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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 19:55

La série Transit est sur le podium des Inattendus 2008 avec plus particulièrement les stations 5 et 12. Vous pouvez bien sûr revisiter les autres arrêts en cliquant sur les Assortiments ci-contre.

  

Transit 5

 


Ils allaient dans le même sens. Ensemble, les sens en alerte. Ensemble et perdus. Anonymes dans la foule des voyageurs. Egarés au milieu d’âmes traînant de pays en pays leurs corps épuisés. Ensemble, ils avaient un but. Ensemble, ils se rendaient sur le lieu de l’exécution. Elle seule devait accomplir l'exécrable. Leur histoire avait déraillé. C’était une affaire entendue. Il ne leur restait plus qu’à se débarrasser des restes. Ensemble, une dernière fois. Elle en était certaine, elle n’avait rien dit ou rien fait de travers. Son généreux ami s’était éclipsé du train sans crier gare, au milieu de la nuit, quelque part entre Paris et Amsterdam. Seule au monde, elle ne croisait plus que des regards qui disaient l’étrangeté des hommes. Son ventre réprimait des remords. Sa gorge cherchait à expulser la rage. Laisser tomber, se disait-elle. Se délester. Abandonner la valise et tout le nécessaire. Inverser le cours des choses. Dépasser l’idée de devoir se rendre seule à la clinique.

Retourner à la vie.


Transit 12

 


Il n’y avait personne pour indiquer son chemin au voyageur. Personne au guichet, personne en salle d’attente et pas davantage sur les quais. Pas de bruit non plus et presque pas de lumière. Seul sur la plate-forme, il affectait cet air un peu stupide des gens qui languissent et qui ne savent que faire sinon regarder leur montre toutes les minutes. Par bonheur, la sienne s’était enrayée lors d’un accident d’aiguillage. Depuis, son corps le laissait en paix et son esprit vaquait, libre de toute inquiétude. La gare n’était plus qu’un lieu d’attente et il savait à quoi s’en tenir au sujet des trains qui n’arrivaient pas.

Il n’imaginait pas que la vie puisse ressembler aux images exotiques et promesses d’aventures placardées un peu partout. Pour lui, les vraies histoires étaient liées au besoin d’être bouleversé et pour tout dire elles ne tenaient jamais réellement debout. Elles se passaient fatalement dans des endroits improbables, peut-être même dans des lieux fictifs. Des instants de vie qui s'échauffaient au gré des clins d’œil et du tremblement des corps. Il n’aimait pas être comblé d’avance. Seule lui importait l’intensité du temps qui passe. Surtout le temps de la nuit, celui qui venait du ciel. La pénombre lui permettait de revenir en arrière, de fendre les murailles de l’oubli et de retrouver quelques unes des voies secrètes enfouies dans l’enfance. Parfois, il lui arrivait de se réveiller sur une toute petite île perdue dans l’océan de l’humanité. Ou bien dans une gare au beau milieu d’une salle des pas perdus.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Inattendus 2008
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commentaires

Lastrega 25/03/2009 08:54

Justement, Jean-Pierre, dans "le lien" on retrouve Bibi Anderson. On a affaire dans ce film à un drame psychologique : Rencontre dans un hôpital de l'épouse d'un médecin avec un archéologue américain qui bouleversera l'univers bourgeois et provincial dans lequel évolue Karin, l'héroïne du film. Beaucoup d'émotions.Il est vrai que le réalisateur Ingmar Bergman était le maître du cinéma existentialiste. J'ai vu ce film à sa sortie en 1970.

Jean-Pierre 24/03/2009 22:16

Ces deux textes sont fort agréables à lire, où fleurissent de belles images. C'est vrai, on y retrouve une ambiance bergmanienne pour rejoindre Jean.Bravo Patrick L'Ecolier. J'ai vu beaucoup de films de Bergman, Suzanne. Par contre je n'ai pas vu "Le lien".Je m'en souviendrais, car ce sont des films cultes qui ont bercé notre adolescence . L'ambiance un peu "trouble"de ces films éveillaient notre curiosité. Je pense notamment à "Monika"...Elle nous sortait des films holywoodiens plein de paillettes pour nous inviter à découvrir les acteurs fétiches de Bergman qui, il faut l'avouer sont impressionnants.A mes yeux, ce sont les plus beaux films que j'ai vus.J'ai tenté de passer quelques CD des films de Bergman aux jeunes générations. Elles n'accrochent pas. Il me semble encore les entendre bailler devant "Cris et chuchotements" et fuir avec "Les Fraises sauvages" et autres...Et pourtant, comment ne pas être séduit par la beauté de "La source" et le chef d'oeuvre "Saraband" avec Liv Ullmann et Erland josephson  considéré comme le testament de Bergman.Ces deux acteurs ont souvent joué ensemble.Je n'oublie pas Bibi et Hariett Anderson, Ingrind Thulin, pour ne parler que des actrices fétiches de Bergman.Si tu as envie de nous présenter "Le lien", Suzanne, j'apprécierai.

Lastrega 19/03/2009 16:24

C'est exactement ça, Jean, les ambiances "transit". J'avais à peine 20 ans et je revenais d'un examen à Besançon... vieille ville espagnole, et pour me délasser j'étais allée voir "le lien" d'Ingmar Bergman. Ce film m'avait profondément marquée et j'y repense parfois. Quelqu'un a-t-il vu ce film ?

Jean 18/03/2009 23:33

J'adore ces ambiances à la Ingmar Bergman, superbes à lire et à relire.

Lastrega 18/03/2009 08:48

 
Voyage avec Monsieur Monsieur
Avec Monsieur Monsieurje m'en vais en voyage.Bien qu'ils n'existent pasje porte leurs bagagesJe suis seul ils sont deux.
Lorsque le train démarreje vois sur leur visagela satisfactionde rester immobilesquand tout fuit autour d'eux.
Comme ils sont face à facechacun a ses raisons.L'un dit : les choses viennentet l'autre : elles s'en vont.
Quand le train les dépasseest-ce que les maisonssubsistent ou s'effacent ?Moi je dis qu'après nousne reste rien du tout.
Voyez comment vous êtes !lui répond le premier,pour vous rien ne s'arrêtemoi je vois l'horizondes champs et des villageslonguement persister.Nous sommes le paragenous sommes la fumée...
C'est ainsi qu'ils devisentet la discussiondevient si difficilequ'ils perdent la raison.Alors le train s'arrêteavec le paysagealors tout se confond.Jean Tardieu