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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 17:14

Après son " Putain de carton " plébiscité lors des Inattendus 2008, Jean Calbrix revient au café pour nous conter une palpitante histoire de gosses et de képis…


œ

 

J'ai onze ans trois quarts. Les trois quarts, j'y tiens, je ne suis plus un gamin. Je m'appelle Robert et je suis très fier de mon prénom depuis que le prof d'Histoire nous a appris que pendant le Moyen Age, il y avait un super mec qui dirigeait la Normandie : Robert le Magnifique pour ses potes, Robert le Diable pour ceux qui ne pouvaient pas le saquer et auxquels il fichait la pâtée. Et puis, j'ai un oncle qui joue superbement de la guitare et chante comme un dieu. Quand il vient à la maison, il interprète toujours un vieux truc médiéval : "Je suis Robert, Robert, le beau Robert, que la brunette tant aimait" et ça me laisse tout mou.

J'habite une tour dans la banlieue morose et pas rose comme disent trois marrants à la radio. Je suis un artiste et je hais les murs nus. Avec mon copain Jimmy du neuvième étage avec qui je m'entends super bien - un vieux de douze ans et un huitième - on a créé une association, le CRAC... Je vous entends d'ici, ces petits délinquants font dans la drogue. Et bien vous vous fourrez le doigt dans l'oeil, grave. Le CRAC ça veut dire Compagnie Révolutionnaire des Amoureux du Chicos. Ouais, faut que je m'explique.

On en avait un peu marre, Jimmy et moi, de faire dans le dérisoire, de cavaler du rez-de-chaussée au dixième pour : dégonfler le vélo du concierge ; accrocher des boîtes de conserve à la queue des chats de la grosse du premier ; tirer les nattes de la pimbêche du deuxième qui se bourre le pull de coton pour faire croire qu'elle a déjà des roploplos ; sonner à la porte du retraité du troisième et se tailler en courant ; vider l'extincteur du quatrième pour jouer à la guerre des étoiles ; écrire "Zob" sur la porte du play-boy du cinquième, celui qui nous refile des taloches quand il nous croise ; échanger les paillassons des locataires du sixième pour les entendre se gueuler après ; crier au feu pour effrayer la vieille du septième ; monter sur la terrasse du dixième et balancer de la flotte ou des peaux de banane sur les gens qui rentrent dans l'immeuble. Vous croyez peut-être que je ne sais pas compter jusqu'à dix, que j'ai oublié le huit et le neuf. J'habite au huitième et il faudrait voir que j'y fasse des conneries, mon paternel serait prompt à me refiler une rouste. Quant au neuvième, c'est là que crèche Jimmy comme je l'ai déjà dit, et son dab n'est pas plus commode que le mien.

Un jour qu'on était assis sur les marches du rez-de-chaussée, et que j'étais en train de confectionner un pétard pour mettre dans le cabas de la concierge quand elle reviendrait de faire ses commissions, Jimmy me dit :

- C'est pas le tout, Robert, il faudrait peut-être penser à faire des choses plus constructives.

Il a du vocabulaire, mon pote Jimmy. Sur le coup, je n'ai pas bien pigé, et je lui ai répondu que mon pétard était parfait. Il s'est fichu de moi et ça m’a mis en rogne. C'est pas parce qu'il est plus vieux que moi qu'il faut qu'il m'écrase de toute sa science.

- Te fâche pas, Robert, qu'il m'a dit en redevenant sérieux. Ce que je veux dire, c'est qu'il faudrait faire des choses qui débouchent sur quelque chose.

Là, j'ai commencé à entrevoir.

- On pourrait aider la vieille du septième à traverser la rue et lui porter ses sacs jusque chez elle quand l'ascenseur est en panne, que je lui ai dit.

- Oui, ce serait positif, mais faudrait lui demander la pièce, qu'il m'a répondu.

- Et on pourrait s'acheter de vrais pétards avec.

- T'es con, qu'il a fait en se fendant la poire. Non, c'est trop caritatif tout ça. Il faudrait quelque chose pour nous exprimer, nous, vraiment. Allez, viens.

