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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 13:53

 

Il arrive que Corinne Jeanson vienne au café passer une partie de la nuit. Elle en profite pour effleurer quelques souvenirs et nous faire partager quelques belles pages avant de nous dire bonsoir…

 


Yvonne,
Pourquoi m'as-tu adressé toutes ces lettres ? Tu as attendu trop longtemps. Depuis ton départ je me suis grisé à tant d'autres vies, à tant de goulots, aux enfers aussi. Le temps a passé. Il fallait bien passer le temps, ce faux guérisseur. Rompre les espaces éternels. Comment pourrais-je aujourd'hui écouter tes lettres ? Entendre le bruit froissé de leur papier entre mes doigts qui tremblent. Ecoute mon cœur, il se brise, il est en verre blanc. Ne me donne plus à lire tes lettres, elles me font trop mal aux yeux, aux joues, à la bouche, aux tripes, aux genoux, mes pieds fuient sur le sol qui se dérobe. Cette dernière rue où nous avons marché main dans la main, ce dernier matin où nous avons perdu notre langage. Oh Yvonne, qu'avons-nous fait de nos vies l'un sans l'autre ? Le jardin est dévasté, tu ne le reconnaîtrais plus. Tes lettres me sont venues trop tard. Et je suppose que tu ne m'en écriras plus maintenant, trop d'étoiles ont cessé de briller depuis ton départ. Dis-moi. Ma voix s'est éteinte. Je t'ai perdue, mon âme est perdue. J'ai peur.
Ton vieil époux, Geoffrey

Ps. Je prie pour que tu reviennes, ne serait-ce qu'un jour...

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Nuits blanches
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commentaires

Georges 16/04/2008 11:17

Quelle délicieuse façon de dire le manque !