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4 février 2008 1 04 /02 /février /2008 19:18

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Après sa dissertation capillaire et les commentaires qui ont suivi, Ysiad s’est dit qu’elle reprendrait bien un peu de poil de la bête…

   

Vous marchez sur le sable. Il fait vraiment très chaud.

Vous avez choisi l’Andalousie pour apprendre l’Espagnol. Loin de vous l’espoir de découvrir " El hombre hecho y derecho, con pelo en el pecho "(1). Vos notes laissent beaucoup à désirer, et vous manquez d’aisance à l’oral. La jota : ce fichu " j " espagnol, reste coincée dans votre gorge à chaque fois que vous tentez de l’expulser, et vous savez qu’il vous faudra bosser d’arrache-pied pour prononcer " Madrid " comme une vraie madrilène, avec la langue correctement placée entre les dents. Madrisssss.

Comble de malheur, comme dans la fable de la Fontaine, en quelques jours à peine, vous vous êtes trouvée fort dépourvue sous le soleil de Séville. Vous avez tout claqué dans des spectacles de flamenco, des visites de jardins et de palais andalous, il y a tant de châteaux en Espagne. Il vous reste encore quinze jours de vacances à tirer avant de rentrer au bercail. Comme vous n’êtes pas à une mauvaise idée près, vous faites de l’autostop. Vous atterrissez à Marbella, Costa del Sol, sans un sou. On vous propose de vendre des beignets sur la plage pour terminer la saison, c’est bien payé, on vous nourrit, vous avez vingt ans, alors vous dites : Muchas gracias !

Et vous voilà partie sur la place par 36° C à l’ombre. Lunettes, chapeau, crème solaire sur le pif, sacoche à beignets : il ne vous manque rien, sinon un bon entraînement sportif pour vous permettre de tenir la distance. Une plage, c’est long, surtout quand le cagnard tape à la verticale sur vos épaules, à l’heure où les Espagnols vont boire et casser la croûte sur la plage avec belle-mère, femme, enfants, épuisette et canne à pêche. Rien ne les presse, ils vissent leurs parasols dans le sable, déballent leurs provisions, sortent leurs transistors, leurs jeux de plage, Ay, que calor ! C’est vrai qu’il fait chaud, mais dieu que la mer est belle, pas une ride à la surface. Au loin, un voilier glisse sur la gîte comme un léger papillon, un horizon dénué de nuages s’offre à vous, Ay, que maravilla!  La tata digère à l’ombre, le toutou enterre son os en grattant le sable, les gamins jouent à la raquette, vous passez entre les matelas avec vos beignets au milieu des corps qui roussissent. Dommage qu’il n’y ait pas un bel hidalgo avec du poil sur la poitrine dans votre ligne de mire, ça égayerait le parcours.

Churros, empanadas…Au milieu de ces êtres alanguis, vous vous surprenez à chercher le Don Juan de votre livre de Literatura espanola.

Le sable brûle vos sandales, vous transpirez de plus en plus. On vous a attelée comme une mule. La sangle du sac derrière votre cou, vous portez vos beignets comme les mères kangourous, il y en a pour tous les goûts. Nature, à la confiture, au Nutella, au sucre glace. Vous les sucrez vous-même, on vous a fourni le saupoudreur. Un type arrive, il ne ressemble pas du tout à Antonio Banderas, il vous demande : Un churro por favor. Vous vous exécutez. D’une main vous enveloppez le beignet dans une fine feuille de papier, de l’autre vous versez un peu de poudre blanche et tendez le gâteau doré de soleil en prononçant : Que aproveche! (2), en échange de quelques pesetas à l’effigie de Juan Carlos.

Vous continuez, malgré les coups de soleil, les crampes dans les mollets, la chaleur qui coule comme de la poix sur vos épaules, Ay, que cansancio ! Le sable est une école d’endurance. Vous avez ramassé huit cents pesetas, peut mieux faire. Autour de vous, tout le monde roupille, le soleil est au zénith, la radio diffuse un petit air langoureux où il est sans arrêt question de corazon, et de mi amor, et toujours pas d’hidalgo poilu dans un rayon de vingt mètres. Vous posez votre barda sur le sable et décidez d’aller faire tremper vos pieds brûlés, ils l’ont bien mérité. Vous roulez le bermuda sur vos jambes et marchez longtemps, de l’eau jusqu’à mi-cuisse, pour tenter de vous rafraîchir un peu. Vous êtes bien, enfin. Vous oubliez la sacoche, les beignets à vendre, vous êtes en vacances, vous vous avancez dans l’eau, vous avez une vue imprenable sur tous les types qui marchent sur la plage, quand soudain, vous le voyez.

L’homme espagnol. Le seul, le vrai. Ay, que virilidad !

Vous l’avez enfin trouvé, le type avec du poil sur la poitrine. Vous remontez vers la plage en vous dépêchant, au moins aurez-vous quelque chose à raconter aux copines à la rentrée. Le sable est brûlant sous vos pieds. Vous trébuchez, tombez. En vous relevant, l’homme a disparu. Vous courez vers le sac. Vide. Que des miettes éparses. La journée est fichue. Vous rentrez penaude, le sac est très léger, on vous a chouré tous vos churros. Ay, que mala suerte !

A la pension de famille, la télé est en marche. Pilar, la patronne, est en émoi. Elle parle à toute vitesse, vous captez deux mots à la volée. A force de recoupements dans le dictionnaire, vous parvenez à comprendre que Kuko, un grand chimpanzé mâle, s’est échappé du cirque.

Ay, que desilusión !

                                                                                                                            Ysiad
(1) Un homme fait et bien fait, avec du poil sur la poitrine (traduction approximative)

 (2) Quelle fatigue !

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
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commentaires

Dissertation Help 27/11/2009 15:40


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Dissertation Help


Ernest J. Brooms 06/02/2008 13:14

... le gorille est un luronSupérieur à l'homme dans l'étreinte,Bien des femmes vous le diront !Gare au gorille !...(de notre ami Brassens, bien sûr !)