On s'est levés. La femme du concierge arrivait. J'ai allumé mon pétard derrière mon pote et quand elle est passée, hop, ni vu ni connu, dans le panier. Elle nous a fait :

- Encore à traîner dans les escaliers, espèces de vauriens. Vous savez bien que c'est interdit.

Et tout de suite après, pas l'explosion tant attendue, mais mon pétard raté lui a embrasé son panier. Elle a tout lâché en criant "Au feu". Tout l'immeuble a été ameuté, sauf la vieille du septième. Pas étonnant, elle est sourde comme un pot.

On a détalé à toute blinde et on s'est retrouvés devant l'arrêt du bus. Il y avait une nouvelle affiche, une nana avec un bout de loque sur elle qui lui cachait presque rien.

- T'es un artiste, m'a fait Jimmy. J'ai bien aimé la dernière fois que tu as calligraphié "Zob" sur la porte du play-boy. T'as fait un Z super génial. Et bien là, tu vas pouvoir t'exprimer.

- Tu veux que j'écrive zob sur l'affiche, que je lui ai répondu.

- T'es nul, Robert. Tu vois bien que cette meuf a besoin d'une robe.

On est allés chercher des pots de peinture et des pinceaux dans la cave du retraité du troisième. Une mine ; il est tout le temps en train de barbouiller son appartement. Je me suis éclaté, j'ai habillé la nana d'une robe somptueuse rouge carmin avec des pinces lui mettant en valeur sa taille de Britney Spears, des manches bouffantes et une longue traîne, un truc à faire pâlir Paco Rabanne, mais Jimmy a tout gâché en lui collant un béret basque et une moustache à la Charlot. On s'est engueulés, il m'a secoué, je lui ai balancé un coup de pinceau qu'il en a eu le pif tout rouge... et on n'a pas entendu le car des keufs s'arrêter à côté de nous. Pas étonnant, en face il y a un chantier, et les marteaux piqueurs faisaient un boucan d'enfer.

Ils nous ont empoignés, collés dans leur caisse avec notre matériel et emmenés au poste. Un gros commissaire, avec une grosse voix et une bouille qui n'avait sûrement jamais connu le sourire, nous a demandé nos noms, prénoms, adresses, qu'est-ce que faisaient nos vieux, tout le toutim quoi. Jimmy a donné un faux nom et une fausse adresse, mais moi je me suis déballonné, j'ai pas pu mentir, et tant pis pour la branlée que j'allais recevoir en rentrant.

Un grand type chevelu est arrivé pendant que le commissaire nous faisait la morale. Il s'est assis pendant que l'autre gros continuait à nous agonir : vandales, déprédateurs, trublions, graines de voyou... .

- Vous oubliez gibier de potence, a ajouté Jimmy.

J'ai bien cru que le commissaire allait claquer d'apoplexie.

- Je vais leur parler, a dit le grand type tandis que le commissaire sortait une poire avec une fiole et s'envoyait une rasade de ventoline dans le gosier.

- Je suis éducateur psychothérapeute, qu'il nous a annoncé, et je vais m'occuper de vous. Je ressens ce que vous ressentez. Vous avez envie de sortir ce qui est en vous, c'est humain, mais vous ne pouvez pas le faire n'importe où et n'importe comment. Ce n'est pas bien de détériorer les affiches.

- Mais la meuf, elle ne pouvait pas rester comme ça, a dit Jimmy.

- Mais pourquoi ? Il y a un artiste qui a fait une belle photo et qui l'a livrée à tout le monde. Vous n'avez pas le droit de lui abîmer son travail et de priver le public du plaisir d'admirer son œuvre.

- N'empêche, si je me promène à poil en plein hiver, a rétorqué Jimmy, vous me mettrez une couverture sur le dos.

- Un peu de prison ne leur ferait pas de mal, a grogné le commissaire.

- Laissez-moi les raisonner, monsieur le commissaire, a fait l'éducateur. Mais, ce n'est pas pareil, ce n'est qu'une photo, qu'il a ajouté à notre encontre. Je vais contacter la mairie et vous aurez de jolis panneaux dans la rue sur lesquels vous pourrez extérioriser tout le potentiel créatif qui sourde en vous.

