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11 octobre 2007 4 11 /10 /octobre /2007 18:30

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Sur les cent douze nouvelles reçues au concours Calipso " Sens dessus dessous " dix sept avaient été retenues par les jurés dans une première sélection. Vous connaissez les auteurs des dix nouvelles lauréates mais pas les sept autres qui les suivaient de près. Comme ces dernières ne seront pas éditées dans le recueil 2007, nous avons proposé aux auteurs de les publier ici même. Nous poursuivons aujourd’hui avec Ernest J. Brooms.

 

Lieber Herr Gott (1/2)

"  L’histoire est entièrement vraie puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre ".

Boris Vian 

Douze. Ils sont douze. Comme les apôtres. Mais six hommes et six femmes. Pour l'équilibre des voix, ânonne le treizième, le seul qui ne chante pas, le seul aussi à tourner le dos, à ne jamais affronter le public de face. Par contre, il fait chanter les douze. Sans lui, ce serait la cacophonie et la chorale Saint Brice n'aurait jamais été lauréate du grand concours organisé par le diocèse.

Le treizième dont nous tairons le nom par décence, gros, gras, court sur pattes, visage en boule, crâne chauve, ancien séminariste - il en a gardé la démarche hésitante -, le treizième lève les bras, les fige, plane sur le temps. Les doigts frémissent. S'abattent. Et les douze, en chœur, ouvrent grande la bouche. Les hommes bombent le torse, raidis dans un habit noir à queue de pie. Les femmes gomment leurs éventuelles rondeurs sous de longues robes, noires aussi, des chevilles au blanc du cou. Les vingt-quatre yeux fixent les deux globes exorbités du treizième. Les oreilles, à chaque pause, se tendent vainement vers l'éternité muette.

Les douze se tiennent en quinconce sur deux rangs parallèles. Les femmes devant, par politesse, pour le plaisir des yeux, parce qu'elles sont plus petites, qu’elles chantent moins fort,... pour l'équilibre des corps, ânonne le treizième.

" Lieber Herr Gott, wecke uns auf ", est un motet attribué à Johann Christoph Bach, organiste à Eisenach jusqu’à sa mort en 1703. Il guida les premiers pas du petit Jean-Sébastien dans le domaine musical…

Le treizième adore étaler son érudition musicale, type Larousse en cinq volumes payés en dix mensualités.

 

Lieber Herr Gott...

A l’extrême gauche, au deuxième rang, Matthieu. C'est le frère d’André, qui, lui, se tient à l'extrême droite. Le plus loin possible. Depuis toujours. Depuis l'accouchement. Matthieu était sorti, tête en avant. André, en siège. Matthieu sera toujours la tête, tandis que son frère...  Dès lors, tout s'était dégradé. La mère, sans trop l'avouer, préférait Matthieu. Le père aussi. André était insupportable, désobéissant, mauvais élève, toujours dans les sales coups... Les parents simulaient seulement une espèce d'affection. Comme Matthieu pour André et vice-versa.

Leur seul point de rencontre obligé : la chorale Saint-Brice. A cause du treizième. Et d'une sombre histoire : le treizième avait surpris Matthieu, si parfait, si exemplaire, enlaçant amoureusement Véronique, dans la sacristie ! Pas de quoi fouetter un chat. Sauf que Véronique, jolie brunette, est la femme d’André. La belle-sœur de Matthieu !

L'ex-séminariste avait considéré cette situation délicate avec bonhomie. Il se sentait même coupable : c'était lui qui avait suggéré  aux deux fautifs de consacrer quelques heures au vernissage de l’armoire à chasubles. Véronique avait accepté sans discuter puisque le treizième avait insisté : Matthieu lui avait fait part de son désir de quitter la chorale qu'il fréquentait depuis l'enfance, comme son frère, par obligation parentale, par habitude... Il devait rester ! Pour l'équilibre du groupe, ânonnait le treizième. Mais Matthieu ne voulait rien entendre... Seule Véronique pouvait sauver la situation. Il ne lui demandait qu’un petit effort, un geste facile, voire agréable. Il la récompenserait, l’inviterait une après-midi, à la sacristie... pour répéter. Véronique baissa les yeux. Accepta.

 

Lieber Herr Gott...

Un petit effort ! Ce que Véronique fit. Avec d'autant plus de complaisance que Clotilde, la femme de Matthieu, était de ces femmes fières, dédaigneuses, osseuses et supérieures. Clotilde ne ratait jamais une occasion de glisser quelques mots ironiques à l'encontre de sa belle-sœur, Véronique, plus jolie mais d'un milieu je-ne-vous-dis-que-ça ! C'est justement ce qu'elle confiait aujourd’hui au treizième, dans la sacristie. Le treizième avait haussé les épaules. Plus jolie, Véronique ! C'est à prouver ! Il avait donc vérifié. C'était vrai ! Mais il avait consolé Clotilde.

