Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 08:00

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Droit d’asile

Jacqueline Dewerdt

 

 

Jour de grève à la gare. J’ai rendez-vous avec toi. Pas de foule qui entre ou qui sort. Le désert. Le vent. Toujours. Attends-moi, j’arrive. Il me faut encore traverser un grand espace qui semble réservé aux piétons. Plus large qu’un grand trottoir, moins vaste qu’une esplanade ; une surface lisse et grise couverte de mégots de cigarettes, de papiers qui volettent. Erreur, les piétons n’y sont pas rois. Des voitures soudain déboulent, se rangent, stationnent. J’hésite, je fonce, je slalome. Les véhicules prennent leurs aises; à moi piéton de me garer !

 

Jour de grève dans la gare. Tu n’es pas là. Passagers immobiles, les distributeurs de billets semblent plus vivants que les humains. Ils occupent l’espace et font vibrer leurs couleurs éclatantes. Les jaunes en première ligne, les bleus rangés sur le côté. A l’arrière, comme posé là juste pour rehausser le jaune, un violet. Personne ne prend de billet, c’est la grève. Les automates se pavanent, se reposent  ou se préparent? Robots prêts à défiler. Allez, tous à la manif !

Un homme en blouse grise leur prépare le chemin. Après avoir, avec un grand balai, rassemblé ici, dans la gare, en un tas minuscule, une toute petite partie des mégots de cigarettes qui jonchaient les grandes dalles grises, il fait une pause. Il tourne autour de son petit tas, le balai porté à bout de bras comme un accessoire de théâtre. Il pose son balai, regarde autour de lui comme un qui prépare un bon coup. Après avoir enfilé deux gants de coton blanc extraits de sa poche droite, il fouille sa poche gauche. En sort une minuscule balayette jaune au manche violet et un ramasse poussière bleu. Je suis seule à la regarder, mais il fait son numéro comme si une foule l’entourait. Il salue et disparait.

Jour de grève dans la gare déserte. Dans un coin, debout, les locataires à titre gratuit. Jeunes adultes désœuvrés, la plupart du temps sans logis. Ils tuent le temps à l’abri du vent, adossés à un distributeur. Sylvie n’est pas dans le groupe aujourd’hui, sinon elle m’aurait déjà bruyamment interpellée. Est-ce bon signe ? Pas sûr ! Je demande de ses nouvelles. Pas de réponse. Ils se contentent de hausser les épaules. J’insiste. Vous avez vu Sylvie ? Ils ne me regardent pas, continuent leur conciliabule. L’un d’eux lâche un « Fait chier » dont j’ignore si la destinataire est elle ou moi. Le plus grand, brusquement, lève le bras en pointant l’index vers le plafond. Tous alors regardent dehors et rient. Ils rythment de l’index et de la voix: « ouais !ouais ! » puis se taisent. Je suis leur regard.

Dehors, un grand homme à la peau très noire, sur un vélo immense. Coiffé d’une casquette rouge vif, vêtu d’une combinaison bleue et d’un gilet de sécurité jaune fluo, il décrit un cercle plus ou moins régulier de l’autre côté de la paroi vitrée. Sur son gilet, des inscriptions répétées dans tous les sens au feutre rouge. Je lis : « Viva Fr…ia ». Le reste se perd dans les plis et mouvements du vêtement. Un panier accroché au guidon laisse dépasser,  sous un amas d’objets, du tissu bleu, du tissu rouge et du blanc aussi. Un grand drapeau français. Il pédale, tourne, très lentement, à la limite du déséquilibre, évitant soigneusement les piétons, les taxis, les voitures. Très droit, raide, visage impassible, regard perdu dans le lointain, il tourne. Quand il passe devant le groupe des amis de Sylvie, il brandit l’index vers le ciel, brièvement, sans sourire, et continue son manège.

Jour de grève à la gare. Je t’attends.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 08:00

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La poule et les conseilleurs

Jean Calbrix

 

 

Un jour dans une ferme, une accorte poulette,

La plume bien soyeuse et faisant des jaloux,

Se plaignait de son nid dans un buisson de houx

Attirant le renard, le putois, la belette.

 

Pour protéger ses oeufs et ses mignons poussins,

Elle aurait bien aimé les murs d'une bâtisse,

Un poulailler en dur, afin qu'elle jouisse

De la sécurité loin de ces assassins.