Je ne sais pas ce qui pouvait être sourd en nous, mais, comme par miracle, on nous a relâchés avec nos pots et nos pinceaux qu'on a couru planquer dans la cave de la grosse du premier - elle n'y va jamais, elle a peur des souris. Le lendemain, on a vu que l'éducateur psychomachinchouette avait tenu parole. Devant le chantier, il y avait une palissade avec des panneaux tout neufs. Jimmy et moi, on s'est tapés dans la main, puis il a dit :

- Vive le CRAC

- Le CRAC ? que j'ai fait.

- Oui, notre association. Le Comité Révolutionnaire des Amoureux du Chicos. C'est bien, non ? T'es d'accord ?

- D'accord, que je lui ai répondu.

Et on a couru chercher notre matériel. On a discuté un moment. On avait tant à créer qu'on ne savait pas par quoi commencer et puis Jimmy a eu une idée. Il y avait six panneaux, autant de lettres que dans le mot amour... Je vous vois venir. Non, lui aussi il sait compter et comme je l'ai déjà dit, il a du vocabulaire. Son gros péché, c'est les fautes d'orthographes. Je lui ai fait remarquer que dans amour, il n'y avait pas de e au bout. "Oui, il y a un ne au bout qu'il m'a soutenu, mordicus" On a failli en venir aux mains. Le CRAC à peine né risquait d'être dissous. Il m'a dit :

- Bon, on va l'écrire comme tu veux, et sur le dernier panneau, on mettra nos initiales, JR. C'est chouette, ça fait aussi Jeune Révolutionnaire.

Il a pris les voyelles et moi les consonnes. On a retroussé nos manches et on s'y est mis. Il a fait un A tout tarabiscoté, jaune sur fond bleu avec des oiseaux multicolores perchés sur sa barre transversale pendant que moi je me reculais pour le conseiller. A mon tour, j'ai fait un M violet sur fond mauve qui avait l'air de faire la génuflexion devant la lettre suivante. Ça tombait bien, ou mal, c’est comme on veut, car Jimmy a fait un O avec, à l'intérieur, des yeux, un nez, une bouche, qu'on aurait dit la tête du commissaire. Pour faire plus vrai, il l'a peinte en rouge coquelicot et il a fait pleuvoir sur elle une neige marron. Je lui ai dit que la neige, c'était blanc et il m'a répondu qu'en été, il ne neige pas. On s'est arrêtés là car on avait épuisé nos pots de peinture. L'éducateur qui passait par-là a admiré notre œuvre inachevée. Il nous a dit :

- C'est d'un réalisme surréaliste dantesquement apocalyptique.

On n'a rien pigé, mais on était fiers comme d'Artagnan. Il nous a promis de nous fournir de la peinture, et le lendemain, tout jouasses, on a constaté qu'il avait tenu parole. Il nous a apporté des pots tout neufs, mais quand on est arrivés auprès des panneaux pour poursuivre notre œuvre, des salopards nous avaient tout saboté. C'était écrit sur les trois derniers panneaux "R lé keuf" et ça faisait "AMOR lé keuf".

- Vous voyez que ce n'est pas plaisant de se faire détruire son œuvre, qu'il a dit l'éducateur, narquois. C'est une belle leçon pour vous apprendre qu'il faut respecter le travail d'autrui.

J'avais envie de lui balancer ses pots de peinture à la tronche, mais Jimmy m'a tiré par la manche. "Laisse béton" qu'il m'a dit. Et on est partis en gueulant "CRAC vaincra, CRAC vaincra, CRAC vaincrac, CRAC vaincrac..." et ça nous a fait rigoler.

On est arrivés sur la rocade. Une ribambelle d'affiches nous narguait : des bagnoles suant le fric par tous les enjoliveurs et que nos vieux n'auront jamais ; un gros - 50% sur des fringues à 299 euros 99 ; six pots de yaourt avec gratuit écrit sur le sixième ; un mec et sa meuf prenant des airs de joyeux déjantés devant un paquet de lessive miracle ; une énorme bouteille de pastis pour les petites soifs, le soir devant la télé, quand il y a un match de foot qui nous empêche de voir Buffy sur la 6.

