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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 09:17


Erquy-image.jpg
En passant par la Bretagne, du côté de Dinan, Jean-Claude Touray, l’œil toujours très vif, a
repéré le récent polar d'Alain Emery. Il nous livre ici ses observations.

 

Quand, dans les mémoires, les flammes sont retombées, les braises éteintes, il ne reste plus à Erquy, petit port costarmoricain et capitale de la coquille St Jacques, que les cendres d’un terrible fait divers, datant d’un quart de siècle.

Le ton est vif, la langue imagée et populaire : c’est avec " le cœur à la retourne ", puis " le palpitant en guenille " que Gaby Lardent, un patronyme qui est tout un programme, a découvert le cadavre de l’héroïne. Les personnages secondaires sont traités dans la truculence : Chopine, le bien nommé, décédé " d’un coup de pied de barrique ", le fils Lorca, colosse aux colères terribles, qui soigne avec dévouement ses parents gâteux, le commissaire Hansen, " une cigogne avec des yeux de chien de traîneau ". Les personnages principaux sont d’une pâte humaine plus complexe : Gaby, le " témoin fouineur " qui raconte l’histoire vingt et quelques années plus tard (autoportrait décalé ?), Lorette, symbole de pureté, piétinée par le Destin, les parents Malgorn… Loin de l’ambiance " station touristique ", c’est dans la population locale (j’allais écrire indigène) qu’Alain Emery, enfant du pays, a trouvé l’inspiration.

Tous les ingrédients d’un policier à succès sont réunis : une présentation exacte et sobre d’une ville où on ne l’est pas toujours, des sentiments forts (l’amitié, la haine, la honte… ) et une intrigue simple, dont il a suffi de cacher le prologue pour plonger le lecteur dans la brume (ou si l’on préfère, le mener en bateau). Pour les puristes, si j’ose dire, il manque " la " scène de sexe. L’auteur en a fait une " plage blanche " entre deux chapitres.

Attention, ne pas lire trop vite sous peine de rater un des petits cailloux blancs en forme de grenade fumigène qu’Alain Emery a balancés au gré des chapitres pour entretenir délicieusement le brouillard, jusqu’au dénouement de l’intrigue policière. Et pour l’épilogue, caramel au beurre salé sur le gâteau, il y a une chute.

Inutile de préciser que j’ai beaucoup aimé l’ouvrage.

Erquy sous les cendres d’Alain Emery aux Editions Astoure, Collection Breizh noir, 167 pages, 8€

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
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commentaires

Patrick 16/11/2007 09:11

Pas lu et pas même acheté mais promis, je file chez le libraire aujourd'hui.

Alain 14/11/2007 22:12

Mon fan-club au grand complet, je suis un sacré veinard!... Merci les filles, vraiment! et merci à toi, Jean-Claude, pour cette pige sympathique fort bien troussée...

desiree 14/11/2007 18:48

Je joins mes éloges à ceux de Jean Claude, Danielle et Fanbouh pour recommander aux lecteurs l'excellent polar d'Alain Emery.

fanbouh 14/11/2007 16:13

Un polar à déguster... Le style est si savoureux qu'on ne s'ennuie à aucune ligne! Je le recommande aussi.

danielle 14/11/2007 09:40

Je m'abstiendrai de rajouter quelques mots à cette brillante critique, sinon pour dire que j'ai moi aussi beaucoup aimé cet Erquy, tant pour les personnages que pour l'intrigue et le style.