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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 15:14


Longtemps ils s’étaient promenés le long des rails. Après leur premier baiser, ils avaient emménagé dans une rue qui donnait sur la gare, côté grandes lignes. De leurs fenêtres ils se plaisaient à regarder les trains qui s’en allaient respirer l’air du large. La plupart des voyageurs quittaient la ville avec un enthousiasme fiévreux et beaucoup emportaient avec eux l’espoir d’une vie différente. Ils aimaient les saluer et entendre les rires des enfants quand ils les voyaient s’embrasser. Ils avaient un faible pour ceux qui s’en allaient sur un coup de tête, pour les amoureux qui savaient inventer l’éternité en quelques secondes et pour les vagabonds qui élargissaient si effrontément le paysage. Ils se disaient qu’un jour la voie ferrée serait illuminée de milliers de flambeaux et qu’un messager de la compagnie viendrait leur offrir un titre de transport. Ils s’étaient laissés aller à cette rêverie qui adoucissait si naturellement la longue usure des jours.

Elle était moins vieille que lui mais elle avait choisi de partir la première. De prendre seule un train pour la mer. Un de ceux qui crachaient encore de la fumée et qui quittait les villes en sifflant. La veille encore, la gare était en fête pour l’envol d’un couple de jeunes mariés. Elle avait accompagné les tourtereaux d’une chanson nostalgique au goût de chair et de sueur. Il l’avait senti prise d’un mauvais frisson quand un oiseau sorti brusquement des nuages avait piqué droit sur le quai. Sa voix avait déraillé à plusieurs reprises et sitôt le train disparu elle avait levé les mains au ciel en signe de désolation.

Au cours de la nuit, sa peau s’était mouchetée et un afflux de perles sanguines avait voilé ses yeux. Il faisait une chaleur d’enfer et ils n’arrivaient pas à dormir. Leurs pensées restaient suspendues à l’orage qui menaçait et ils n’avaient échangé que d’affreuses banalités. Peu avant les premières lueurs de l’aube la tourmente s’était relâchée et il lui avait demandé d’attendre un peu, de s’asseoir sur le lit, de dire quelque chose dans le noir, même une absurdité.

Elle avait attrapé son sac à main et s’en était allée en dévalant les escaliers comme si elle était en retard. Le sifflet du chef de gare avait retenti au moment où des taches violettes apparaissaient dans le ciel.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Transit
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commentaires

Malinda 21/04/2009 16:25

Ce texte est vraiment très beau.A quand le prochain Transit?

Phil 16/04/2009 10:13

J'allais le dire, mais Lastrega et Driss m'ont devancé.

driss 16/04/2009 09:34

Les transits de Patrick et les poèmes de Jacques Lamy c'est toujours un moment de bonheur à passer

Lastrega 15/04/2009 18:21

Je trouve que cette alternance de sizains et d'alexandrins,pour une évasion au rythme des éclisses,est du plus bel effet. Merci Lamy Jacques !

martine 15/04/2009 09:22

Vraiment splendide ce texte ferroviaire de Patrick et beau aussi le poème d'évasion de LAMY Jacques et pas mal non plus les petits essais de suite de Lastrega.