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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 17:01

Comment un homme en arrive-t-il à entrer en résistance ? Qu’est-ce qu’il l’a amené à réagir ? A se décider à franchir le pas ? Comment se constitue cette impérieuse nécessité de mettre en jeu et à vif un pan entier de son existence, à ne pas céder à la tentation de se dire " finalement à quoi bon ? " Il appartient bien sûr à chacun de se débrouiller avec cette question-là mais nous pouvons aussi envisager de la mettre en débat ou d’en dire simplement quelque chose ici au café, en toute cordialité.

Merci d’envoyer vos contributions sous la forme de votre choix à assocalipso@free.fr

 

Pour ouvrir la discussion nous vous proposons cette mise en bouche de Claude Bachelier :

 

L’homme qui dit non

 

 

C’est l’histoire d’un homme. Mais cela aurait pu être celle d’une femme. Cet homme dit non. Calmement, dignement mais fermement, il dit non. Il fût une époque où il était dans l’air du temps de dire oui.

Lui, déjà, disait non.

Puis l’air du temps est devenu plus contraignant, plus oppressant et dire oui ne fût plus un droit mais un devoir.

Lui, continuait de dire non. Et il continue de dire non.

D’ailleurs, il a toujours dit non, même quand c’était la mode de dire oui.

Nul ne sait son âge. Mais faut-il avoir un âge particulier pour dire non ? Nul ne sait d’où il vient. Mais faut-il venir de quelque part pour dire non ?

Ce n’est pas facile de dire non dans une maison où les fenêtres ont des barreaux, où la bibliothèque n’a plus de livres et les pièces plus de lumières. Non, ce n’est pas facile. C’est même très dangereux.

Un jour, ceux qui ont mis des barreaux à ses fenêtres, qui ont brûlé ses livres et éteint sa lumière, ceux-là l’ont emmené par une journée sans soleil, dans une citadelle sans fenêtres et l’ont enfermé dans un cachot sans air.

Pourtant, notre homme continue de dire non.

Alors, ceux-là même qui l’ont emmené l’ont battu pendant des heures et des heures. Ils l’ont battu pour qu’il dise oui, mais aussi, mais surtout parce qu’ils avaient peur de lui, malgré leurs grands airs, malgré leurs rodomontades. Parce que celui qui dit non fait toujours peur à ceux qui veulent que tout le monde dise oui.

Mais lui, continue de dire non.

Ils ont alors emmené sa femme, ses enfants, ses parents, toute sa famille. Ils les ont enfermé dans un cachot à côté du sien. Ils les ont battus, eux aussi, avec encore plus de hargne, encore plus de haine. Ils n’ont pas crié, pas supplié.

Et lui, continue de dire non.

Malgré ses lèvres tuméfiées, ses mains écrasées, son corps électrisé, il dit encore et toujours non.

Mais ce non, murmuré plus que crié fait bientôt plus de bruit que tous les oui réunis. Et ces oui qui ont toujours dit oui apprennent à dire non. Ils le soufflent d’abord, puis le murmurent, puis le chuchotent. Enfin, ils le crient, ils le hurlent, ils le gueulent.

Et ceux qui avaient bâti des maisons sans fenêtres, qui avaient brûlé tous les livres et éteins les lumières, ceux à qui on devait toujours dire oui, ceux là disparurent du monde. Mais pas des mémoires, pas de l’Histoire.

Car, de tout temps, il y a eu, il y a et il y aura toujours des gens qui veulent que tout le monde dise oui.

Et qu’en face d’eux, il y en aura toujours un qui se dressera, seul, et qui dira : non.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
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commentaires

alain+emery 29/05/2009 21:53

Jacques le clown est de retour. Sa notoriété de poète ou de nouvelliste... Elle est vriament extra, celle-là!

jean 18/05/2009 02:41

L'apolitisme est la plus exécrable des politiques, cher Jacques. Ceci dit, cher Jacques, jecrois que les boîtes de dialogue du blog sont faites pour encenser ou vilipender les textes publiés et en aucun cas pour émettre une quelconque critique sur le blog et son foctionnement. C'est une faute de goût caractérisée. Il n'y a pas lieu de mettre sur la place publique un éventuel différend avec la politique éditoriale. Cela se traite entre la direction et l'impétrant.     

Sébastien 17/05/2009 19:57

Un pluriel qui a été oublié après quelques modifications. Désolé!

Sébastien 17/05/2009 17:41

Revenons à nos moutons, en dépit des nuages...Quand le Oui et le Non, dans la pensée s'exprimeLa raison nous incite à marquer un arrêtPour inviter l'esprit à mieux récupérerTant il nous faut résoudre une insoluble énigme.

ysiad 16/05/2009 23:21

Quant à mes insinuations...  Vous savez bien que je n'insinue rien mais que je constate des faits réels, et que je les évoque à visage découvert (je ne prends même pas le soin de me protéger d'un pseudo.)Belle insinuation ! Quant aux faits, s'ils sont réels pour vous, les autres ne le voient pas forcément comme vous. La réalité est une chose bien trop complexe pour ne pas l'édicter en loi comme vous le faites, relisez un peu Platon.