Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 08:51


Cela devient une habitude, une plaisante habitude. Figurez-vous qu’il y a toujours un ou une habituée du café pour répondre sans façon aux questions des internautes égarés sur la route Google/Calipso. Aujourd’hui retour au Blogcity, revue d’étoiles N° 18 et à la question : quel risque encourt-on à se croiser les doigts au bureau ? L’auteur de cet exposé n’est autre que Tartambouille. Tartambouille, vraiment ?

 

Cher internaute,

Je ne sais si tu es un homme ou une femme, je ne connais rien de toi, et pourtant je ne te remercierai jamais assez. Sache qu’en ce beau jeudi de printemps, tu viens de m’épargner une foulure de phalange, j’étais justement en train de me livrer un fougueux combat d’épées avec deux index seulement.

Le problème que tu poses est assez complexe pour ne pas le complexifier davantage, comme dirait mon chef de service à l’heure où les pontes se réunissent entre eux devant des plateaux repas qui ne sont pas confectionnés par Roger La Frite, je confirme. Oui, très cher internaute, le problème est complexe car il dépend de l’endroit où tu as l’intention de te croiser les doigts. Tu ne peux plus te les croiser n’importe où. Qu’elle est loin, l’époque où Clémenceau disait qu’un fonctionnaire, ça fait un très bon époux : ça n’est pas fatigué en rentrant le soir et en plus ça a déjà lu le journal ! Maintenant, ce n’est plus possible, et ce n’est même pas la faute de la mondialisation, c’est un simple constat. Les temps ont changé. Beaucoup changé. C’est ahurissant ce qu’ils ont pu changer. On ne les reconnaît plus, les temps. Ils courent toujours autant, mais tout de même, ils n’ont plus rien à voir avec les temps d’avant. Avant, c’était le… 

Je ne te le fais pas dire.

Car s’il est vrai que du temps de Clemenceau, on pouvait encore se la couler douce dans les couloirs feutrés des ministères où de gros ventilateurs faisant office de sentinelle berçaient de leur bourdonnement régulier le puissant coma du gratte-papier (consécutif à sa virée aux alentours de midi dans une petite taverne du vieux Paris pour y déguster un pavé de charolais sauce béarnaise arrosé d’un petit vin de terroir), aujourd’hui, dans les ministères, il n’est plus possible de se croiser les doigts sans risquer la mise à pied, surtout au Ministère de la Justice où la Garde des Sceaux arrive aux aurores, pond des décrets à la fréquence de ses visites chez Dior, et déteste les mecs qui ronflent à côté d’elle la bouche ouverte dans les avions, du type Baloo, Boubou, Bourloulou, un nom comme ça, ma mémoire flanche, je suis surmenée, vite un hamac.

Les temps ont changé, ô voyageur anonyme de la toile, et de même que je projette depuis quinze ans d’écrire une thèse sur l’art de la sieste au bureau ou sur celui du lancer d’avions en papier durant les réunions d’informations pratiques (d’où l’on ne sort jamais indemne contrairement à ce que l’on croit, tant certains orateurs feraient mieux d’aller explorer l’épave du Bananier plutôt que d’infliger à l’auditoire les raisons pour lesquelles il ne faut jamais jeter son emballage de sandwich dans les toilettes mais dans la grande poubelle du rez-de-chaussée), de même lutté-je tous les jours, autant que de besoin, − pour reprendre l’expression favorite de mon chef de service qui préfère, aux croisements des doigts, celui des pieds à même le sous-main de cuir durant ses pauses postprandiales, dans un bon fauteuil matelassé, avec un bon journal, un bon café, un bon cigare et un bon salaire −, contre l’envie qui me saisit lorsqu’à travers le carreau souillé de la fenêtre, l’échelle des pompiers aguiche mon œil et que l’envie me prend d’en escalader les barreaux pour m’envoler par le toit.

Je lutte, oui. Tout en croisant tout le temps les doigts. Je n’encours pas de risque à proprement parler, ici les gens jacassent ou font semblant de travailler ou les deux en même temps. Cependant cher internaute, je me dois de te mettre en garde. Aussi vrai que les ministères ne sont plus ce qu’ils étaient, tu peux encourir des risques à ne plus te croiser les doigts face à la fenêtre. Vois-tu, il est parfois préférable de te livrer des combats d’index plutôt que de faire irruption dans le bureau de ton supérieur hiérarchique qui lit le journal avec des propos du type : Excusez-moi de vous déranger en plein travail mais il faut maintenant répondre au questionnaire technique des hongrois qui s’énervent, fouette cocher.

Il risquerait de mal le prendre. Et s’il est chatouilleux, il peut aller se plaindre à ses supérieurs hiérarchiques et cette chaîne de plaintes peut monter jusqu’au Roi des Rois qui, lui aussi, fume des cigares et n’a nullement besoin d’escalader les barreaux de l’échelle des pompiers pour s’imaginer sur le toit. Il l’est déjà, sur le toit. Et il n’aime pas trop les employés comme toi qui feraient mieux de pédaler des pouces plutôt que de vouloir croiser le fer avec plus fort et plus puissant que soi.

Sur ce, je te laisse, cher internaute, mon index droit a remporté la victoire sur le gauche, je prends ma planche de surf, il est bientôt seize heures, mon chef s’est barré et Internet m’attend.

Tartambouille

Partager cet article

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
commenter cet article

commentaires

M agali 24/04/2008 23:52

Tartambouille, hum...ça s'utilise comme schtroumpf, ce mot-là? Est-ce qu'on pourrait dire par exemple: "Levez-vous vite, orages tratambouilles? "En tout cas, 5G2.Moins cher à entretenir en palaces et congrès qu'1G8.

Marie-Catherine 21/04/2008 12:19

mdr !et félicitations pour le style.