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8 juillet 2007 7 08 /07 /juillet /2007 18:21


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Le Cercle Maux d’Auteurs est une association loi 1901 qui a pour but de susciter des échanges entre passionnés d’écriture et d’apporter aide et conseil à ses adhérents auteurs amateurs. Son comité de lecture assure la correction orthographique et le commentaire critique des textes qui lui sont soumis et qui sont ensuite mis en ligne sur le site. http://www.mauxdauteurs.com  
Le Cercle dispose également d’un forum très animé, qui entretient des liens cordiaux et fructueux avec de nombreux autres forums ou blogs.

Danielle Akakpo assume la présidence du Cercle depuis avril 2006 et l’administration du forum depuis… pas mal de temps.

À titre personnel, c’est ma rencontre, tout à fait fortuite, avec le Cercle fin 2002 qui a réveillé puis boosté mon goût pour l’écriture à laquelle je me consacre en même temps qu’à la musique – les deux vont très bien ensemble – depuis que l’éducation nationale m’a rendu ma liberté. J’ai une prédilection pour le texte court, la parodie et la nouvelle.

En 2006, j’ai publié un recueil de nouvelles, Elles et Eux aux éditions Écriture et Partage et un roman en co-écriture avec Jean-Noël Lewandowski Un Homme de Trôo, aux éditions Pietra Liuzzo

On peut retrouver l’auteur sur : http://danielle.nipox.com

 

Le " sent-bon " 

par Danielle Akakpo

 

Ce dimanche-là, il y a juste quinze jours, le repas de famille s’achevait dans une douce torpeur. L’envie me prit de me dégourdir les jambes, et je commençai à errer dans la vaste salle à manger, emportant avec moi l’odeur entêtante du café qui fumait encore dans quelques tasses. Je ne bois pas de café, ce qui ne m’empêche pas de humer avec délice l’arôme corsé du pur arabica.

Les enfants babillaient dans un coin. Je déposai un baiser sur la joue du bébé, Chloé, et une douce senteur fruitée, moitié pomme moitié abricot me titilla les narines : son menton, son bavoir portaient les restes du petit pot de compote qu’elle venait de déguster. Son frère Gérald réclama aussi un bisou : je flairai la vanille, mais non, il embaumait la mousse au chocolat noir qui dégoulinait de ses lèvres goulues et de ses mains poisseuses. Sa mère l’emmena pour le laver, il me fallut porter ailleurs ma truffe gourmande.

J’approchai de la fenêtre près de laquelle mon jeune frère tirait de larges bouffées de sa pipe de bruyère. J’allumai une Royale et les fragrances de mon tabac blond vinrent s’ajouter à celles de son tabac hollandais. Nos spirales de fumée fleurant bon le caramel et le foin séché s’entremêlèrent dans une odorante complicité, rappelant celle si affectueuse, parfumée aux bonbons et jus de fruits, aux premières cigarettes dégustées en cachette, qui unissait nos fredaines, nos rires d’enfants et d’adolescents.

La tante Eugénie n’était pas très loin. Vieille campagnarde qui consent à se doucher et à changer de linge une fois tous les quinze jours, elle dégage en permanence un relent de moisi très caractéristique. Moi qui déteste le fromage, c’est ce remugle de bleu, de roquefort ou autre horreur de ce genre qui m’alerte en général sur sa présence. Je dus fuir à nouveau.

La cousine Daisy s’éventait sur le canapé, agitant ses innombrables carats de bijoux étincelants. Assise à côté d’elle un court instant, je reçus en plein estomac les effluves écœurantes du N°5 ou 6 de chez X ou Y dont elle s’était copieusement inondée.

La nausée me guettant, je continuai mon voyage autour de la pièce. L’oncle Michel somnolait sur sa chaise. À le voir rose et grassouillet comme un cochon de lait, ce fut un fumet de saucisses, ou plutôt une bonne grosse odeur campagnarde de cassoulet toulousain qui me souleva le cœur, non que je déteste le cassoulet, mais nous avions suffisamment ripaillé ce jour-là..

Où reposer mon appendice nasal si réceptif en ce jour de fête ? Grand-mère ! J’avais oublié la chère vieille dame, si paisible dans son fauteuil, les mains croisées sur les genoux, grand-mère et son teint de rose, ses cheveux de neige qui ne connaissaient ni laque ni teinture.

Bonheur ! Une suave senteur s’exhalait de toute sa personne, évoquant les fleurs des prés, le linge séché à l’air pur, et donnant envie de respirer à pleins poumons. J’avais oublié la seule coquetterie de grand-mère : son fin mouchoir de dentelle aspergé de quelques gouttes de la bonne vieille eau de Cologne qui lui servait à parfaire sa toilette quotidienne. Grand-mère : je fermai les yeux, je te dégustai, j’aspirai de grandes bouffées de ton parfum si sain – ton " sent-bon " disions-nous quand nous étions enfants – qui lava mes narines, mon cerveau des miasmes ambiants.

Précieux souvenir, s'il en est, puisque ce matin, grand-mère, teint de lis et cheveux de neige, vient de s’endormir pour toujours, sourire aux lèvres, mains serrées sur sa pochette parfumée. 

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Published by Patrick L'ECOLIER - dans calipso expression
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commentaires

Régine 08/07/2007 22:00

C'est la vie qu'on respire pas à pas avec toi, Danielle, d'abord l'odeur de l'enfant puis celle du frère, de la tante et enfin de la grand-mère.... Ce  "sent-bon" a traversé toutes nos vies. Qui ne s'en souvient pas ?

Ernest J. Brooms 08/07/2007 20:03

Odeurs, flagrances, effluves, senteurs, miasmes et relents… parfums de la vie. Un simple « sent-bon » peut gommer la mort et laisser une trace odorante qui ne quittera jamais nos narines et nos souvenirs. Danielle, ton texte sent bon la vie ! Continue à nous parfumer…EJB