Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 21:35

Numéro 2 de " A propos de… ", une chronique signée Gilbert MARQUÈS

 
a-propos-images.jpg



En ces temps étranges où l'hiver s'apparente au printemps sous l'effet du réchauffement de la planète, nous dit-on, l'actualité ne désarme pas. Tant sur la scène internationale qu'hexagonale, elle m'offre aujourd'hui cette petite réflexion au vu d'événements récents tenant à la fois du voyeurisme et du sensationnel savamment orchestrés par ceux qui veulent nous convaincre d'on ne sait trop quoi, en fin de compte.

Qu'est-ce qu'une image ?

Au sens premier, une reproduction de quelqu'un ou de quelque chose au moyen de différents procédés techniques utilisant des supports variés. Par extension, cette signification s'est enrichie de la notion de reflet, non seulement celui renvoyé par un miroir mais aussi celui projeté par le regard de l'autre, cet observateur qui guette et dont les yeux vont permettre une interprétation de ce qu'il voit.

L'image, depuis qu'elle est apparue, est devenue un outil d'éducation, de culture, de plaisirs, en un mot un outil de communication au même sens que la parole ou l'écrit. Mais elle est également utilisée à d'autres fins : le prosélytisme, la propagande tel qu'il est de mode aujourd'hui. Souvent, les deux usages interfèrent au point qu'à l'époque moderne, l'image est devenue avec le son un élément indispensable de la vie quotidienne. Subsidiairement, exit l'écrit…

Cette utilisation incontrôlée entraîne des dérives, évidemment, qui au lieu d'aider à la réflexion ou de favoriser le rêve en aiguillonnant l'imagination, a fortement tendance à les suppléer pour aboutir à ces produits prédigérés dont on nous abreuve jusqu'au harcèlement et que nous consommons malgré nous, contraints et forcés. Ils ont pour objectif inavoué de nous modeler selon certaines normes, une image à laquelle nous devrions nous conformer sans qu'il soit bien entendu tenu compte de nos aspirations.

C'est ainsi qu'avec la complicité des tout puissants médias, l'image se transforme en icône.

Qu'est-ce qu'une icône ?

A l'origine, il s'agissait simplement d'une image sainte peinte sur un panneau de bois. Cette technique fut importée d'Orient.

Avec l'évolution de la langue, le sens originel s'est modifié pour définir aussi une personne exemplaire à laquelle le commun devrait s'efforcer de ressembler. Nous ne sommes pas loin d'une forme d'idolâtrie telle que dans les années 60 envers des personnages publics, des artistes en général pour lesquels par contraction, le mot fanatique s'est vu amputer de certaines syllabes pour devenir dans le langage populaire fan.

Et bien que ne figurant pas encore dans les dictionnaires à ma connaissance, l'icône s'est enrichie d'un troisième sens, technique celui-là puisque désignant en informatique la petite image qui symbolise un programme ou un logiciel sur les écrans de nos ordinateurs.

Je ne suis d'ailleurs par sûr que si nous demandions à nos enfants ce qu'est une icône, ils ne nous répondraient pas par cette interprétation, ignorant totalement ce dont il s'agit en réalité à l'origine.

Ces différentes définitions exposées pour avoir l'esprit clair, revenons à l'actualité par laquelle nous subissons de façon pernicieuse mais efficace l'agression des images pour la fabrication d'icônes.

En exagérant certes mais à peine, je pourrai pousser le bouchon plus loin en écrivant que la publicité notamment, contribue de manière stratégique à cette propagation. Quel homme politique en effet, pour prendre un exemple, n'utilise-t-il pas aujourd'hui les services d'un publicitaire et de conseillers en communication pour optimiser son image tant au cours de ses campagnes électorales que tout au long de sa carrière lorsqu'il parvient vers les sommets ? Ne tente-t-il pas au moyen d'affiches démesurées et de slogans chocs d'attirer davantage l'attention sur lui que sur son programme idéologique pour s'ancrer dans l'inconscient de l'électeur moyen qui ainsi le mémorise mieux ? Un visage, une attitude valent tous les discours au point de transformer un homme banal en icône, autant dire une sorte de comédien de l'absurde.

