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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 17:37

Que vous soyez nomade ou sédentaire, voilà une chronique de Gilbert Marquès qui vient fort à propos pour accompagner l’été et ses multiples rendez-vous avec l’imaginaire.

Le café et ses collaborateurs prennent trois à quatre semaines de vacances. Pendant ce temps, ce texte sera en haut de l’affiche. Bien sûr, les autres pages du menu resteront disponibles à la lecture et aux commentaires. Nous vous souhaitons de trouver inspiration et plaisir d’écrire du côté des appels à textes " Soifs d’été" et " Le regard " à propos de la dépêche expéditive du numéro 20 de Blogcity, revue d'étoiles.
A bientôt.

 

  * * *

 

L'angoisse de la page blanche, de la toile vierge ou de la partition…

Selon les disciplines, tout créateur a au moins une fois éprouvé dans sa vie ce vide gigantesque.

Il a envie mais ne peut pas ! L'inspiration s'est mise en vacances. Dehors, le soleil parade et n'aide guère alors…

Alors, prendre son courage à deux mains et forcer le destin ou la flemmardise, sacrifier la sieste, saisir par surprise une idée volatile pour l'incruster sur le papier, la toile ou la partition et tenter d'en faire quelque chose, peut-être une œuvre inoubliable.

Que sommes-nous finalement sinon des artisans besogneux qu'un rien suffit à distraire ? Le moindre prétexte sert de mauvaise raison pour éviter de se pencher sur le papier, la toile ou la partition puis…

Puis survient un événement, souvent dramatique, et alors, comme par miracle, l'inspiration revient parce qu'il devient urgent de figer des sensations, des émotions, des souvenirs puis de les disséquer pour les assimiler, les expliquer.

Les vacances sont oubliées et durant une période plus ou moins longue, le créateur ne vit plus qu'au travers de ce ressenti. Plus rien n'existe autour de lui que ces choses diffuses et indéfinissables qui hantent son esprit et qu'il doit impérativement immortaliser. Il ne peut se consacrer à rien d'autre et le temps même s'est enfui comme la notion abstraite qu'il est. Le créateur jette des notes, trace des esquisses, expulse des mélodies qui nourriront dans les semaines et les mois futurs sa passion créatrice.

Certes, toute création ne suit nécessairement ce processus mais quel créateur peut prétendre n'avoir pas cédé au moins une fois à cette forme d'inspiration née d'un événement le touchant intimement ? L'œuvre qui en jaillit, si elle n'est pas la meilleure parmi toutes celles produites, s'avère néanmoins souvent la plus touchante pour le public parce qu'elle est empreinte de sincérité, de franchise, dénuée de tout artifice. L'artiste se dénude sans penser à rien d'autre qu'à son sujet. Les mots, les couleurs, les notes viennent spontanément du cœur vers l'esprit.

Voilà finalement qui différencie le créateur du commun des mortels. Plus que sa capacité à traduire des émotions et à les transmettre, l'hypersensibilité qui le caractérise lui permet de ressentir l'impalpable et l'improbable pour toucher l'autre dans ce qu'il possède de plus secrètement humain.

L'apaisement vient avec le partage. Une manière de faire le deuil ou bien de se soigner, d'éviter la folie ou le suicide, de pouvoir aussi continuer à vivre dans une société où tout lui est à la fois contraire et contraintes.

Le créateur demeure un inadapté sans quoi il n'aurait rien à dire et ne pourrait pas non plus exercer son esprit critique ni son libre arbitre. Il ne serait ni râleur ni colérique. Il ne serait pas égocentrique. Il serait simplement soumis.

Hors, il aiguise sa plume, son pinceau ou son crayon en armes redoutables de revendications pour affirmer ses différences, son individualité indivisible, son intégrité, ses libertés de penser et de dire.

Le créateur reste un être unique, à part, en marge, solitaire par définition et sociétaire par obligation. Il observe le monde, le palpe, le déguste puis le recrache transformé en idéal utopique que les hommes interprètent jusqu'à en édulcorer l'essence à leur profit.