 

Elle aurait bien donné plumes de son plumage

Pour acquérir ce havre où l'on goûte la paix,

Où l'on couve ses oeufs sur un tapis épais

Sans souci du grand froid, du vent et de l'orage.

 

Elle alla demander conseil aux autres gens :

Comment construire un mur, un toit, une charpente ?

Existe-t-il ici quelque bâtisse en vente ?

Espérant la réponse à ses besoins urgents.

 

Le premier qu'elle vit, perché dessus des grumes,

C'était le sieur canard se dorant au soleil.

Il réfléchit et dit, que dans un cas pareil,

Il savait qui savait, ce, moyennnant trois plumes

 

Que paya la pauvrette ; il dit que le dindon

Etait très bien placé sur les abris en pierre.

Elle alla donc le voir. Soulevant sa paupière,

Le gros gallinacée enfla son gros bedon,

 

Se vanta bien d'avoir des maisons, des chaumières,

Mais qu'à l'instant, hélas, tout était retenu.

Pour l'heure, il connaissait un secret bien tenu

Qu'il confierait ici de grâce et sans manières

 

Contre tout un bouquet de plumes d'aileron.

Elle accepta, naïve. Il lui dit que la vache

Avait dans son étable un coin sous une bâche,

Qu'elle y serait à l'aise auprès d'un percheron...

 

Ainsi la pauvre poule alla de l'un à l'autre,

Subissant chaque fois un dur prélèvement,

Si bien qu'elle revint au bout de l'errement,

Nue, auprès du canard, riant, le vil apôtre.

 

 

Piteuse et déconfite, elle alla sous son houx,

Couva ses oeufs gelés du soir jusqu'à l'aurore

Mais sans le chaud de plume, ils ne purent éclore.

La pauvrette mourut d'une mauvaise toux.

 

Méfions-nous des conseilleurs

Ce ne sont pas eux les payeurs.

Au loin, fuyons-les comme la peste

Déplumés nous serons si l'on reste.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 08:00

Jour--76-copie-1.jpg photo, d'après une affiche d'Attac

 

Du rififi à la banque

Claude Romashov

 

 

Un agent de change mordu par le serpent monétaire.

 

On savait les agents de change et autres courtiers en bourse en danger depuis l’écroulement du système bancaire américain mais certains jeunes présomptueux sont particulièrement imprudents.

Mardi dernier, les pompiers sont intervenus au 31 rue Croix des Petits Champs à l’agence centrale de la Banque de France. On a dépêché une brigade spéciale d’intervention car il s’agissait de capturer un animal peu courant sous nos climats frileux. Un serpent froid et calculateur malgré ses couleurs bleues, blanches et rouges. Un clone de reptile exotique, génétiquement modifié par l’homme pour servir d’animal de compagnie aux banquiers austères. On l’a appelé « le serpent monétaire » car c’est une espèce sonnante et trébuchante depuis son pénible accouchement des monnaies européennes.

Malheureusement cet animal peu disert, enfermé dans un compartiment spécial aménagé dans la salle des coffres a profité d’un moment d’inattention de l’agent de change préposé au nettoyage de son vivarium pour filer à l’anglaise. L’employé malchanceux, dénommé Geoffroy Piton a été cruellement mordu au visage et aux mains. Il souffrait le martyre, le visage violacé sous l’effet du venin dudit serpent nourri aux pétro dollars trafiqués. Une nourriture qui rend le serpent monétaire particulièrement agressif en période de récession économique.

L’ambulance des pompiers a conduit l’infortuné agent envenimé aux urgences de l’hôpital Widal.

Toute la classe politique s’est émue de cette fuite mal venue en période électorale, d’autant plus que l’on avait retrouvé sa mue accrochée aux branches des arbres du parc de l’Elysée.

Malgré des recherches intensives dans les conduits de chauffage de la banque, puis dans les égouts de Paris, les pompiers n’ont pu arrêter la fuite de Capito, l’animal fugueur du  banquier Padoff, gouverneur de la Banque de France.