Ce mélange des genres né aux Etats-Unis où pour arracher l'investiture, il faut déplacer famille et amis de façon à démontrer que le candidat serait un homme ordinaire, bien-pensant et bon père de famille, a ses limites notamment démontrées par certains scandales qui ont suivi les élections. N'empêche, il a été importé vers l'Europe dont la France où il prend toutefois des allures de parodie. Ce serait hilarant si ce n'était pas grotesque et surtout si les mouvements familiaux relevant de la vie privée n'avaient pas en fin de compte été utilisés pour noyer le poisson de l'état désastreux dans lequel le pays sombre. Pour la première fois peut-être, nous atteignons la perfection dans le domaine public avec un iconoclaste conservateur, paradoxe rédhibitoire offrant une image inédite dont s'enrichira l'iconographie de notre histoire.

Que nous reste-t-il à nous, pôvres poètes et modestes écrivaillons, hormis notre plume, pardon !, notre clavier pour ruminer notre déconvenue parce que finalement, le dicton disant que la réalité dépasse la fiction se vérifie une fois de plus ? Nos stylos produisent des mots, pas des images et nous ne deviendrons jamais des icônes. Qu'à cela ne tienne !

Nous pouvons toujours nous consoler en affirmant que l'image médiatique est comme la parole. Fugace, elle s'envole…

Aussonne, le 13 Février 2008

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans A propos de...
commenter cet article

commentaires

marques 15/03/2008 11:09

Merci à tous ceux qui ont réagi à mes propos et les ont enrichis de leurs propres commentaires dont je tire enseignements.C'est tout l'intérêt d'Internet, de cette tribune libre, que de pouvoir échanger intelligemment et sans aucune animosité.L'exercice est parfois périlleux mais en même temps exaltant parce qu'il y a des limites mais rassurez-vous, uniquement techniques. Elles obligent à beaucoup de rigueur d'écriture et pour un auteur, c'est à la fois frustrant parce qu'il ne peut pas aborder le sujet retenu dans toute son ampleur et intéressant parce qu'obligé d'aller à l'essentiel, il doit tirer la quintessence de son propos.

