Calipso café littéraire
philosophique et sociologique
Revendiquée, consentie ou subie la solitude peut se conjuguer sur de multiples partitions mais elle reste avant tout une affaire de capacité à composer avec la rencontre, à supporter l’épreuve du désir, à tisser un lien vivant avec les autres et à soutenir la division. Si le désir de l’autre se joue d’abord dans la pensée, le fantasme, il prend corps dans l’absence, dans cet espace laissé vacant par la séparation, cet interstice peuplé d’images, de résonances, d’affects. C’est l’inadéquation du désir à son objet qui rend à la fois douloureux et enchanteur la relation d’amour. Le sujet pris dans la seule subjectivité connaît bien ce temps de l’amour ou tout paraît singulier et unique, où l’on entrevoit le vrai de l’autre, où l’on est mis hors de soi et où l’on éprouve dans cette sorte d’absence au monde le sentiment de sa propre disparition. Ce temps volé à la mort qu’est le temps de la jouissance résonne comme un retour aux sources, comme un lieu en deçà de la perte, un lieu qui se tait, qui n’a rien à voir avec l’autre. Alors quand ce temps extatique vient à refluer, qu’il n’est plus du côté d’une évidence aveuglante, le regard se prépare à un retour orgueilleux sur soi, à une reconquête qui ne peut se faire que sur le dos des autres. La relation à l’autre, sa présence même en vient du coup à être ressentie comme une menace, un empiètement douloureux, insupportable.
Les personnages mis en scène par Emmanuelle Urien sont à la recherche de cette fiction idéale où l’autre, ce double de soi toujours imparfait, serait à reconstituer, à remodeler dans l’espoir de venir à bout de cette angoisse d’abandon qui les taraude. Aux prises avec cette blessure originelle, cette douleur jamais assouvie, ils vont et viennent, chargés de ces éternels fantasmes de retrouvailles avec l’objet perdu. Tous ambitionnent d’être pris dans le mouvement de l’humanité ; pendant que les uns tentent d’affronter le pire pour trouver le meilleur, les autres se contentent de résister à la détresse en multipliant les passages à l’acte ignominieux. Est-ce que vous m’aimez ? ou plutôt y a-t-il quelqu’un pour m’aimer ? hurlent tour à tour les interprètes de cette foire aux monstres. La question envahit l’espace psychique, efface les repères. Les récits sont peuplés de mendiants en quête d’affection, d’attention, de reconnaissance, de laissés-pour-compte avides de vengeance, de rédemption, d’expiation, de naufragés hélant des fantômes et happant le vide,
Dans un style épuré et incisif, Emmanuelle Urien nous donne à sonder sa collection d’êtres à la dérive, à toucher au plus près ces gens pris par la détresse, qui ne savent plus marcher droit, les yeux perdus dans la nuit et qui pressentent que la grâce ne viendra pas.
La collecte des monstres d’Emmanuelle Urien aux Editions Gallimard, 157 pages, 13,5 €
| Juillet 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | ||||||
|
||||||||||
Olivier Adam, Falaises
Olivier Adam, A l'abri de rien
Jean-Pierre Andrevon, Les gros seins de la petite juive
Javier Cercas, A la vitesse de la lumière
Solenn Colleter, Je suis morte et je n'ai rien
appris
Robin Cook, Quelque chose de pourri au royaume d'Angleterre
Kris et Etienne Davodeau, un homme est mort
Philip K. Dick, Ubik
Philippe Dubath, Zidane et moi
Magali Duru, Les beaux
dimanches
Alain Emery, Erquy sous les cendres
Georges Flipo, Le vertige des auteurs
Georges Flipo, Qui comme
Ulysse
Paul Fournel, A la ville comme à la campagne
Brigitte Giraud, L'amour est très surestimé
André Gorz, Lettre à D. Hitoire d'un amour
Guillaume Guéraud, Je mourrai pas gibier
Françoise Guérin, Mot compte double
Françoise
Guérin, A la vue, à la mort
Jean-Paul Lamy, Le banc aux goélands
Iain Levinson, Tribulations d'un précaire
Marcus Malte, Plage des Sablettes
Jean-Pierre Martinet, La grande vie
Hubert Mingarelli, Océan Pacifique
Patrick Modiano, Dans le café de la jeunesse
perdue
Taslima Nasreen, Poèmes d'amour et de combat
Bernard Ollivier, La longue marche
Stewart O'Nan, Le pays des ténèbres
Patricia Parry, Petits
arrangements avec l'infâme
Franck Pavloff, La chapelle des Apparences
Jean-Bernard Pouy, Le petit bluff de l'alcootest
Juan Rulfo, Le Llano en flammes
Laurent Sagalovitsch, Loin de quoi ?
Fabienne Swiatly, Gagner sa vie
Jean Teulé, Le magasin des Suicides
Ingrid Thobois, Le roi d'Afghanistan ne
nous a pas mariés
Emmanuelle Urien, Court, noir, sans sucre - Toute humanité mise à part - La collecte des monstres
Emmanuel Venet, Précis de médecine imaginaire
Marc Villard, Quand la ville mord