Aux dernières nouvelles, des pêcheurs l’auraient aperçu dans la  Seine. Le reptile filait comme vif argent dans les eaux troubles du fleuve. D’autres ont parlé d’une couleuvre qui remontait le long du Rhin ce qui a de quoi faire frémir dans les chaumières et perturber les échanges européens.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 08:00

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Bleu Mogador

Patrick Denys

 

 

C’est arrivé le vendredi 3 février. A Paris, dans le quartier de la Maladrerie. Quatre-vingt quatorze jours avant la prochaine élection du Président français. Oncle Bachir a été prévenu par un voisin et il a couru jusqu’au lieu de l’attroupement. Le fourgon qui emmenait Younes venait tout juste de s’engager sur le boulevard, quand il a aperçu sa nièce. « Viens, Radia, a-t-il dit, on rentre à la maison».

 

Younes et Radia ont vécu une enfance heureuse à Essaouira. Leur maison était au pied des remparts, près du quartier juif ; elle donnait sur le cimetière chrétien et, de la terrasse, on voyait la mer. Le père, qui était sardinier,  disait que c’était son monde à lui. Il s’était enrôlé dans tous les ports des alentours, mais ne connaissait aucune des villes de l’intérieur, « je n’ai rien à y faire », disait-il.  Son frère aîné, Bachir, vit à Paris depuis une quinzaine d’années.

Tout a bien changé, disait le père. Autrefois, du temps des français, il y avait des lois sociales. Les patrons déclaraient leur personnel et, quand il n’y avait pas de poisson, ils payaient quand même un peu ; alors qu’aujourd’hui, on ne déclare personne. Plus de sécurité pour les soins, plus de retraite, le salaire qu’on distribue au retour de la pêche. Pas de poisson, pas d’argent… Et la nuit, quand il fait froid… seulement huit couchettes pour trente quatre hommes d’équipage ! Il disait aussi qu’au Maroc, on ne pensait plus qu’à l’argent. Jusqu’aux  riches, qui avaient peur de dépenser! « Même les oiseaux, et toutes les bêtes, vont mourir un jour ; quand on a de l’argent, on devrait penser à bien manger et à voir du pays », disait-il encore.

La mère travaillait dans la médina. Elle faisait le ménage dans un riad transformé en maison d’hôtes. Très tôt, Younes et Radia s’étaient mis aux petits boulots. Le vendredi soir, Younes guettait le débarquement des touristes à leur arrivée de l’aéroport et leur proposait sa panoplie de Ray ban et de boîtes à tiroir secret en racine de thuya. Sa sœur  travaillait à mi-temps dans une coopérative d’huile d’argan des environs.

Vint la scoumoune, apportée par les vents brûlants de juin. Les pêcheurs restés au port, des semaines durant, la mère opérée d’urgence à l’hôpital de Marrakech, sans espoir de rémission. Et puis, le vent mauvais de la haine et de la peur, un cousin remprisonné à son retour de Guantanamo,  le harcèlement de la police, le loyer qu’on ne pouvait plus payer et l’abandon du logement pour aller vivre dans un gourbi. Cette année-là, tout débordait. L’oued avait traîné jusqu’à la côte les boues rouges de l’Atlas, la mer était de sang… Il faut continuer à vivre, disait le père, « inch’Allah ».

Il a voulu donner une chance à ses enfants. Avec ses petites économies, il leur a payé le « passage ». Des heures interminables sur un rafiot de fortune, le débarquement sur la côte, quelque part en Espagne, la débrouille et la complicité d’un chauffeur routier,  l’arrivée au petit matin,  Porte d’Orléans. L’oncle Bachir avait été prévenu de leur arrivée et les attendait dans son magasin. L’oncle vit seul dans un deux pièces, au dessus du restaurant KFC ; il a laissé sa chambre à Radia et s’est installé dans le séjour, avec Younes. Il travaille au  « bazar-alimentation Ravlani », sur le boulevard. Produits orientaux-thés-épicerie-fruits secs, gros et demis gros, c’est écrit sur la devanture.  Le patron lui a confié la caisse et le service des clients.