jean-paul 21/02/2008 15:53

Une analyse fort intéressante du rôle de l'image qui nous fait prendre conscience de l'ironie du retournement des choses qui autorise l'emploi du mot "icône" pour désigner un personnage exemplaire alors que, normalement, c'est le modèle qui représente cette perfection que l'image cherche à  imiter, à atteindre tout en demeurant une image : "ceci n'est pas une pipe". Quoi de plus vrai ? C'est seulement la représentation d'une pipe , et une image, malgré toutes les techniques les plus sophistiquées, malgré le trompe l'oeil le plus élaboré, n'est pas l'objet : allez donc bourrer une image de tabac puis en approcher une allumette... Les spectateurs du train entrant dans la gare de La Ciotat ne se firent pas avoir deux fois...(Autorisons-nous juste une exception, une image exemplaire : l'enfant "sage comme une image").Pendant longtemps, l'icône ne fut que religieuse, il fallait donc se lever de bonne heure pour rencontrer le  modèle et pouvoir juger de la ressemblance.  Cela permettait à l'image de confisquer une part du sacré qui appartenait aux modèles. On parla de l'idolâtrie des chrétiens orthodoxes et l'Eglise romaine se demanda si elle ne devait pas prende exemple sur l'islam qui interdisait toute représentation figurative en disant que l'Homme ne doit surtout pas se mettre en tête d'imiter le Créateur. L"Eglise ne décida pas d'interdire l'image et, dans les rues commerçantes de Rome, Lourdes, Lisieux, on ne  cesse de dire "merci".Peindre des images que l'on ne pouvait pas comparer à la réalité, c'était jouer sur du velours. Quand l'icône passa du sacré au profane, les choses changèrent quelque peu : dans les isbas, l'icône religieuse devant laquelle on priait fut tout naturellement remplacée par un Staline triomphant qui comprit bien vite qu'il devait, tout comme Dieu, se montrer le moins souvent possible ou bien de loin, comme lui, à l'occasion de grandes messes. Il ne fallait pas que la femme du moujik puisse dire : "Il est mieux sur la photo" (évidemment, elle date peut-être de dix ans et elle a été retouchée). Alors, il s'enferma beaucoup dans sa forteresse où il se fit passer en boucle de belles images :  les films de propagande qu'il avait commandés. Des kolkhoziens joyeux, montés sur des tracteurs neufs, se rendaient en chantant dans les champs. L'image parvenait alors à faire en sorte qu'il crût à son propre mensonge.Photo et cinéma multiplient les images qui prennent le pas sur le modèle qui cherche à ressembler à son image, on tourne en rond.Telle image rafistolée d'un président de petite taille (on s'en foutrait qu'il fût ridiculement petit si, suivant l'exemple d'autres chefs qui rasaient les pâquerettes, il ne tentait de compenser l'irrémédiable en affichant une volonté de puissance démesurée), telle image, donc, nous le montre en présence d'un autre chef connu pour sa grande taille et, miracle, tous deux culminent à la même altitude.Alors, après cela,  si l'on n'a pas la sagesse de séjourner le plus possible dans sa tour d'ivoire, où l'on risque moins de voir désacraliser l'image que l'on a donnée,  il faut impérativement  - au moyen de quels artifices - se montrer "à la hauteur" : ne pas se laisser manger la soupe sur la tête par Mickey qui n'est rien d'autre qu'une souris ou par une compagne priée de ne plus porter que des talons plats... Courir derrière sa propre image doit être épuisant.Le héros sartrien de "l'enfance d'un chef" décidait de se regarder dans le regard des autres plutôt que dans le miroir de l'introspection, le nôtre de chef, avant qu'il ne devînt chef, se regardait dans son miroir en se rasant le matin mais c'était pour s'y voir déjà affublé des oripeaux  présidentiels... Alors, point de salut de quelque côté que l'on se tourne...                                                                            jean-paul

desiree 20/02/2008 14:27

Je ne sais plus qui a dit que la télé, c'était du chewing gum pour l'oeil, mais il avait raison.Z8E. Ca ou autre chose.

desiree 20/02/2008 12:24

"L'image...est devenue un outil de communication" (je cite). Au lieu d'illustrer (son rôle de départ), l'image doit être utile, un outil. C'est le gros problème de notre époque. L'image, ça fait vendre. Point. Tant que l'image ne servira qu'à ça on n'en sortira pas. On aura de plus en plus d'images, de plus en plus d'écrans.Encore une image informatique. GT4. L'ai je bien recopiée ?

M agali 19/02/2008 20:53

Vrai, Désirée.Mais est-ce que le pire n'est pas de voir que l'icône du JT et celle parodiée des Guignols sont cloniques l'une d l'autre si bien que parfois devant les infos on se demande si on n'est pas passé sur Canal en zappant?Et puis, ce qui me désespère, moi, c'est que je vois au contraire que toutes les conditions d'un progrès démocratique sont réunis. La critique est partout, sur les blogs, dans les journaux, sur les plateaux télé parfois sosu la forme d'allusions, de lazzis, , même dans le face à face dans la rue où on ne se prive pas d'interpeller à l'ocasion un président qui serre le poing de rage en réponse et crache une menace. 80 pour cent des jeune adultes ont leur bac et ont planché sur Voltaire et Montesquieu, Céline et Camus, Sartre et Kant. On est en démocratie éclairée, le rêve d'un philosophe des Lumières! L'info circule à la vitesse d'un peuple entier muni de téléphones portables capables de prendre et de diffuser en ligne en temps réel des photos de tout événement.Et je vois aussi que tout ça ne change rien à rien! Que les prochaines élections seront du même tonneau, des voleurs, des assassins et des clowns finis, que se refaire une virginité politique coûte moins cher que de se faire recoller les oreilles, que les deux opérations semblent remboursées de la même manière par la Sécu, sauf que pour la première on n'y est pas de sa poche d'un euro de moins, on a droit à un numéro de compte en Suisse..Beurk! L6V?ben moi aussi...