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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 19:22
Tour-de-France-image.jpg


Juin se termine tant bien que mal. Normalement l’été devrait venir frapper à nos portes et remplir nos jours et nos nuits de chaleur lourde, d’atmosphère moite, de rencontres brûlantes, de retrouvailles au clair de lune, de conversations orageuses, de larmes absorbées par le soleil, d’éclats de rire au goût de glace à la vanille, bref d’impressions et de sensations qui continueront à habiter les esprits au-delà de la période estivale.

A cette époque-là…

 

Le tour de France
La Motte de Galaure, 20 juillet 1969

 

par Corinne Jeanson

 

"Pépé on est tous allé à La Motte mercredi pour voir passer le tour. La cousine Lisette a donné une gifle à Yvon parce qu’il faisait l’idiot avec le Maurice et ils ont failli se faire écraser par les coureurs. Moi j’ai été très sage, je t'assure pépé. Tonton Fanfan m’a porté sur ses épaules mais pas assez longtemps il avait trop chaud, il n’arrêtait pas d’essuyer son front sous sa casquette. Tatan Solange avait mis sa belle robe blanche à fleurs rouges, celle où l’on voit ses nichons tout blancs. Y faut pas dire nichons, pépé, pourquoi ? Momo et Yvon y z’arrêtent pas de dire nichons. La Lisette elle riait chaque fois qu’elle voyait un garçon de son école et elle remontait tout le temps les bretelles de son corsage, comme ça.

On est arrivé à onze heures devant l’église, mais il y avait tellement de monde que tonton Fanfan a garé la traction devant le bistrot du fils Rignol. On n’a même pas bu boire un sirop, toutes les tables étaient prises. Au comptoir c’était noir de monde. Heureusement tatan Solange avait pensé au thermos, le grand avec le bouchon gris qui sert de verre à boire. Finalement tatan Solange a pu s’asseoir à coté du curé sur une chaise qu’il avait préparé pour elle ; il est gentil le curé mais des fois je trouve qu’il regarde trop les nichons de tatan Solange. Non pépé, j’ai pas dit nichon. Moi je me suis assis par terre et on a attendu ; j’ai mangé un sandwich au jambon et des tartines de vache-qui-rit pour patienter, a dit tatan. Il y avait du monde partout : sur le haut des murs, de tous les cotés, sur les trottoirs ; les gendarmes nous empêchaient d’aller sur la route, y a que Gaston le garde champêtre qui avait le droit. Quand il m’a vu il m’a pris sur ses épaules, ouais comme ça, et il m’a emmené tout droit où on voyait le mieux ; donc là sur l’échelle de Gaston on a attendu ; les autres copains y devaient pas monter, Gaston ne voulait pas ; y avait que moi qu’avais le droit. Tu sais pépé, Gaston il m’aime bien parce que je l’aide toujours à couper les herbes dans les fossés après l’école. Bon tout à coup tout le monde a crié, les gendarmes ont fait reculer tous ceux qui voulaient passer les barrières ; j’ai entendu applaudir, il y a eu plein de voitures avec des banderoles, des mégaphones qui criaient plein de trucs mais je comprenais rien du tout. Et puis ça y est ils sont tous passés : d’abord Pingeon et juste derrière le cannibale en maillot jaune et Felice, pépé, il était là. Momo y préfère Merckx mais moi je suis comme tonton, je préfère Poulidor. Je l’ai vu en vrai pépé, je voulais lui lancer ma gourde mais Gaston il a pas voulu. Si tu avais été là tu aurais cogné sur la tête du cannibale avec ta canne pour laisser passer Poulidor. Dis pépé qu’est-ce que tu fais toute la journée à l’hôpital ? Tu regardes la lune, pourquoi tu regardes la lune, dis pépé ?"

C’est la dernière fois que j’ai vu mon grand-père, à l’hôpital après son opération de la gorge. Maintenant c’est dans mes rêves que je le vois et il crie toujours : " Allez Poulidor ! ". Dans mes rêves mon grand-père a retrouvé sa voix et cela me rend à la fois heureux et triste de le retrouver si vivant.

 

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