Viens… viens vite, tu sais ce que ça veut dire… toi, " Zekiou " !… On n’arrête pas de me dire ça depuis tout à l’heure. Je te jure, ça me rend dingue ! lui ai-je chuchoté au bord de l’apoplexie.

- Attends un peu, laisse-moi faire, tu vas voir, je vais leur parler, moi ! a-t-elle fait en se dirigeant d’un pas décidé et le visage flambant, devant un guichet que je n’avais pas encore inauguré. Un homme, pour changer un peu :

- ZekiouZekiouZekiou ! La violence de ses propos avait altéré les traits de sa figure qui, dans sa haineuse litanie, rayonnait d’une détermination guerrière. Enfin, il s’est mis à nous regarder toutes les deux avec l’air satisfait de quelqu’un qui venait d’asséner une vérité d’évidence, en même temps qu’un éclat de rire imbécile provenant d’un guichet du fond accueillait cette sentence. Ce n’était pas possible… C’était un vrai complot… On ne nous aimait vraiment pas.

Désarçonnée par l’invective, la moussaillonne, à cet instant précis, parut se concentrer, interrogea sa mémoire, puis, soudain, un éclair la traversa, et elle s’ébroua joyeusement en me tirant par la manche….

Et c’est ainsi, qu’à petits pas muets, elle m’entraîna entre les poteaux à cordons couleur or qui balisaient l’endroit de la file d’attente, où il n’y avait pas âme qui vive, et devant lequel un petit écriteau indiquait : " The Queue ". Par prudence, nous stoppâmes net notre progression, derrière la ligne jaune tracée au sol.

Alors une voix de stentor troua le silence :

- Next !

 

En nous retrouvant à l’air libre, notre courrier à la main, la tête nous a tournées comme si nous avions trop bu. Devant nos yeux dégoûtés, clignotaient sur une pancarte, plantée comme un reproche, ces trois petits mots de Bienvenue aux îles de Saint-Kitts et Nevis :

- By my guest !

 

*St Kitts et Nevis : îles anglaises des petites Antilles dans les Caraïbes. La plus grande : St Kitts a pour capitale : Basseterre. Nevis, la plus petite a pour capitale : Charlestown.

*Style georgien : style d’architecture et de décoration intérieure néoclassique en vogue au Royaume-Uni entre 1715 et 1820, sous les règnes des rois George, et plus tardivement aux États-Unis.

*The queue : la queue (file d’attente).

*Next ! Au suivant !

*Be my guest ! : Soyez mon invité !

 

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Histoires d'eau
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commentaires

Lastrega 21/05/2009 20:46

J'avais oublié : il y a aussi "l'encre sympathique" des commentaires des mousses de la Calipso.

Phil 21/05/2009 19:21

Heureusement que notre capitaine Alvarez sait aussi manier"l'encre" pour nous relater ses aventures.

Lastrega 21/05/2009 19:16

Zut, mon commentaire s'est coupé. Oui, je disais aussi à Josiane que les quatre marins du Pythagore (le chat y compris) ont tous pris des cours de navigation avant de partir et ce, pendant plusieurs années, avant de franchir le pas. "Loisirs nautiques", "Bateaux" etc... étaient notre lecture de chevet. Pas le temps de batifoler avec des romans à l'eau de rose, donc. Je rappelle que "le Capitaine" au départ était le "Marc" de l'histoire, le Maître à bord après Dieu. Moi, je n'étais que "le Second", l'intendance et le cook. Carole notre fille était "la Moussaillonne", la boulangère (un pain comme je vous dis pas) et préposée au bidonnage de l'eau et de pas mal d'autres choses encore, et Iris, la chatte, celle qui était là pour donner son avis sur la qualité du poisson pêché à la traîne, qui attrapait les chauves-souris la nuit et les oiseaux (que nous arrivions à sauver in extremis parfois) et les poissons volants le jour. Les dernières années, c'est moi qui ai porté le titre de "Capitaine". Enfin, je ne peux pas vous raconter toute ma vie. Je me souviens des séances de "noeuds" que nous faisions, chacun notre tour. Les noeuds de "chaise" étaient ma hantise au début. Mais qu'est-ce qu'on a pu rigoler avec ça. Il a fallu aussi passer "le permis bateau" car au-delà d'un certain nombre de chevaux du moteur (car même les voiliers ont un moteur, ne serait-ce que pour entrer ou sortir d'un port, et nécessaire aussi quand il n'y a pas un pet de vent), le permis bateau est obligatoire, avec l'histoire de "l'homme à la mer" et tout le binz. Autrement, niet, pour les bateaux à voile. Obligatoire uniquement pour les bateaux à moteurs uniquement. Et puis aussi, il a fallu passer l'examen pour la radio du bord. Facile, puisqu'il faut connaître seulement l'alphabet (alpha...tango, whisky), et puis, savoir bricoler, bien sûr (comme pouvoir réparer une voile, faire une épissure, un taud, poncer, peindre, percer, visser, souder (à l'argon avec "un Tigre), enfin savoir faire presque tous les corps de métiers, et aussi pêcher, et aussi grimper dans le mât pour faire une réparation ou décoincer une "ficelle" ou une manille). Pour ce qui était de monter dans le mât, j'étais la grande spécialiste (avec ma Pépette, la chatte) car les deux autres lascars avaient le vertige. Faut dire qu'à 18 mètres en l'air, c'est pas toujours évident, surtout quand il y a du vent et que la mer est agitée. Mais moi, j'avais un truc... de sorcière et je n'avais pas le vertige... Bon, ça te va mes explications, ma Josiane, parce que si je commence à parler technique, va falloir m'arracher les piles. Sans compter que j'en vois déjà qui bâillent là dans le fond... déjà qu'avec le coup des ancres...Ma Vovonne, te voilà revenue de Belgique sur ton GALOPANT et, à peine arrivée tu te vautres sur ton divan vert sur Mot Compte Double... le vert Beurk!Et toi, Phil, je suis bien d'accord avec toi, les Belges sont des gens extrêmement sympathiques. Nous en avions rencontré aux Canaries, ils avaient un vieux gréement en bois d'une vingtaine de mètres.

Lastrega 21/05/2009 18:14

T'es gentille Patricia. Mais pour ce qui est de partir en croisière, tu n'as pas besoin de connaître toutes les sortes d'ancres, tu sais, et

Phil 20/05/2009 21:22

Par contre, quand on rencontre des Belges dans la vie courante, des gens comme vous et moi, on ne peut que se louer de leur gentillesse. Je ne taris pas d'éloges sur les Belges que je retrouve chaque année en vacances au Cap d'Agde Certes on peut dire que les vacances en seraient la raison . Pas du tout! Il suffit d'aller aux remises de prix de concours en Belgique pour se rendre compte que cette réputation n'est pas usurpée et j'en passe...Je dis donc, Yvonne - Vive les Belges!