Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 novembre 2007 1 12 /11 /novembre /2007 12:05

paroiverre-image.jpg

par Désirée Boillot

 

Cela fait dix jours que je me refuse à croire que tu ne puisses plus jamais rouvrir les yeux derrière la paroi de verre, je ne peux pas le concevoir tout comme il m’est impossible d’admettre que tu sois partie sans me dire au revoir, nous nous sommes toujours dit au revoir, des bouquets d’au revoir éclatent contre la cloison qui nous sépare, des vifs, des ternes, des bâclés, des légers, des tendres et des passionnés se rassemblent sur mes lèvres. Tant de choses de toi reviennent derrière le verre où tu te reflètes, dans ton petit manteau de velours que je boutonne jusqu’au cou, je t’appelle " Petit chaperon rouge " mais tu ne souris pas, tu évites mon regard, tu n’aimes pas les surnoms et encore moins ce manteau élimé aux manches que tu endosses le matin à contrecoeur parce que tu as toujours eu horreur des manteaux, de cette saison de l’hiver, toujours trop longue, beaucoup trop grise, tu marmonnes sur le seuil " A ce soir mon Papa " dans un soupir et je te regarde descendre l’escalier avec ton cartable trop lourd qui ballotte sur ton dos, je te dis " Prudence dans la rue ", mais tu ne veux pas m’entendre, et je referme la porte sur ton départ. Je ne peux pas croire qu’il n’y aura plus jamais de départ à l’école dans le froid de l’hiver, autour de moi le temps s’est arrêté sur une voix au téléphone m’annonçant la nouvelle, cette voix terrible qui déchire la nuit et me fait tituber jusqu’au salon où m’attend une photo de toi que je serre contre mon cœur. Mathilde, je t’en prie ne pars pas, pas comme ça, je t’en supplie, ne me laisse pas seul, depuis des jours j’écoute " Le paradis blanc " de Michel Berger en revoyant l’oiseau que tu aimais tant et que tu me montrais de la main, " Papa regarde ", si c’est cela que tu veux alors oui, nous irons ensemble dans ce paradis blanc comme deux fugitifs de la vie, nous étoufferons toute réminiscence, tout signe diffus de reconnaissance, de chemin déjà parcouru, nous glisserons sur le lac et prendrons notre envol derrière l’oiseau inconnu, nous lui donnerons mille noms, colombe, albatros, Harfang des neiges aux ailes de vent, Mathilde ! Aurais-je déjà traversé cette immensité où tu persistes à ne pas m’entendre, moi qui prie pour t’arracher à ce sommeil glacé derrière la paroi de verre, moi l’impie qui guette jusqu’au vertige un signe de toi alors que tu t’enfonces dans ta nuit un peu plus loin chaque jour, m’abandonnant à l’éclat du plafond, à la musique de la pluie, c’est pourquoi aujourd’hui je veux demeurer dans la pénombre, il n’y a pas de lumière dans cet enfer où je guette comme un fou un signe, un frémissement, un tressaillement, nous nous sommes toujours dit au revoir, tressaille je t’en prie, mon enfant, ma fille, où cours-tu ainsi derrière la paroi de verre ? 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
commenter cet article

commentaires

Titeplume 09/12/2007 20:31

Très beau texte en effet !!

Corinne 17/11/2007 09:17

J'espère surtout que ce n'est qu'un récit de fiction. J'ai le coeur fendu.

Jean-Claude 12/11/2007 17:34

Emouvant comme un récit de vie

M agali 12/11/2007 12:14

Magnifique, Désirée.