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1 octobre 2007 1 01 /10 /octobre /2007 17:25

Beaux-dimanches-image.jpg


Comment traverser le dimanche sans penser au vide, sans songer au temps qui se conclut, sans frémir à l’idée de retrouvailles et de séparations, sans être pris par la proximité de la solitude, sans appréhender l’étrange lumière du soir, sans devoir endurer cette absence du bonheur attendu et sans entendre trotter le désenchantement, sans risquer au fond de mesurer la part d’échec qui nous échoit ?

Entre le " vivement dimanche " et le " c’est pas tous les jours dimanche " répété à l’envie par tout un chacun, on sent bien que le manque vient s’immiscer plus particulièrement ce jour-là, on sent bien la difficulté à justement satisfaire cette envie et l’épuisement à vouloir tromper le trouble. Le dimanche serait-il un jour de condensation du malaise et la mise en œuvre inconsciente de sa liquidation ou simplement le signe d’une inéluctable ambivalence ? Une chose est sûre, il nous faut bien faire avec.

Les mots parlent bien sûr et à n’en pas douter l’écriture agit comme une sorte de protection rapprochée dans notre appréhension du monde. Pour son premier recueil de nouvelles Magali Duru nous projette du côté de la face obscure de ce jour tourbillonnaire et si, au fil des récits, elle le tamise de vers endimanchés, d’apostrophes taillées au cordeau ou de chants prémonitoires, elle en fait avant tout le théâtre de toutes les confrontations, le lieu d’exposition d’une vérité crue où la chair et la pensée sont à vifs. Les beaux dimanches ou comment tuer le temps, ce temps qui ne passe pas ou si mal, ce temps que l’on voudrait éliminer pour ne plus avoir affaire à l’altérité, ce temps de l’autre en soi et en face de soi, cette inexorable durée qui nous fait sentir l’angoisse de la perte. Car dans ce livre où la mort, réelle ou supposée, est si souvent présente, Magali Duru ne nous la fait pas seulement palper du côté macabre, elle l’aborde dans sa version roman intime, là où se joue notre rapport à la folie.
Pour autant elle prend soin du lecteur qu’elle imagine pris par l’ambiguïté de cette relation et c’est avec un beau doigté, rigoureux et subtil qu’elle vient rappeler que la mort fait partie de la vie ; et quand bien même le décès ne serait pas tout à fait naturel, elle s’attache à ce que les survivants ne renoncent pas à vivre au prétexte qu’ils auraient été touchés de très près par le malheur. Aujourd’hui je suis un écureuil en cage mais un écureuil heureux… dit-elle. Alors, le dimanche comme un jour de commencement ? Libre et détendu ? On pense au film aigre-doux de Gérard Frot Coutaz " Beau temps mais orageux en fin de journée " et on ressent comme un pincement au cœur. 
 

Les beaux dimanches de Magali Duru aux Editions Quadrature, 136 pages, 16€ 


A noter sur vos agendas ou à apprendre par cœur :

Magali Duru présente son recueil " Les beaux dimanches "

Lectures de textes extraits du recueil et autres "petits polars", par Maëlle et Mo.

Le samedi 6 octobre 20h30 à Paris.

Relais du vin, 85 rue Saint-Denis, Paris 75001 métro les Halles.

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
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commentaires

Patrick 08/10/2007 08:13

Merci Jean-Claude, merci cher lecteur et auditeur pour ces pétillantes notes.

Jean-Claude 08/10/2007 06:20

LECTURES L’Histoire retiendra deux évènements qui ont marqué la veillée du samedi 6 octobre : la victoire des « BLEUS » et la lecture aux chandelles, dans l’arrière salle bondée d’un café littéraire du quartier des Halles, de textes de Magali Duru.Cet évènement, organisé par Monique Coudert, la poétesse de MCD, avait un double objectif :-Célébrer la naissance d’un nouveau recueil des éditions « Quadrature », regroupant des textes de Magali primés dans les concours les plus prestigieux ; « Les beaux dimanches ».-« Porter à connaissance » quelques petits polars diffusés sur les ondes mais restés inédits.Chacun pourra apprécier le recueil après l’avoir acheté…  ou emprunté. Toutes les nouvelles sont remarquables, mais il y en a que je préfère… dont « Le maitre du Kanji » et « Ls œufs-cocotte à la crème » qui nous ont été lus. J’insisterai un peu plus sur deux petits polars, dans lesquels Magali manie l’humour avec férocité : l’un est une illustration, en contexte gourmand, du vieux proverbe : « tel est pris qui croyait prendre ». L’autre, l’histoire revisitée d’Eschyle et la tortue. On sait que l’illustre dramaturge reçut sur la tête une tortue (grecque probablement), lâchée par un aigle et qu’il en mourut. Supposez que l’aigle ait été dressé par un ancien élève d’un prof devenu écrivain à succès, imaginez que le premier ait eu des comptes à régler avec le second, et vous en tirerez un réjouissant petit polar. A vingt-deux heures, le patron a éteint les bougies. Juste à temps pour permettre à chacun  d’entrer dans la  « Nuit blanche » des rues parisiennes.Jean-Claude

DominiqueMitton 01/10/2007 18:12

A dimanche, donc, pour les beaux samedis...non, zut c'est le contraire, à samedi, pour...Les beaux dimanches !! Déjà le parapluie bleu sur la couverture est bien joli, et les textes que je connais...un délice...