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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 13:26

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Trois personnages en quête d’absolu, deux hommes et une femme pris dans les tourments funestes de l’Histoire, trois extraits ici pour dire les déchirures et le désordre intérieur. Un roman tragiquement lumineux.

Sisco, homme de lettres, témoin engagé des maux du monde, devient scénariste pour tenter de se réapproprier un passé trouble et ranimer sa flamme combattante.
" Coller à son scénario lui donnait l’illusion de maîtriser le sens de l’aventure. Sa conception du cinéma était littéraire, il partait d’un constat, développait ses idées, les posait par écrit. Ses engagements politiques avaient été nourris des mêmes fondements, seulement les dogmes y remplaçaient la syntaxe, les principes les règles grammaticales, et les morts dans la marge des révolutions n’étaient que de regrettables contresens. "

Xerkés, cinéaste grec de renom, torturé et laissé pour mort sous la dictature des colonels, ancré dans le passé, il filme sans discontinuer la barbarie à l’oeuvre. 
" Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs. Le désir dont parlait Rossellini n’est pas une histoire de plaisir, c’est l’incroyable privilège d’être témoin des instants où le paroxysme de la vie s’exprime, même si c’est dans le malheur. Quand je m’approche, caméra à l’épaule, de la détresse des faibles, à N’Djamena ou à Embrun, je ne la provoque pas, je décide de l’enregistrer, même si elle me renvoie à l’illisibilité du monde. "

Luciana, photographe, brisée par la dictature chilienne, son corps exposé à l’objectif ressasse l’épouvante et devient le lieu de l’expiation. 
" Le temps était un élastique de glu. Ressac d’images de lieux d’enfance, un bonheur intense mêlée à une totale douleur. Aucun mot dans aucune langue pour la crier, seule la démultiplication des reflets de miroir en miroir pour en témoigner. Moiteur de Santiago. Rires dans le jardin du dimanche. L’histoire du Chili, elle n’en sait rien, elle a treize ans. Par la fenêtre ouverte, les femmes de colonels qui la croient en train de jouer sur la balançoire lâchent un secret. Bébé, elle a été retirée à sa vrai mère, prisonnière politique vouée à la mort et donnée à ses parents. En une seconde l’impossible vérité la déchire en deux partie inégales, celle qui voudra à jamais la nier, celle qui ne le pourra pas. "

La chapelle des Apparences de Franck Pavloff aux Editions Albin Michel, 295 pages, 18,50 €

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans chroniques littéraires
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commentaires

Patrick 06/09/2007 23:17

Merci Faux rêveur. Si entre deux rêves éveillés tu as envie d'en dire un peu plus sur ces livres-là (ou d'autres), tu es bienvenue au café...

Faux rêveur 06/09/2007 13:33

J'ai suivi ton conseil récemment pour "A la vue, à la mort" de Françoise Guérin, et il y a fort à parier que je ferai pareil pour ce livre. Tu parles décidément très bien des ouvrages que tu aimes...