- Fais-moi la courte, Robert. Les artistes se sont plantés.

Il a pris un pinceau, l'a plongé dans la peinture noire, est monté sur mes mains, puis sur mes épaules, et en équilibre, a écrit un 1 devant le 50. Ensuite, on a couru au supermarché en face, on a choisi chacun une veste en peau d'une bête dont je ne me souviens plus du nom. On les a essayées et on s'est regardés dans la glace. Qu'est-ce qu'on était beaux ! En plus, c'était doux et ça sentait rudement bon. Je me demandais où Jimmy voulait bien en venir. On est passés à la caisse. La nana nous a regardés d'un air bizarre mais elle a quand même tapé l'addition, 299 euros 98. Elle a attendu que l'on sorte notre pognon et mon pote a tendu sa main vide. Au bout d'un moment, elle a réclamé l'argent et Jimmy lui a dit que c'était elle qui nous devait 299 euros 99. Elle a appelé dans son micro et un gus avec des petites moustaches et un costard nickel s'est pointé. Jimmy lui a montré l'affiche qu'on pouvait voir d'où l'on était. L'autre s'est fâché tout rouge et mon pote l'a traité d'escroc parce que tout prix affiché doit être respecté. Moins 150 % sur 599 euros 98 ça faisait moins 299 euros 99. Il nous devait bien 299 euros 99. Il nous a poussés hors des caisses en reprenant les vestes et Jimmy lui a crié de retourner à l'école pour apprendre à compter. A la sortie, un vigile nous a pris par le col et nous a emmenés dans un bureau. Il nous a demandé de vider nos poches. Dedans, il y avait quatre yaourts. On a gueulé qu'ils étaient à nous car c'était les sixièmes de quatre paquets de six. Ils nous a emmenés au poste de police et là on a revu le gros commissaire avec la tête qui n'avait jamais connu le sourire. Il a rédigé le procès-verbal : les susnommés se sont emparés de quatre yaourts et sont sortis sans les payer. Il a voulu nous faire signer le papelard, mais Jimmy a rajouté gratuits au-dessus du mot yaourts. Colère, gorgée de ventoline et l'éducateur s'est pointé.

- Il est vrai qu'il y a une grave ambiguïté dans la publicité de ces yaourts et que ces enfants, non rompus aux finesses commerciales, ont pu être leurrés.

- Je maintiens qu'un peu de prison ne leur ferait pas de mal, qu'il a grogné le commissaire.

- Laissez-moi encore essayer de les ramener à la raison avant de les livrer au bras séculier. Ces enfants ont subi un réel traumatisme lorsqu'ils ont vu leur œuvre saccagée. Je vais faire remplacer les panneaux souillés et ils pourront reprendre leur activité créatrice.

Remiracle. On s'est retrouvés dehors et le lendemain, les nouveaux panneaux étaient installés. On s'est attelés, Jimmy et moi, à l'achèvement de notre œuvre. Mon pote a saisi le pinceau et a calligraphié un U bleu turquoise muni de deux mains tendues vers un soleil d'un orange lumineux. J'ai pris le pinceau et j'ai fait un R sublime enliané de lierre et shootant dans un beau ballon en forme de cœur s'envolant dans le ciel. Et puis, j'ai écrit nos initiales à la base du dernier panneau en les répétant plusieurs fois au-dessus mais avec des lettres de plus en plus petites si bien que ça faisait comme une envolée de colombes. On est restés un bon moment à contempler notre chef d’œuvre. La pimbêche du deuxième est passée en nous tirant la langue. Elle nous a dit qu'on était nuls et qu'on ne savait pas faire les lettres. Jimmy a fait mine d'aller lui tirer les tresses et elle s'est sauvée en courant. Les autres gens de l'immeuble sont venus et ont poussé des oh ! et des ah ! Le retraité du troisième nous a offert un pot de peinture, la grosse du premier nous a fait une méga bise peine de bave et le play-boy du cinquième nous a même serré la louche. On était super contents. On est restés tout l'après-midi à admirer nos tableaux et à retoucher quelques détails pour les améliorer, mais il s'est mis à pleuvoir des cordes. On a couru jusque dans le hall de l'immeuble et là on est tombés sur l'éducateur qui nous a suggéré d'aller dans la maison de quartier où il venait de créer un atelier de macramé. On lui a dit très peu pour nous ces trucs pour les moutards. Pour qui il nous prenait à la fin ! Et on est allés s'écraser devant la télé avec une cassette de Buffy.

