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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 18:26

Ombres-magnetiques-image.jpg

A la moitié du chemin de la vraie vie, nous étions environnés d’une sombre mélancolie, qu’ont exprimée tant de mots railleurs et tristes, dans le café de la jeunesse perdue.

Cette phrase de Guy Debord citée en épigraphe du roman de Patrick Modiano a rendu possible une captation du lecteur dans le sens où elle vient dire le besoin pour l’auteur de se défaire de la solitude du passé et la nécessité de s’adresser à un lecteur qui deviendrait partie intégrante de son remodelage.Comme les situationnistes des années soixante, il convie le lecteur à quelques dérives dans les rues de Paris, à la recherche d’êtres égarés et de lieux désertés. Obscures errances dans ce terrain vague qu’est devenue la ville - la vie ? Voyage dans les méandres du temps en compagnie de fantômes incertains, éternel retour des ombres.

Car depuis toujours les hommes ont cherché à apprivoiser les ombres. Beaucoup ont appris à ne rien entendre de ce qu’elles disaient. Certains se contentent de les regarder danser sans qu’elles occupent davantage leurs pensées, d’autres s’arc-boutent sur la seule absence et éprouvent des regrets infinis, d’autres encore les traquent jusqu’au couchant de leur vie et, parvenus au terme, peut-être alors entendent-ils l’écho d’une voix : est-ce moi qui avance dans la nuit - la vie ?

Quête d’une mémoire qui échappe, qui se délabre, d’une mémoire noyée dans les amalgames du souvenir, d’une mémoire qui se réfugie dans les cafés malfamés, qui s’illumine dans de vieux hôtels meublés, d’une mémoire qui s’engourdit dans les fêlures du cœur, fragmentée à tout jamais et qui s’épaissit des absences répétées au monde, d’une mémoire qui se profile entre les fumées, qui sent la braise et la chair crépitante, d’une mémoire qui s’efface du miroir pour mieux s’infiltrer par les interstices du rêve.

Patrick Modiano a choisi l’écriture pour faire la paix avec ses ombres et il demande au lecteur d’en être le témoin et l’acteur. C’est tout simplement lumineux.

Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano aux Editions Gallimard, 149 pages, 14,5€

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
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commentaires

Patrick 18/12/2007 20:59

Effectivement Stéphane, chaque livre est une trace de vie  tout comme chaque vie est une oeuvre entière...

Stéphane Laurent 17/12/2007 11:32

On dit souvent que Modiano écrit toujours le même livre. J'ai entendu l'autre jour quelqu'un qui avait à mon sens une vision plus juste: en fait, chacun des livres de Modiano est un chapitre d'un livre plus vaste que constituerait son oeuvre entière...