par Jean-Claude Touray
Alain Emery récidive dans le polar Costarmoricain : après " Erquy sous les cendres " (2007), voici un second roman qui se déroule au même endroit, mais à une époque antérieure. L’histoire, qui se passe en 1950, a ses racines dans la période troublée de l’Occupation. Sans rien déflorer de l’énigme, on peut écrire que l’ouvrage est placé sous le double signe de la souffrance et de la vengeance.
Comme dans le précédent polar, on appréciera la description des personnages : présentation fouillée du " chevalier blanc ", le capitaine de gendarmerie Henri Fabre, cavalier droit dans ses bottes, esquisse en quelques traits de plume des personnages secondaires : Angèle, petite bonne et pure jeune fille, dont visiblement l’auteur est amoureux, Jeanne Lebrac, ancienne tenancière de maison close et " kollabo " convaincue… L’une des figures les plus pittoresques est celle du fossoyeur : Raoul Marnier, dit " le grand Marnier " : opportuniste, pleutre, il a cependant son franc parler et n’hésite pas à répéter que, s’il n’a rien vu, " c’est qu’il faisait noir comme dans le trou du cul d’un merle ".
Au total, c’est au théâtre que l’auteur nous emmène, avec une galerie de portraits sortis tout droit d’une " tragedia del arte " costarmoricaine, pour jouer une pièce policière dont le scénario, solidement structuré, laisse tout de même aux personnages de l’espace pour un peu d’improvisation.
Un style imaginatif et quasi picaresque au service d’une histoire qui " tient la route ", une évocation de la Bretagne de la collaboration, un décor précis, voilà ce que l’on trouve dans " Le Bourreau des Landes ". Vous avez aimé " Erquy sous les cendres " ? Vous allez adorer.
Le Bourreau des Landes d’Alain Emery, Collection Breizh noir, Astoure Edition, 192 pages, 8€