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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 23:02

Au comptoir comme en salle, ce soir on débat ! Gilbert Marquès a préparé le menu. Reste au lecteur à l’apprécier, l’accommoder ou le contredire à s’en émouvoir ou s’en contrefoutre… après tout, il y est seulement question de littérature, de poésie et d’engagement…

 

 

En ce mois de novembre automnal, un peu tristounet, nous avons fêté tous les saints, les morts et l'Armistice de 14-18 sans oublier évidemment, l'élection de Barak OBAMA à la tête des Etats-Unis. Autant de sujets sur lesquels je pourrai m'attarder parce qu'ils m'inspirent quelques réflexions mais je préfère pour cette fois, délaisser la partie sociologique pour revenir à la culture par la poésie en m'inspirant d'un manifeste, véritable coup de gueule poussé par Stéphen BLANCHARD, poète émérite mais trop rare. Permettez-moi de reproduire ici in extenso sa diatribe intitulée "Le monde va mal"

" A l’image de la crise actuelle, le monde de la poésie va mal et ce n’est pas si étonnant que cela dans la mesure où les poètes sont si étrangement absents de l’actualité. Sont-ils là pour étaler leurs "vers" à repasser ou sont-ils là pour "échanger" la face du monde ? Enlisés dans leurs rêves, ils s’évertuent à malaxer sempiternellement le soit disant bon grain de l’ivraie, issu sans issue de leur "moulin à maux dire" que l’on appelle avec condescendance : la conscience. Ces poètes là sont-ils vraiment capables de transmettre le "témoin" ou sont-ils présents sur le haut du pavé pour s’auto-complimenter sur le devenir de leur nombrilisme ? Sans acte, la poésie n’a plus aucun sens pour vivre et espérer un monde meilleur. La priorité est dans l’urgence et non dans l’indifférence car le poète peut-il s’extasier uniquement devant un coucher de soleil alors qu’autour de lui des enfants crèvent de faim et des femmes se font violer et voiler au nom d’une religion qui laisse faire ! La rose n’a pas besoin du poète pour rendre heureux le jardinier. Alors, me direz vous, on peut écrire aussi par ennui, par plaisir, pour se mettre en valeur ou pour satisfaire l’ambition d’imiter les copains. Mais où sont donc passées vos convictions et vos certitudes ? Seriez vous devenus au fil du temps les "Thénardier" de la rime… riche ? Mais, il y a mille façons de se rendre utile au sein d’un collectif en veillant à ne pas prêcher dans le vide. Ecrire pour être connu reste légitime mais cela relève de la cour des miracles surtout lorsque le poète nie toutes les atrocités d’une société agonisante. L’ami Victor HUGO combattait contre la peine de mort et l’esclavage et nous ? Où sont nos valeurs citoyennes à l’aube du 21éme siècle ? … ou encore notre combat sur la barricade des mots afin de porter courageusement l’étendard de notre si belle devise : "liberté, égalité, fraternité" Malheureusement, le poète est victime de son hyper individualisme, toujours en quête de flatteries, de hochets de vanité et de reconnaissance. Un poète qui ne s’engage pas est condamné d’avance, un poète qui reste neutre favorisera son oubli. Certains poètes ont tout sacrifié pour leur art, même leur vie ; aujourd’hui, leur poésie végète sur de poussiéreuses étagères en contrepartie d’un semblant de gloire… c’est toujours un semblant de quelque chose mais cela ne suffit pas, c’est le Verbe qui compte, pas Vous. Si le "slam" a tant de succès (pour le moment), c’est qu’il est plus perceptible par le public, plus en phase avec le langage moderne car il apporte des images -chocs -, sans complaisance, nées de la souffrance des hommes. Croyez-moi, la poésie n’est plus réservée a une élite mais si vous pouviez témoigner, les uns et les autres, d’une nouvelle quintessence poétique à la hauteur de vos rêves, nous pourrions aller beaucoup plus loin tous ensembles même si tout le monde n’a pas la rage de Rimbaud ou l’amour passionné d’un Chateaubriand.

Continuez de rêver certes… mais nous n’aurons pas toute l’éternité pour offrir un sens à notre Ecriture et toutes nos litanies n’y changeront rien. Notre art est en péril si nous n’arrivons pas à sortir des sentiers "battus". A chacun de se remettre en question avec un cap sur le futur et avec l’intime conviction de poétiser au-delà de son miroir. Nous avons des cris à faire entendre et peut-être prouver que la poésie peut servir l’intérêt collectif par le biais d’œuvres humanitaires et sociales. Il est temps que le poète se laisse gagner par le souffle de la révolte, avec une mission paradoxale qui consiste à préserver un idéal esthétique tout en s'ouvrant à la création de nouvelles valeurs pour demain. La tâche est doublement difficile, transmettre le témoin et continuer d’avancer, c’est un défi à relever… pour celui qui se veut LIBRE !"

 

Qu'ajouter à cela ? Je dresse ce même constat et c'est pourquoi il m'est apparu important de vous le faire partager. Au-delà, j'ajouterai que comme dans la chanson, les poètes engagés existent sûrement même si nous n'avons plus de porte-parole de l'envergure d'un Léo FERRÉ.

Alors, où sont-ils et que font-ils ? Ils écrivent, c'est leur sacerdoce en même temps que leur torture, mais ils ne sont pas publiés par les revuistes souvent trop frileux pour se départir d'une attitude politiquement correcte. Peut-être et sans doute même craignent-ils de perdre leurs subventions et leur lectorat neutre se cantonnant à l'art pour l'art. Néanmoins, pour se donner parfois bonne conscience, consentent-ils à éditer un poème polémique mais allons, pas plus d'un par numéro sinon ce serait prendre des risques inutiles sinon inconsidérés ! Parmi mes correspondants réguliers, le poète Gérard LEMAIRE en sait quelque chose…

 

Phénomène nouveau, cette frilosité atteint maintenant aussi Internet qui restait jusqu'alors un espace de libertés et de paroles ouvertes. Certains modérateurs de sites n'hésitent pas en effet avant de publier un auteur, à lui demander de signer une "charte de bonne conduite" (sic).

