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A calipso, nous aimons bien Hubert Mingarelli et son écriture limpide, épurée, poétique, ses histoires d’hommes, de femmes et d’enfants qui apprennent la vie. Et puis Hubert Mingarelli est un voisin, nous l’avons invité dernièrement à une soirée de mise en voix de quelques uns de ses livres.
Le temps d’une introduction, nous nous sommes mis dans la peau de l’écrivain.
Et comme nous aimons bien partager les plaisirs de la lecture, nous invitons les lecteurs de cette rubrique à découvrir les titres de romans évoqués dans cette présentation ; un recueil de nouvelles édité par calipso sera offert à la première personne à les avoir repérés.
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Je viens d’un petit coin perdu quelque part en Alsace. Je ne sais plus trop ce que j’y ai fait pendant mes premières années. Ce que je sais, c’est qu’à dix sept ans j’ai pris le large et bourlingué sous toutes les latitudes. J’ai tant écumé les mers que je pourrai en décrire les moindres tréfonds. Seul maître à bord de mon fabuleux vaisseau, un jour j’ai jeté l’ancre au pied d’une montagne aussi verte que les rivières de mon enfance. J’en ai exploré les sentiers, les goulets et les gués avant d’en affronter les crêtes et les pics. Et c’est pénétré d’un étrange sentiment de sérénité que, parvenu au fait de l’inexorable, j’ai installé ma maison tout près des étoiles.
Mais voilà, souvent je me suis réveillé de bonne heure avec en tête une pensée vague et la sensation d’avoir à ranimer des choses depuis longtemps enfouies dans ma mémoire. De mon nouveau fronton j’ai longtemps observé un horizon incertain et c’est de ce fugitif lointain, de ce passé devenu pénombre, que resurgissent toutes ces histoires de vies qu’aujourd’hui je colporte ici et là.
Je me souviens …
Je me souviens de ce diable de Gad rencontré dans le cimetière du ghetto de Varsovie et de son désir fou de nous arrimer au monde aux bras d’ensorcelantes jeunes filles
Je me souviens de cet épouvantable hiver dans la campagne russe, des exploits de notre groupe de va-nu-pieds pour survivre dans le lit de la forêt et je me souviens aussi de tous ces sacrés bons moments passés au bord d’un étang une fois le printemps revenu
Je me souviens de cette virée au café avec mon père et de cette femme qui chantait des chansons grivoises en échange d’un verre de cervoise
Je me souviens d’avoir traversé des tunnels, exploré des souterrains et creusé des milliers de galeries dans les hautes herbes pour mettre à jour quelques frémissantes brindilles de vie
Je me souviens de cette chasse au milan qui dura trois saisons et de mon père confiné dans sa chambre… et qui aimait tant écouter le récit de sa capture.
Je me souviens de ce vieux camion chargé de moutons et de cette longue route anéantie par les glaces, de ce voyage émaillée de tant de frayeurs et de tant de complications que je me demande encore aujourd’hui si j’en suis vraiment revenu.
Je me souviens de toutes ces graines de rosiers grimpants plantées dans des pots de fortune et des promesses de prospérité qu’elles alimentaient
Je me souviens de toutes ces vies naissantes sacrifiées sur l’autel des impératifs économiques
Je me souviens de cette vieille chienne haletante dans la neige bleutée
Je me souviens de ce coup de feu qui failli couvrir d’un voile ma bonne étoile
Je me souviens de tant de choses encore
Je ne sais pas tout ce que cela signifie, je sais seulement que je respire au souvenir de tous ces regards croisés sur les chemins du monde et que je tiens le cap.
calipso (café littéraire, philosophique et sociologique)
contact : assocalipso@free.fr
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