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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 16:47

A 68 ans, il avait de plus en plus de mal à faire ses valises. Même pour quelques grammes, il fallait être d’une prudence extrême. Il en avait près de deux kilos dans ses bagages. Un exercice hautement minutieux. D’après ses calculs, c’était le poids minimal pour mettre les voiles et assurer ses arrières. Tracter davantage l’aurait contraint à payer de sa personne sans plus de garantie pour ses vieux jours. Il n’avait plus assez de sang-froid pour contrer les loups des grandes lignes. Plus assez de mordant aussi. La poudre lui donnait la nausée et détraquait sa vigilance. Depuis qu’il négociait hors du réseau, il conservait au fond de la gorge une sale odeur de sang, résultat des funestes règlements de compte perpétrés entre ex-associés. Le sang était très mauvais pour les affaires. Il attirait toujours les impatients et les exaltés. S’en débarrasser lui coûtait à présent trop d’énergie. Pour sa dernière transaction, il avait fait affaire avec un gars qui lui était redevable.

L’homme l’attendait aux consignes de la gare centrale. A cette heure-là, la zone était déserte. Derrière sa carcasse affable, le passeur empestait la libération conditionnelle et la soif de revanche. Epiloguer sur les termes du contrat était parfaitement inutile. Il n’avait jamais su s’arranger avec le monde autrement qu’en faisant le vide. Le moment venu, il fallait payer. Dans sa poche, il caressa la crosse de son revolver. Juste une poignée de secondes. Le temps de chasser l’impression d’étouffement qui le prenait à la gorge. Une balle venait de la traverser.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Transit
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commentaires

Lastrega 02/06/2008 20:55

Plus je la relis, et plus je trouve que cette définition de la littérature est vraiment une des plus belles que j'aie lues...4T8...Pourquoi toujours ce chiffre 4 qui revient ???

Lastrega 02/06/2008 08:01

Oui, bien sûr... Je me suis rendu compte de l'inutilité de ma question pratiquement tout de suite après l'avoir posée, en lisant l'encadré de MDA qui, disposé de cette manière, m'a vraiment interpellée. Excusez-moi.5 4 L  Décidément, c'est PARIS-DAKAR. On est en train, que diable !!!

Patrick 01/06/2008 18:52

Vois-tu Lastrega, pour répondre indirectement à ta question, je répèterai le commentaire laissé sur le transit 05 : ... la littérature est une compagne de voyage qui vient nous rappeler que l’horizon n’est pas fixe, qu’une chose peut en cacher une autre (comme un train), qu’un endroit n’a de sens que parce qu’il a un envers et que l’écriture n’est rien si elle ne permet pas d’entendre un peu quelque chose du sens de la vie, rien si elle s’autorise à en ignorer les revers, rien si elle s’ingénie à se jouer des blessures du monde… Bref, si la littérature fait la part belle au rêve et au fantasme elle engage aussi à toucher au plus près la frustration et l’intranquilité…Pas de feuilleton donc, mais une série de rendez-vous incertains et de rencontres inopinées avec des êtres pas forcément imaginaires... Et puis les voyages en train m'ont toujours inspirés...

Lastrega 31/05/2008 20:26

Il faut faire passer cela dans "la collection ROUGE" de MCD Monsieur Patrick. Et puis aussi, je voulais vous dire que vos textes de "transit" sont superbement tragiques...sauf que je n'ai aucune idée pour ces histoires de trains, de prisons et tout et tout. La question est : Est-ce un feuilleton à épisodes (pour une seule et même histoire) ou alors sont-ce des histoires séparées qui n'ont aucun point commun entre-elles, simplement pour la beauté des mots ? Et pour ce qui est de la photographie, c'est tout simplement SENSASSS !!!T4L alors, si c'est des voitures... pourquoi des trains ????

danielle 31/05/2008 19:17

J'aime ce genre de textes où chaque mot compte, frappe tout comme l'image associée.