Le lendemain, on a couru voir notre œuvre. Horreur, la flotte avait tout délavé. L'éducateur avait mégoté ; il nous avait refilé de la peinture à l'eau. Ecœurés, on est partis vers la rocade. Les affiches continuaient de nous narguer avec leurs couleurs criardes et leurs slogans débiles. On a filé au supermarché. Jimmy a fauché des bombes de peinture pendant que j'attirais l'attention des caméras de surveillance en mettant ostensiblement une dizaine de yaourts gratuits dans mes poches. Dans un angle mort, je me suis couché et j'ai glissé les yaourts sous un présentoir pendant que Jimmy se caltait. Je suis passé à travers les caisses en sifflotant et le vigile m'a empoigné.

Ils étaient quatre dans le bureau, l'air réjoui de fauves guettant une proie. Avant qu'ils ne parlassent, je leur ai demandé s'ils avaient vu la trompe de l'éléphant rose. Stupeur.

- Tu te fous de notre gueule, m'a hurlé le vigile qui m'avait alpagué.

J'ai alors retourné les poches de mon pantalon en lui disant "Voilà toujours les oreilles" Il a pris une tête d'ahuri, ce qui lui était facile, pendant que les trois autres se marraient comme des baleines.

Et puis, ils ont bien été obligés de me relâcher. J'ai rejoint Jimmy sous les affiches et là, on s'est défoulés un max. On a fait de l'acrobatie sur les portiques où étaient installés les panneaux publicitaires et on a bombé à mort : on a écrit menteur sur le sixième pot de yaourt ; on a écrit voleur sous le -150% ; on a écrit roulez bourrés sur la bouteille de pastis ; on a tagué CRAC sur le paquet de lessive et on a transformé en locomotive du Far West, une des supers bagnoles, celle qui était paumée dans le désert de l'Arizona. Les keufs ont déboulé, ils nous ont cueillis comme des fruits mûrs en bas des portiques. Au poste, le gros commissaire n'a pas voulu entendre l'éducateur. Il tenait dans ses mains le corps du délit comme il disait, une bombe qu'on n'avait pas eu le temps de jeter au loin avec les autres dans les broussailles bordant la rocade. Il avait un sourire au coin des lèvres. Non, pas un sourire sur sa bouille qui n'en avait jamais connu, un rictus plutôt, comme s'il avait une gêne du côté des hémorroïdes. Il a téléphoné et on l'a entendu dire... récidivistes... troisième incartade... flagrant délit... tout à fait, monsieur le juge... entendu, monsieur le juge. Il a appelé trois képis qui nous ont embarqués dans leur car. On s'est arrêtés au niveau de la palissade qui avait vu naître et mourir notre chef d’œuvre éphémère. Elle venait d’être enlevée. Derrière, il y avait un beau bloc de béton tout neuf avec des barreaux aux fenêtres, et au-dessus de la porte en bois massif, on a lu Maison d'éducation fermée.

Jean Calbrix

 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso nouvelles
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Jean 15/04/2009 02:40

Merci à Lastrega, Ysiad, Jacques, Phil, Anna, Zelma, Laurent, Hanir, Yvonne d'avoir apprécié mon texte et d'en avoir fait d'encouragents commentaires. Pour répondre plus précisément à Jacques, je dirais que mon inspiration est beaucoup liée à deux vers de la très belle chanson "Le galérien" chantée par Yves Montand :J'ai pas tué, j'ai pas volé,J'voulais courir ma chance.J'ai pas tué, j'ai pas volé,J'voulais qu'chaque jour soit dimanche.Et le reste est littérature comme le dit Verlaine.A bientôt au café, si Patrick, notre barman es lettres, apprécie ma prochaine production. Ce sera peut-être moins goûteux que Putain de carton ou derrière les palissades, on n'est pas toujours au top de l'inspiration, mais je vais faire quelques efforts. Promis !  

