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11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 22:16


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Le titre retenu pour ce spectacle préfigurait la tonalité de la soirée. Le pari était difficile : capter l’attention du public un soir où le divertissement, le comique et le défi compassionnel étaient largement promus sur la commune.

Amoureuse de la vie, Taslima Nasreen l’est profondément. Elle écrit comme elle respire, entre éclaircies et turbulences, tantôt paisible, joueuse, aimante, tantôt fébrile, enflammée, éprise de justice et de liberté. Engagée dans une lutte titanesque contre l’oppression des femmes, elle mène un combat radical fondé sur l’écrit : poèmes, récits, romans, articles de presse… des mots de colère et d’espoir, des mots enrobés de douceur et de rage, des mots du monde intérieur qu’elle offre au risque de sa vie, aux femmes prises dans le carcan de la religion.

Des poèmes fustigant l’intolérance, le fanatisme, l’enfermement, des poèmes pour contenir la peur et enrayer le désespoir, des poèmes pour rompre la solitude, tendre la main à toutes ces femmes blessées, mutilées, infirmes de leurs désirs d’amour…

L’interprétation à la fois chaleureuse et mordante de la comédienne Françoise Vergely, l’accompagnement musical, éclairé et percutant de Harvey Harder, ont fait de cette rencontre un évènement unique au Fontanil, un de ces moments rares où des femmes et des hommes se laissent transporter par l’émotion, par l’envie de partager, de soutenir, d’être en lien avec ces combats pour la dignité, ces épreuves de tous les jours. Un de ces moments forts qui donnent du sens à la vie.

Poèmes d’amour et de combat de Taslima Nasreen aux Editions Librio, 1,90€

C’était vendredi 7 décembre au Calipso, Le Fontanil.

Taslima Nasreen, comme tant d’autres de par le monde, est victime de nombreuses fatwas au Bangladesh pour avoir dénoncé l’oppression des femmes et des minorités non-islamiques. Elle vit en exil depuis 1994. Installée depuis quelques années à Calcutta, sa tête a de nouveau été mise à prix par plusieurs organisations islamistes indiennes. Des récompenses sont offertes pour sa décapitation…

Une nouvelle manifestation contre elle l’a une fois de plus obligée à quitter Calcutta le 22 novembre dernier. Elle est pour l’instant réfugiée à Delhi, mais pour combien de temps. Elle est poursuivie par la justice de ce pays et risque 3 ans de prison pour avoir attisé la haine et la discorde.  

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
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commentaires

Patrick 13/12/2007 23:00

Merci Françoise de nous rappeler combien il est difficile de se débrouiller de toutes ces questions qui nous agitent dès lors où nous avons affaire à l'Autre, à cette espèce de ressentiment que l'on ressasse, parfois jusqu'à l'envahissement, quand cet Autre fait défaut ou qu’il vient rendre compte de ce lieu vide auquel il est lui-même confronté... Alors oui bien sûr... "de cet autre, il ne saurait être question sans le secours des mots..."

Françoise 13/12/2007 20:28

C'est en réaction à une nouvelle fatwa perpétrée au mois d'août dernier contre Taslima Nasreen que j'ai écrit ce petit texte "Littérature, haut lieu de l'autre", paru en septembre 2007 dans l'hebdomadaire Tribune de Lyon. Pour se souvenir que la littérature est aussi une affaire sérieuse...http://motcomptedouble.blog.lemonde.fr/2007/09/01/litterature-haut-lieu-de-l%e2%80%99autre/