Younes et Radia ont cherché du travail chez les commerçants du quartier, mais n’ont rien trouvé. Pour alléger la charge d’oncle Bachir, ils ont pris l’habitude de prendre leur repas du soir au « Foyer évangélique ». Dès dix-huit heures, une file d’attente se forme sur le trottoir, comme à l’entrée des cinémas pour les bons films. On y rencontre des réfugiés du sud- est asiatique, des maghrébins et toutes sortes de gens venus des pays de l’est. Beaucoup de sans papiers, des jeunes, des vieux, des femmes et des enfants. Le premier soir, ils ont bavardé avec Martine. Elle vit « sous tutelle » avec son chat, dans un petit studio. Elle s’est fait opérer d’un cancer et le docteur lui a dit qu’il ne faudrait pas qu’elle en attrape un second. Elle leur a montré comment il fallait faire. D’abord, tu prends la soupe et le pain ; tu mets le bouillon dans le gobelet en plastic et tu demandes du rab de légumes et de viande, il y en a toujours quelques morceaux au fond du chaudron. Au début, Younes et Radia étaient très étonnés. L’association est tenue pas des Evangélistes. Avant le service, des étudiants américains font un peu de prêchi prêcha ; ils parlent souvent d’un Père qui est aux cieux et qui pardonne les offenses. Quelquefois même, ils y vont d’un petit couplet accompagné à la guitare. Un soir, la chanson disait : « Dieu est le roi. Il nous aime tous. Le voisin de table de Younes, un homme mal rasé s’est levé. « Mon cul », qu’il a dit ! Le chanteur s’est arrêté et lui a demandé pourquoi il disait ça. Et l’autre : « s’il m’aimait, ton roi, il me laisserait pas dans ma merde ».

C’est là qu’ils ont rencontré Constantin, un roumain qui joue de la flûte dans le métro. Sa femme fait le « marché du soir » à La Maladretrie. « C’est tout près de chez vous, leur a-t-il dit. Vous devriez essayer ; ça rapporte pas beaucoup mais c’est mieux que rien ».

Le lendemain, ils sont allés voir. Des camelots en tout genre, accroupis sur le terre-plein central de la grande avenue, leurs marchandises étalées à même le sol, sur un carré de toile. On y trouve tout : des vêtements de récupération, des téléphones portables, des DVD, des piles d’assiettes et des outils de cuisine, des chaussures usagées, des claviers informatiques, des cravates, des lunettes de soleil, des poupées, des montres, des camping-gaz, des épices, des valises, des colifichets…Un moment, Younes et Radia ont cru se retrouver au souk Jdid, près du Mellah Odim, où ils accompagnaient leur mère pour le marché. En plus froid, bien sûr, avec moins de bleu dans le ciel et sur les murs, le bleu Mogador d’Essaouira.  La même façon de marcher de la foule, à petits pas tranquilles, les mêmes attroupements autour du bonimenteur, « regarde, mon frère, un euro, un euro seulement pour les trois CD, regarde, mon frère »… Quelques hommes, les plus âgés,  sont assis sur les bancs de la place et laissent filer le temps. Barbes grises, vestes grises, chechias de laine grise ; ici, même la rumeur est grise. Parfois, l’éclat d’une couleur, le jaune vif d’un foulard, le rouge ou le vert d’une jupe longue et plissée, une roumaine déballe son baluchon de cotonnades.

Alors, Younes et Radia s’y sont mis. Des nuits entières à arpenter les ruelles du Sentier, à fouiller les poubelles des artisans du quartier Montorgueil. Des fins de coupons, des chutes de cuir et de feutrine … Retour au petit matin, par Poissonnière et Bonne Nouvelle. Parfois, sur les parkings des grandes surfaces, ils récupéraient les ballots de pulls,  vieux jeans et teeshirts abandonnés près des bacs du « Relais ». Younes avait sympathisé avec un jeune cambodgien employé à la déchetterie de la Porte de la Chapelle. Avec sa complicité, ils avaient mis de côté quelques ordinateurs et imprimantes hors d’usage. De quoi bidouiller avec un autre copain, un chinois de Belleville.

Des nuits de lavage, de repassage et de couture. Des nuits de fer à souder et de rafistolage. Le trésor, c’était le cuir ! Radia avait réussi à assembler en patchwork, des petits sacs « très branchés ».

 Et ce fut le grand jour. Ce vendredi 3 février. Pour la circonstance, Radia est vêtue de son jean et de sa parka. Sur la tête, un voile léger, rose avec  des paillettes. Avec son frère, ils ont déballé leurs trésors sur une toile cirée donnée par oncle Bachir. En milieu d’après-midi, les ventes vont bon train. Radia, rayonnante, a vendu son premier sac, son frère discute ferme le prix d’une petite imprimante.