 

Où va la poésie ainsi ? Jadis, "je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître" pour citer Charles AZNAVOUR, il existait en France des revues qualifiées d'engagées aux tendances libertaires et pouvant aller pour les extrêmes, jusqu'à un anarchisme non violent. Je pense notamment à la revue pacifiste de Louis LIPPENS, "Élan" ou encore à "Poétic 7" de Georges PIOU. Ces publications ont disparu avec leurs initiateurs décédés à plus de quatre vingt ans après avoir parfois, connu la prison à cause de leurs idées. À ma connaissance, il ne reste plus guère que la revue belge "La cigogne" de Bernard GODEFROID mais jusqu'à quand puisque lui non plus n'est plus très jeune ?

 

Alors, questions :

Où se situe la relève ? Les poètes ont-ils peur de s'engager ou bien ceux qui l'osent sont-ils marginalisés, subissant ainsi une sorte de censure leur interdisant de versifier sur le sexe, la morale, les religions, la politique et tous les faits sociétaires marquants de leur époque ? Doivent-ils seulement rester des observateurs ne prenant jamais partie et se bâillonnant pour ne pas faire de commentaires ? Doivent-ils se cantonner à décrire le décor sans jamais en critiquer les acteurs et seulement louer leurs bons sentiments ? Sont-ils réduits au rôle passif de témoins neutres de bon aloi qui ne blessent ni ne heurtent personne ? Sont-ils à ce point sourds, muets et aveugles comme les singes du proverbe ?

Je n'y crois pas ! Le temps des poètes maudits est révolu même si beaucoup d'entre eux se plaignent encore du sort qui leur est réservé. J'espère un sursaut de leur part, sursaut d'orgueil et de conscience de leur rôle au sein d'une société malade. Il leur appartient de descendre dans l'arène et de prendre le taureau de la révolte par les cornes comme nous y incite Stéphen.

Puisse-t-il ce propos les réveiller… mais aussi nous réveiller tous !

                                                                                             Aussonne, le 16 novembre 2008

Annonce :

Un lecteur qui apprécie particulièrement les " Histoires d’eau " demandait récemment si l'administrateur de ce forum donnait des cartes de fidélité auquel cas il lui serait agréable d'en bénéficier.

Une chose est sûre : on peut passer prendre un verre au café et discuter sans qu’il soit nécessaire d’être encarté. Par contre, le simple fait d’évoquer le site Calipso permet de se faire offrir les frais de port par Gilbert Marquès pour la commande directement auprès de lui de son dernier livre " La Trilogie du pouvoir " (parution novembre 2008) soit 16€ au lieu de 18,50€.

Gilbert Marquès Cidex 3651Chemin du Brana d’en Haut 31840 Aussonne

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans A propos de...
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LAMY Jacques 21/11/2008 15:06

Alors là, je ne suis ( du verbe "suivre", car j'existe encore) plus du tout !
Faire de la pub pour que soient vendus des bouquins est un acte hautement capitaliste qui s'accorde plutôt mal avec un engagement idéologique révolutionnaire.

Il vaut mieux laisser la vente des ouvrages aux éditeurs et aux libraires..., pour ne pas mélanger les genres. À moins d'avoir à écouler un stock personnel.

Être un poète "engagé", cela signifie quoi ? Car enfin les poètes sont toujours engagés à quelque chose : à respecter la prosodie (Boileau), ou à draguer les damoiselles (Ronsard), ou à défendre "la ligne bleue des Vosges" (Déroulède), ou à honorer Babeuf (Sully Prudhomme), ou à lutter contre l'occupant ou à admirer les yeux d'Elsa (Aragon), ou à procéder à des inventaires (Prévert), ou à aimer les feuilles, les fleurs, les fruits (Verlaine), ou à créer des hymnes guerriers (Rouget de l'Isles et Méhul), ou à croire au Pére Noël (Tino Rossi, Lénine), ou etc..

Un poéte peut être engagé à prendre du plaisir par l'écriture et à en donner aux autres par la lecture, sans axer systématiquement ses rimes pour défiler entre la Bastille et la Nation...

Tel est mon point de vue (et je le partage.) Mais je me garde bien de juger le pamplet vitupérant précédent, car je ne me souviens plus des poèmes de Stéphen Blanchard et je n'ai jamais eu le plaisir de lire ceux de Gilbert Marquès.


Un cri...
Je l'aime cette Vie et je l'aime à jamais,
Et je m'accroche ainsi, tel un chat de montagne,
À la Vie : en cortège aux êtres que j'aimais,
De Provence et de l'Est, mais aussi de Bretagne...

Parfois s'éteint la guerre au coucher du soleil...
À l'aube floréale, au printemps qui m'enchante ;
Je l'oublie aussitôt dans un songe vermeil :
Quand s'éveille la Paix, c'est "MA" paix que je chante !

Je pense à vous souvent parias de Delhi,
À vous "blacks" des ghettos, à vous fils d'Érythrée
Qui n'êtes que malheurs perçus comme délits
Quand la misère perd une âme sinsitrée...

Je voudrais que mon cri transperce tous les coeurs,
Fasse taire la haine, apaise les consciences,
Nous incite au partage, enfouisse les peurs :
La Vie est cet instant qui meuble nos silences.

Jacques LAMY