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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 17:55

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Il n’y a pas eu de grand tintamarre. Autour de minuit, je suis allé là, là et là, histoire de découvrir les premiers mots de l’ère nouvelle, écouter les hommes et les femmes retenir leur souffle avant de s’embrasser, de se dire bonne année, d’espérer le meilleur, de brûler du désir d’aller de l’avant et de s’offrir peut-être un rendez-vous inédit qui durerait presque toute la vie… Presque, car sait-on jamais ce que le sort nous réserve… Presque, car bon an mal an, le nouvel élan tarde à venir. Presque, car on se dit que les rêves ne sont jamais à l’heure ou que la vie rêvée ne supporte qu’une courte absence au monde. Presque, c’est le temps d’une douloureuse éclipse, un instant fugitif qui colle indéfectiblement au désir et qui installe une distance, une façon de rester légèrement en retrait, discrètement à l’écart … 

Minuit passe donc avec les bulles et presque tous les bruits de la vie. Quelques minutes de gaieté mousseuse, de respiration collective, de lèvres frémissantes, d’exclamations dévergondées, d’éclats de rire féminins, et la deuxième heure est déjà là. On danse encore un moment, les corps se pressent et les mains ont envie de plaire. Quelqu’un fait part de son embarras, son verre est vide et il ne trouve pas l’eau-de-vie qui le ragaillardirai, vous n’avez donc plus soif vous autres ? Rien qu’un appel à célébrer un peu plus hardiment cette formidable naissance se dit-on, un petite interrogation presque sans importance et pourtant en un instant l’atmosphère se charge de silences. On pourrait presque s’éclipser. Une bouteille surgie de nulle part et une seconde apostrophe suffisent à faire courir l’infinité des mots. On bat le rappel du passé, on évoque les vieilles connaissances, les souvenirs heureux valsent dans les conversations, rappelle-toi, c’est ici que nous nous sommes embrassés pour la première fois… je m’en souviens très bien… mon dieu, combien d’années se sont écoulées ? juste un peu d’ivresse, juste une petite vague de nostalgie, les regards sont moins confus et se rencontrent… mais les hommes ont leurs habitudes et l’on ne tarde pas à virer à l’examen de la situation internationale, à faire l’inventaire de l’humanité, chacun a la conviction que la vie n’est pas idéale, seul le roi peut-être s’amuse, on pressent que le monde a basculé et pour l’occasion on reconnaît des erreurs d’appréciation mais deux ou trois phrases définitives pourvoient vite au renouvellement de la vérité, on reparle de secouer les âmes endormies, sûr qu’il faut songer à creuser de nouvelles voies, quitter le carcan, c’est presque une question de vie ou de mort…

A la troisième heure, les femmes se désolent du temps qui passe et des hommes qui ressassent. Elles sont nombreuses à organiser le repli dans les appartements.

Peu après la quatrième heure, les cafés se vident pour solde de tout compte.

Dans l’air brumeux et froid de la cinquième heure, je suis rentré à mon tour. J’ai retiré la clef de la porte, laissé entrer le vent et invité les muses à me parler de l’étranger, à m’éclairer sur l’autre côté, me dire si la guerre y faisait rage aussi, si l’on mourrait de la peste brune et si l’on traversait la vie avec des bleus autour des yeux… ou s’il y avait encore quelque chose à provoquer en farfouillant dans le grand tourbillon de l’éternité…

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
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commentaires

Patrick 10/01/2008 22:27

Des mots pris par le sommeil et engloutis dans le passé mais qui ont quelques chances de rebondir à l'aube de la vingt cinquième heure...

Ernest J. Brooms 10/01/2008 18:26

Et à la sixième heure, tu t'es presque endormi, des idées plein la tête et des mots qui se bousculaient au portique de l'année nouvelle.