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31 mai 2007 4 31 /05 /mai /2007 19:46
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Cher lecteur,

Vous trouverez ci-dessous le courrier que Madame Aube Dumatin vient de nous faire parvenir en ce début de soirée. Il nous a semblé essentiel de vous en faire part au plus tôt tant cette missive nous apparaît témoigner de l’importance de la constance et de la fidélité en matière d’écriture ; vous comprendrez naturellement à sa lecture que l’attraction naturelle qui existe entre gens de lettres n’est pas seulement de l’ordre de l’irrésistible mais bien une affaire qui engage au-delà de l’impérieuse nécessité et que l’on ne peut s’en débrouiller durablement qu’avec l’intime conviction que le temps n’est rien d’autre que ce que nous en faisons.

 

 

Monsieur le directeur de la collection Miroirs de la mémoire,

 

Vous trouverez ci-joint la dernière version retouchée de mon roman autobiographique, Mémoires d’une vingtenaire.

Vous pouvez commencer votre lecture directement à la page 3822, puisque vous avez déjà pris connaissance au fil des décennies, des précédents chapitres. Mon premier envoi, il y a quelques années, au tout jeune assistant d’édition que vous étiez alors d’un manuscrit intitulé Mémoires d’une nonagénaire  ne vous avait " convaincu qu’à moitié " .Vous m’avez alors conseillé, dans votre lettre de refus, que j’ai conservée, écrite à l’encre violette et à la plume, de " travailler avec persévérance ". Ainsi fis-je, vous faisant parvenir tous les dix ans le résultat de mes efforts acharnés.

Hélas, l’année des Mémoires d’une octogénaire, vous avez préféré publier la biographie d’une star avec laquelle on vous voyait souvent dans les soirées parisiennes.

J’ai reçu la lettre de refus pour les Mémoires d’une septuagénaire quand tous les critiques encensaient le Journal d’une crétine, recension hardie des frasques d’un mannequin de vingt ans avec laquelle la rumeur dit que vous avez eu un enfant.

Quelques mois après l’envoi des Mémoires d’une sexagénaire, vous leur avez préféré les gribouillis d’une débutante, ingénue de seize ans que vous avez épousée l’année suivante.

Les Mémoires d’une quinquagénaire  m’ont été retournés la semaine où paraissaient les souvenirs de ce très jeune homme mince, si blond et maniéré, dont vous aviez fait votre bras droit avant qu’il ne se pacse avec un metteur en scène.

Les Mémoires d’une quadragénaire n’ont pas attiré davantage votre attention. Vous voyagiez souvent en Thaïlande et aux Philippines cette année-là, pour des raisons assez floues, on parlait de parrainage d’enfants...

L’année où les Mémoires d’une trentenaire, ont été perdus par votre service des manuscrits votre biographie de l’inventeur du Viagra était en tête de console dans tous les supermarchés. Ce qui a redressé vos comptes (entre autres) pour la décennie suivante.

L’édition conserve bien.

Vous avez déclaré récemment aux journalistes du MagLittéraire à l’occasion de votre quatre-vingt-quinzième anniversaire que " seule la mort pourrait vous arrêter ", ajoutant que vous l’attendiez avec résignation quoique sans impatience. Cette perspective funèbre me paraît assez désastreuse, car de nature à interrompre prématurément notre collaboration, à peine amorcée.

L’âge aidant, j’ai perdu de ma naïveté et je me suis laissé dire que les manuscrits n’étaient pas toujours lus jusqu’au bout par les éditeurs. Pourrais-je donc attirer votre attention sur la note du bas de la page 876 ? Elle vous signalait que je peux faire parvenir sur simple réception d’un contrat classique avec préférence pour 5 romans ou essais les coordonnées de ce chercheur génial qui a découvert le secret de la jouvence et de l’immortalité dont je suis moi-même l’heureuse bénéficiaire.

Ayant été son premier (et unique) cobaye, je n’ai qu’à me féliciter de l’avoir rencontré il y a soixante-dix ans. C’est lui qui m’a conseillé de rajeunir mes titres afin de suivre ma propre régénérescence. Peu pressé d’encombrer la planète de mutants, ce chercheur, par ailleurs aussi mon mari, refuse de faire connaître à d’autres une invention qu’il s’est réservée. Il serait cependant d’accord pour faire une exception en votre faveur.

Notre collaboration à tous trois, longue et fructueuse, ne sera-t-elle pas gage d’immortalité ?

Aube Dumatin

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commentaires

F
Cela fait plaisir de te relire Aube!
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