LAMY Jacques 06/04/2009 19:21

C'est étrange comme l'esprit humain, et celui des français en particulier, devient paresseux. .
On ne s'informe pas par soi-même, on lit les journaux, on regarde la télé, on lit les pubs.  Tout cela n'est pas grave, mais l'ennui c'est qu'ensuite, forts de ces données, on prend position sur ce que l'on croît connaître alors que l'on est, trop souvent parfois, "à côté de la plaque"...
.
Je vais être long, mais tant pis ! .
Ne rien vérifier par soi-même a ne date pas d'aujourd'hui
.
.
Il y a un peu plus de cinquante ans, je devais préparer un examen universitaire, et le Directeur du laboratoire où je sévissais décidait de m'envoyer dans un Institut moderne suédois pour y développer le thème expérimental, car les laboratoires français étaient  TRÈS pauvres à l'époque, des étudiant étaient même souvent obligés d'acheter de leur poche des matériels qui leur étaient utiles ! . Donc,  je me documentais sur ce Pays, la Suède, "à l'avant-garde  de la libéralisation des moeurs", ainsi que le précisaient  les magazines de ce temps.
Mes parents étaient affolés de cette  escapade au pays des très jeunes filles "libres" photographiées sur papier glacé en décolleté et short extra court.  Mon Poupa et ma Moman voyaient leur rejeton (pianiste, peintre, poète, matheux, scientifique, coureur à pied de fond (l'hiver) et coureur cycliste (l'été),  [tout ça de leur point de vue, bien sûr]), revenir des glaces nordiques alcoolique, jouisseur, dévergondé, ignare, paresseux et désabusé. Il n'en a rien été, évidemment.  Je suis allé chez ces libres penseurs, un peu épicuriens, avant-gardistes sociaux, proches de la nature, cultivés, respectueux, leur pays grand ouvert aux autres nationaux (il y a 50 ans !) etc... . Et les  jeunes suédoises, me direz-vous ?
J'ai eu de vraies amies suédoises (littéraires, parlant notre langue mieux que la majorité de mes compatriotes.)  et je suis revenu en France fiancé... avec une jeune scientifique française de mon laboratoire qui était venu me voir pendant les vacances d'été...   Comme on aurait dit à l'Armée : "Aux chiotte les médias !". .
.
Dans les années 1980, je suis allé en déplacement professionnel en République d'Afrique du Sud, en plein apartheid. Je lisais les journaux (le Grand Nelson Mandela était encore en prison) et je me suis aperçu que la ségrégation existait bien, indiscutablement, mais était de nature souvent très différente de ce que j'avais cru comprendre à la lecture des journaux.  Le fait d'être "de couleur" n'avait d'importance qu'en fonction de votre situation sociale selon que vous étiez afrikander ou suivant le statut économique de votre pays.  Ainsi, les chinois étaient  considérés comme des "colored" (métis), alors que les japonais étaient des "white"... .
À mon arrivée à Johannesburg,  je me dirigeais vers le snack de l'aéroport en compagnie de deux Dames de race noire qui devaient se rendre tout comme moi  à la Centrale électronucléaire de Koeberg (près du Cap.)  Ce snack comportait une grande salle triste et nue composée de tables en bois plastifié.  Elle était occupée par des marginaux, des "petits blancs" comme on disait à l'époque, négligés ou sales, hirsutes souvent, bref un lieu de misère, malheureusement, et non de détente.  Lorsque j'avisais, nettement séparée, une sorte de tonnelle fleurie, avec des tables et chaises en osier, occupée par des "gens de couleur", bien habillés.  Je me dirigeais donc avec mes deux relations (qui me semblaient tout d'un coup bien ironiques[?]) vers ce lieu quand, soudain, je me heurtais à un mur : un policier de couleur à la stature colossale me repoussait de son hénaurme main  "no, sir !".  J'étais blanc, je n'avais qu'à rester ave mes congénères...  Je devais avoir l'air très malheureux, car mon cerbère géant a éclaté de rire et une de mes accompagnatrices m'a adressé de la main un petit.. baiser d'adieu.  La ségrégation  se retournait contre moi, Citoyen du Pays des Droits de l'Homme !  "Aux chiotte les médias !"