Dès lors, le créateur peut parfois se sentir incompris et en vérité, il l'est toujours parce que ceux avec lesquels il communique n'ont pas sa pureté de pensée. Ils ne savent ni comment ni pourquoi l'œuvre est née. Ils cherchent alors à comprendre mais comment y parviendraient-ils quand le créateur lui-même souvent ne sait pas répondre à ces questions ?

C'est aussi à cause de cette incapacité à résoudre ces problèmes que les autorités de toutes obédiences craignent les créateurs étiquetés dans une élite dangereuse. Ils sont incontrôlables et parfois incompréhensibles et c'est bien connu, on a toujours peur de ce que l'on ne comprend pas et plus encore de ce que l'on ne connaît pas. Alors, la censure fut inventée pour tenter de maîtriser ce qui est par définition indéfinissable. D'autres, plus catégoriques, ont créé le lavage de cerveau et les prisons mais parvient-on véritablement à encager le rêve ? De plus malins ont essayé d'acheter les idées pour museler l'opposition mais qui est assez fortuné pour pouvoir se les offrir toutes en croyant les rendre muettes ? Les derniers enfin, les plus catégoriques, ont décidé de fusiller l'être afin de n'avoir plus que des moutons à leurs bottes mais est-il possible d'assassiner la pensée même si on peut parfois la juguler par la peur ?

Tous ces potentats ont cependant oublié un détail important : l'inspiration n'a pas d'étiquette. Elle ne se soigne pas comme un vulgaire rhume. Elle ne s'enferme pas. Elle ne se laisse ni soudoyer ni commander et elle ne craint rien ni personne.

Et ses serviteurs, les créateurs, sont des hydres immortelles renaissant sans cesse de leurs cendres pour essaimer la liberté malgré les coups qui leur sont portés depuis les temps plus reculés où l'homme a tenté d'asservir ses semblables. C'est le rôle qui leur incombe, parfois malgré eux, et c'est en cela que leur existence n'a pas de prix. Ils ne connaissent ni loi ni morale sinon la leur devenant quelques fois celles des autres. Alors…

Alors toutes les sirènes de nos marchands actuels pourront déployer leurs charmes pour tenter de les séduire, ils ne se laisseront pas circonvenir et resteront maître de leur destin, y compris dans l'adversité dont ils ont l'expérience. Ils sont au service de l'inspiration et des autres hommes mais en toute indépendance. Ils sont maîtres de leurs idées et n'obéissent pas à celles des autres.

L'inspiration ne s'embarrasse pas des conventions sociétaires même si certains veulent la transformer en produit manufacturé de grande consommation à leur seul et unique profit. Ainsi prétendent-ils vouloir instaurer une pensée unique dans un monde aseptisé.

Rassurez-moi, ce n'est pas possible ?

Aussonne, le 18 Juillet 2008

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commentaires

E
"L'apaisement vient avec le partage. Une manière de faire le deuil ou bien de se soigner, d'éviter la folie ou le suicide, de pouvoir aussi continuer à vivre dans une société où tout lui est à la fois contraire et contraintes." Cette phrase là me parle plus que les autres... Elle évoque un pan de ma vie ainsi qu'une de ses constantes: vivre malgré les contraintes en restant soi. En restant honnête envers ses idéaux et ses rêves.
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D
On ne va pas lui rep^rocher de prendre des vacances, tout de même!A bientôt, Patrick,! Voyons, Régine, ça ne nous regarde pas ce qu'il va faire de son temps!
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R
Bonnes vacances bien méritées Patrick ! Qu'est-ce que tu vas faire de tout ce temps ? Ecrire ?
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L
BonneS  Vacances ! veux-je dire. Misère de moi !!!Eh ! Oui, c'est déjà le déclin...Q62  + Que 62 jours... sniff ! 
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L
Bonne Vacances quand même, Patrick ! Et sans rancune... aucune.
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