Ils n’ont pas entendu venir la rumeur. « Ils arrivent ! ». Une vague qui gagne de proche en proche, que l’on se chuchote d’étal en étal. Ils n’ont pas vu l’éparpillement soudain, le carreau qui se vide, l’escamotage des carrés de toile tirés subrepticement par quatre bouts de ficelle.

Radia et Younes sont accroupis, à remettre un peu d’ordre. Alors, ils voient les rangers. Sous leur nez. Une dizaine d’hommes et de femmes, en uniforme bleu marine, portant pistolet et matraque à la ceinture. Ils voient la casquette à visière, portée haut et fier. Ils voient leurs rires et l’inscription P.N.I, en lettres blanches et très majuscules au dos de l’uniforme. Ils assistent au ballet infernal, à grands coups de pied sur ce qui reste des affaires abandonnées par ceux qui se sont laissé surprendre. L’immonde brutalité de ces brodequins contre ces petits trésors de misère ! Sur le boulevard, progressent, au rythme inéluctable d’un convoi funéraire à l’entrée d’un cimetière, les bennes de ramassage de la ville de Paris. Les employés municipaux, gantés, vêtus de leur côte verte, ramassent tout ce bric-à-brac pour le jeter dans la benne. Radia, tremblante, les bras en l’air, fouillée, palpée par une fliquette blonde.

« Oueld khaba ! ». Younes, ivre de rage, bondissant au secours de sa sœur. « Naddine mouk ! … ne touche pas à ma sœur ». Younes, déjà ceinturé par trois hommes, l’attroupement et l’irréparable, la gifle à la blondinette en drap bleu, Younes roué de coups, et maintenant, le silence immobile de la foule, les gyrophares et le surgissement des hommes en armes.

Younes a été embarqué. On dit qu’il a été malmené au poste. Deux jours ont passé et il n’est pas encore revenu.

Ce même jour, 3 février, on annonçait au 20 heures, l’arrivée triomphante d’un footballer anglais. On évoquait aussi la prochaine élection présidentielle et les débats qui agitaient la classe politique. Concernant les étrangers, un ministre est intervenu pour expliquer que la France était le pays du monde où ils étaient le mieux accueillis.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 08:00

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100 choses à faire ou à défaire pendant une campagne électorale

Mes résolutions et autres fantaisies du dimanche

par Franck Garot 

 

 

22.       pisser dans un violon

23.       demander à un pote néerlandais s'il voterait pour un candidat qui s'appellerait Frankrijk

24.       tomber d'accord avec lui : la question est débile

25.       garder pour soi la question qu'on prévoyait pour le pote danois concernant un accent français

26.       voir un veau dans son miroir

27.       entendre le Général se marrer

28.       briser les miroirs


 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 08:00

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Le pêcheur à la ligne.

Claude Bachelier

 

 

« Un pêcheur au bord de l’eau, abrité par son chapeau, est heureux, il trouve la vie belle ».

 

 

Jacques est un pêcheur. Un pêcheur à la ligne. Un vrai. Il fait partie de ces gens qui aiment la solitude sans être pour autant des solitaires. De ces gens que rien ne saurait détourner du calme d’une journée au bord d’une rivière. C’est avec son ex beau père qu’il avait pris le virus, au point de délaisser sa femme, ce qui avait conduit au divorce, chacun repartant de son côté, sans drames et sans histoires.

Donc, Jacques est un pêcheur. Hors de son travail, toute sa vie tourne autour de cette activité. Il possède une multitude de cannes à pêche et les accessoires qui vont avec. Il y consacre une grande partie de son temps libre et une part non négligeable de ses revenus. Mais son salaire confortable d’ingénieur lui permet d’avoir les meilleurs matériels, quelque soit la pêche pratiquée : à la ligne, au lancer, à la mouche et même au gros. Pour autant, il ne pratique pas la « pêche sportive », qu’il assimile à la compétition. Il a horreur de ces grands-messes bruyantes et vulgaires où les pêcheurs sont transformés en compétiteurs gloutons. Selon lui, la pêche est et doit rester un loisir, un moment de détente et de repos.

Que ce soit au bord d’une rivière paisible ou d’un torrent tumultueux, que ce soit en Ecosse pour le saumon ou le brochet, en Irlande ou au Canada, ou encore en Méditerranée ou sur les côtes de Floride pour la pêche au gros, il a toujours ces exigences de plaisirs simples et de communion avec la nature.

