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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 17:14

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Auteur de poèmes, nouvelles et romans parmi lesquels une douzaine de titres édités, Calipso a publié courant 2007 une de mes courtes nouvelles, Camille. Depuis, le responsable du site, Patrick L'Ecolier, m'a proposé de tenter l'expérience de tenir une chronique dans laquelle j'aborderai divers sujets. Dans la continuité d'une sorte de… journal commencé voilà longtemps, j'ai décidé d'intituler ces chroniques A propos de…

 

par Gilbert Marquès  

Le sujet m'a été offert la semaine passée par un message Internet en provenance d’une librairie en ligne X.com appelant ses clients à la rescousse.

- La raison ? Une plainte déposée par un syndicat de libraires au motif que cette enseigne offre les frais de port. Donc et si j'ai bien compris, les plaignants jouent sur la notion de concurrence déloyale puisque ce cadeau équivaudrait à baisser artificiellement le prix du livre qui comme chacun sait depuis la loi Lang, est réglementé et unique quels que soient les modes et les points de vente.

- Résultat ? Condamnation assortie d'une forte amende payée par cette librairie en ligne pour pouvoir, disent ses responsables, continuer leur pratique.

Outre l'information, ce courriel comporte deux liens. Le premier vers une pétition de soutien. Le second, vers un forum sur lequel les lecteurs sont invités à débattre sur ce thème.

En client curieux, j'ai surfé sur le forum et sans lire la totalité de la masse des réactions ni vouloir polémiquer sur la fâcheuse tendance à la répression que nous subissons tous dans tous les domaines de notre vie quotidienne, j'ai retenu trois types de réponses à la question suivante :

La plainte suivie d'une condamnation est-elle ou non équitable ?

- Les affirmatifs : je schématise volontairement car, en vérité, ils ne se prononcent pas de façon aussi tranchée mais affirment être prêts à payer un livre quelques euros de plus dans le but louable de permettre la survie des libraires indépendants, ces derniers offrant des services différents de la grande distribution.

- Les négatifs : le principal argument développé s'appuie sur Internet grâce auquel des librairies comme X.com existent et auraient permis le désenclavement de zones géographiques mal ou pas desservies par les librairies conventionnelles.

A noter cependant qu'un service identique a été créé depuis longtemps par des clubs sous forme d'envois de catalogues par la Poste, ce qui ne les empêche pas de tenir également boutique et d'avoir des sites sur le Net. D'une façon peut-être un peu différente mais avec des résultats similaires, ces maisons pratiquent aussi remises et avantages pour leurs clients. Ne détournent-elles pas aussi la loi Lang ? Pourquoi alors ce syndicat des libraires, à ma connaissance, assigne-t-il seulement X.com et pas les autres ? Par extension enfin, pourquoi les syndicats de tous les petits commerces n'agissent-ils pas de même à l'encontre des toutes les entreprises de vente par correspondance ?

- Les extrémistes : ces derniers demandent ni plus ni moins un retour à la libéralisation du prix du livre afin, affirment-ils, de rendre la culture accessible au plus grand nombre. En tant que lecteur, je n'y suis pas fondamentalement opposé sans voir les réels avantages qu'une telle mesure pourrait engendrer puisque la loi est détournée. En tant qu'auteur, je suis partagé. Outre le casse-tête comptable pour l'éditeur contraint de calculer le montant des droits d'auteur en fonction de chaque détaillant, le pourcentage perçu par l'auteur est tellement faible par rapport à celui des autres intervenants du circuit qu'il serait plus judicieux de baisser la TVA pour rendre la lecture sinon plus attractive du moins plus accessible à tout le monde.

N'oublions pas non plus les bouquinistes et les livres d'occasion, pouvoir d'achat oblige…

En conclusion, par expérience d'auteur et de client des différentes structures de la distribution du livre, je suis enclin à penser que chacune d'elle a sa place. Plus que concurrentielles, je les crois complémentaires. Je trouve ainsi cette plainte sinon abusive du moins hors de propos, le rôle d'un libraire indépendant n'étant pas le même qu'X.com ou ses pareils. La majorité l'a si bien compris qu'ils se sont adaptés en se spécialisant dans un secteur culturel spécifique, un peu comme en médecine qui compte des praticiens généralistes et des spécialistes.

Toutes les initiatives tendant à rendre la culture moins chère et plus accessible sans la galvauder sont à soutenir. Quel que soit l'artifice employé, plus le prix du livre sera bas, plus il aura de chances de séduire des lecteurs potentiels. Les auteurs, malgré les apparences, devraient également y trouver leur compte puisque leurs ouvrages seront, a priori, plus largement distribués sinon mieux.

Dès lors, cette plainte d'une certaine catégorie de libraires m'apparaît simplement corporatiste dans le sens où elle ne semble pas devoir défendre en même temps les lecteurs et/ou les auteurs mais uniquement des intérêts ciblés sans aller d'ailleurs jusqu'au bout de la démarche. Internet fait peur dans bien des domaines et les traditionalistes répugnent à se remettre en question tout en se sentant menacés. C'est là, à mon avis, que réside tout le nœud du problème dans cette affaire.

 



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Published by Patrick L'ECOLIER - dans A propos de...
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commentaires

Cune 20/01/2008 16:58

Ca me fait plaisir de lire, beaucoup mieux développé, le fond exact de ma pensée quant à cette affaire. Bravo, Gilbert !

danielle 19/01/2008 17:55

AuX 3 Suisses, of course!

danielle 19/01/2008 10:23

Merci pour cette excellente étude ! Sus aux libraires traditionalistes frileux, trop près de leurs sous et effrayés par le Net. (mais qui sait si de leur côté ils ne passent pas leurs petites commandes de fringues ou linge de maison  – via courrier…ou Net – à La Redoute au aux Trois Suisses ? Non, j’ai tout faux, là, on paie les frais d’envoi !)Sérieusement, laissons les amoureux des livres trouver leur bonheur à leur convenance : petites librairies, grandes enseignes, X ou Y.com, il n’y a pas d’incompatibilité.

sylvette heurtel 18/01/2008 21:10

Intéressante chronique. La vente en ligne a également permis à certains titres épuisés de vivre une seconde vie, notamment quand leur auteur choisit de les vendre lui-même pour leur éviter une fin tragique. Il m'arrive de chercher, et de trouver, des titres jeunesse épuisés sur la toile et j'en suis toujours heureuse de voir ces livres continuer à vivre. Pour le reste , vivent les libraires...là où il y a des libraires!