.
Bien sûr, tout n'était pas ainsi, tant s'en faut.
Mais pourquoi toujours ne voir qu'une facette de la réalité et tenter "de toujours aggraver le score" comme le fond les médias ?
Je pourrais raconter bien des anecdotes à l'opposé de ce qui précède et qui confortent l'idée que la ségrégation raciale est une connerie humaine, humanitaire, scientifique et économique et qui déshonore ceux qui la prônent !
Ainsi, le chargé des "relations extérieures" de la sous-traitance française en cette centrale m'a fait "courtoisement" remarquer que je devrais m'abstenir de remercier en anglais lorsqu'on me servait le thé : "on ne remercie jamais un serveur noir"...  C'est vrai ça !   Ça la fout mal à la fin !  Hélas, trois fois hélas, j'oublie même encore maintenant de regarder la couleur de la peau quand je dois dire : "merci !"
.
.
Pour en revenir à nos banlieues qui est en fait l'objet de ma fausse diatribe.
Je demeure dans un grand ensemble marseillais où demeurent des Nordistes, des Auvergnats, des Guadeloupéens, des Martiniquais, des Réunionnais, des Provençaux, etc., des Africains, des Comoriens, des Maghrébins...
L'été, des CRS maîtres-nageurs viennent en car "ramasser" des gamins de cette cité, qui ne vont pas en vacances (même en restant en France à cause de la "baisse du pourvoir d'achat", car leurs parents n'en ont jamais eu de pouvoir d'achat !) pour les amener chaque semaine à l'école de voile...
Les "compagnons républicains de sécurité" font copains-copains avec les gamins plutôt excités.
Il y a une modique somme à verser (2 €, je crois) pour des raisons psychologiques : il s'agit d'un service rendu par la municipalité et non de charité.
Une fois, l'un des futurs postulants au Vendée-Globe ne possédait la petite pièce miracle, le sésame pour une journée de bonheur en bateau. Il est resté sur le bitume,  tandis que ses copains montaient dans le car.
Une fois l'embarquement achevé, un des accompagnateurs a pris le gamin dans ses bras d'athlète et l'a placé dans le véhicule.
.
Je ne lis pas les journaux, et je ne sais pas s'ils ont parlé de ces actions dans MA banlieue.
Les journaux télévisés locaux n'en n'ont rien dit non plus, de cela je suis sûr.
"Aux chiotte les médias !"
.
.
Pour ma part, je vais sur Internet lire les dépêches neutres de l'Agence France-Presse et lorsque je veux parler d'un sujet sensible ou controversé, je tente de me rendre compte par moi-même sans me fier à un journal d'opinion quel qu'il soit...  Et si je ne peux pas, je m'abstiens de prendre en modèle in reportage médiatique...

Ça ne ferait pas une belle "nouvelle" sur la  banlieue, mon histoire VRAIE ci-dessus ?

yvonne lmr 06/04/2009 18:16

Bravo, Jean pour ce texte où tu exprimes beaucoup de générosité et de tendresse à l'égard les jeunes que tu mets en scène. Ton écriture pleine de vivacité et d'humour se met au service d'une jolie histoire qui sert de point de départ à une réflexion sérieuse ...

hanir 06/04/2009 17:50

C'est vrai que c'est beau la façon dont tu écris Jean. Ton texte mériterait quand même un peu plus de considération.Bravo,mille fois et tant pis pour ceux qui ne savent pas apprècier la belle écriture.

laurent 06/04/2009 10:56

C'est toujours un régal de lire l'auteur de "La société fait un carton". Cette fois, "derrière les palissades", il critique en particulier la société de consommation et le désoeuvrement des jeunes des cités. Mille BRAVO à toi Jean.