La beauté cachée, celle que ne recouvrent pas les vêtements, est plus enviable, plus durable... Pour l'équilibre de l'âme,

Il ne fallut pas plus de louanges pour que Clotilde cédât à un exhibitionnisme inattendu. Elle se mit à danser une sorte de sarabande sacrée en tenue d’Ève. Le treizième déclara vouloir se limiter au simple plaisir des yeux. Aller plus loin ne le tentait guère. C’est qu’il avait quand même certains critères. Il ne faisait pas n’importe quoi avec n’importe qui. C’était sa " morale ", soulignait-il. Et décidément, Clotilde était trop squelettique. Matthieu resta donc à la chorale. Clotilde, une fois rhabillée, comprit qu’elle y resterait aussi.

 

Lieber Herr Gott.

Quant à André, le mal aimé, il n'aurait quitté la chorale pour rien au monde depuis que le treizième l'avait isolé dans la sacristie avec la blonde Anne ! La femme de Marc, son meilleur ami. Le treizième avait convaincu Anne : André était vraiment trop malheureux, il avait besoin d'affection, si Marc, son mari, fournissait à André l'amitié, elle pouvait bien lui distiller un peu d'amour, partager la beauté qu'elle avait reçue de Dieu. Le treizième révéla alors que Véronique et Matthieu...

André l’ignore. S’il l’apprenait, sensible comme il est, il pourrait faire une bêtise ! Entre nous, ne le répétez pas. Pour l’équilibre des couples, ânonnait-il.

D'ailleurs, entre eux, il n'y avait plus guère d'espace ! Le treizième serrait déjà le buste capiteux contre lui. Distraction, indifférence, résignation, surprise ? Elle accepta de séduire André qui fut tellement étonné de cette subite passion pour lui, l’éternel rejeté, qu’il ne résista guère à l’aubaine et évita toute question inutile qui romprait le charme.

A suivre…

 

 

Ernest Brooms. En bas d’un texte, cette signature ne m’a jamais satisfait. Question de rythme et de sonorité.  Fallait-il rechercher un pseudonyme ? J’ai pensé à Georges W. Bush, avec qui pourtant je n’ai aucun atome même pas crochu, et je me suis dit : pourquoi pas Ernest  J. (prononcez " ji ") Brooms ? Le " J " est mon deuxième prénom, celui de mon père,  Joseph,  décédé trop tôt. J’ai donc corrigé ma signature tout en rendant hommage à mon père... du moins, si mes écrits peuvent se transformer en hommage pour qui ce soit ! Dorénavant, mes textes pourront être traduits  en d’autres langues :  anglais, allemand… sans que le nom ne heurte. Peut-être en Chine, ce sera plus difficile. Enfin, c’est un détail à régler…  Voilà pour ma présentation qui ne vous a rien appris de moi.

Mais revenons à Calipso.  Patrick L’Ecolier m’a ouvert la porte de son café littéraire en publiant " Le sourire ", puis en citant mon blog " Pour le plaisir d’écrire " dans son Blogcity, revue d’ étoiles ! Il m’a fait l’honneur de commenter certains de mes textes. Depuis mars 2007, je me suis donc remis à écrire, à alimenter mon blog et je viens de créer un forum qui est une porte ouverte aux auteurs, un simple accueil de leurs textes et non pas un atelier d’écriture de plus ! Je vous y attends !

Quant au concours " Sens dessus dessous ", je ne fais pas partie des élus mais je salue l’initiative de Patrick qui fait paraître les textes finalistes. Ma nouvelle " Lieber Herr Gott " peut heurter un certain public. J'espère que les pointes d'humour, disséminées çà et là, modèrent la gravité du propos qui mérite d'être mis en exergue, actualité oblige.  A vos claviers ! 

NB. Pour ceux qui sont proches d'Issy-les-Moulineaux, je serai présent lors de la remise des prix de leur concours où j'ai obtenu le 1er Prix de la Francophonie. Date  le 20 octobre, 17 h., Espace Icare.

Ernest  J. Brooms

http://www.broomse.com

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans Concours de nouvelles 2007
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commentaires

Ernest J. Brooms 26/10/2007 11:53

Frank était là ! "Grand merci pour ton soutien et la sympathique rencontre... Mettre un visage sur des mots mériterait bien l'écriture d'une nouvelle ! Au plaisir de te rencontrer à nouveau...Ernest "

M agali 13/10/2007 09:29

Franck, si tu es à Issy, comme je ne serais pas là, (on ne s'en lasse pas de celle-là...) salue bien Ernest de ma part.

danielle 12/10/2007 17:48

Mein Gott, la suite, vite!

Franck 11/10/2007 18:47

Ernest à Issy-les-Moulineaux, je ne peux rater ça. En plus, le secrétaire d'état nous offre le champagne...