Chacun connaît sa passion. Pour autant, il ne fait pas de prosélytisme. Il en parle, certes, mais sans jamais imposer d’explications interminables à ses interlocuteurs.

Jacques ne vote pas. Sa dernière participation remonte à l’année ou il fallut éviter la honte et le discrédit à la France. Il n’a pas de raisons particulières, sinon qu’il préfère aller à la pêche. S’il n’a pas de mépris particulier pour la classe politique, il a en revanche horreur des débats télévisés, des discours des uns ou des autres, des postures, des illusions répandues ou des promesses aléatoires.

Ses collègues de travail, ses fréquentations s’étonnent parfois de son attitude. Certains l’accusent même de manquer de courage, voire d’être lâche en refusant d’assumer un choix. Même s’il n’en laisse rien paraître, ce genre d’insultes le blesse profondément. Mais il est vrai qu’il n’a pas vraiment d’arguments à leur opposer. Il a bien essayé le genre « les politiques sont tous pourris » ou « bonnet blanc et blanc bonnet », mais sans conviction tant ce genre de raisonnements lui paraissent absurdes. Pareil pour le « de toutes façons je n’y comprends rien ».

Pourtant, il fait des efforts et essaie de se convaincre qu’il doit s’intéresser à la vie politique du pays. Alors, il regarde les débats à la télé, lit des journaux d’opinion, surfe sur internet sur les sites des partis, des syndicats et des associations. Mais au bout de dix minutes, quinze au maximum, il lâche prise, saoulé par les mots, les images, par tous ces gens convaincus de vouloir faire le bonheur des citoyens, même contre leur gré !

Ainsi, il retourne se réfugier auprès de ses chers bouquins qui, eux, ne traitent que de la pêche ou étale avec amour ses cannes sur la table de son atelier.

Oui, Jacques est un pêcheur à la ligne. Non, il n’ira pas voter ce dimanche-là. Oui, il est heureux. Non, il n’éprouve aucune gène à taquiner la truite ou le brochet au lieu de glisser un bulletin dans l’urne.

Oui, Jacques est heureux et trouve la vie belle.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 08:00

 Sortir-du-bois.jpg

 

Bien sûr, le café est pris dans cette affaire des 100 derniers jours, bien sûr, une telle entreprise demande du temps, de l'énergie, de l'envie, et puis bien sûr, il fait froid et un vent mauvais souffle sur la planète, mais fort heureusement au café, il y a des artistes qui ont le bon goût de résister, des auteurs qui s'engagent, se donnent et partagent des idées, des histoires, des émotions... et fort heureusement, l'association Calipso n'a pas oublié son concours annuel de nouvelles. Le onzième. A J -80, nous vous donnons rendez-vous autour du thème :

 

" Sortir du bois "

 

Le concours est ouvert à tous, sans distinction d'âge, de nationalité ou de résidence.

Les textes soumis pourront avoir fait l’objet d’une publication préalable sous quelque forme que ce soit à charge pour les auteurs de vérifier s’ils sont libres de droits.

Le format des nouvelles devra être compris entre 1500 et 2000 mots (plus ou moins 10%)

Deux mois après la clôture du concours, un jury de cinq membres procédera à une première sélection de 12 nouvelles dont les titres seront annoncés sur le site Calipso en septembre 2012.

Trois grands prix seront attribués pour un montant de 750€ dont 300 € pour le premier, 250 € pour le second et 200 € pour le troisième. Les douze nouvelles lauréates seront publiées en recueil au cours du mois d'octobre 2012. Elles seront également présentées au public et mises en voix et en musique par des comédiens et musiciens lors d’une journée "Nouvelles en fête" le samedi 13 octobre 2012. Slam, jazz, blues et cabaret poétique seront également au menu de la journée. Les lauréats seront prévenus par téléphone ou mail au moins 15 jours avant la journée Nouvelles en fête. La présence des auteurs primés est souhaitée à cette journée. Une contribution à leurs frais de déplacement d'un montant variable en fonction de leur résidence leur sera allouée, l'hébergement sera assuré par les membres de l'association Calipso.

Les auteurs primés s’engagent à ne pas réclamer de droits d’auteur autre que le prix reçu à l’occasion de ce concours. Les nouvelles, primées ou non, restent libres de droits.

Le jury et l’association Calipso se réservent la possibilité d’annuler le concours si la participation était jugée trop faible. En ce cas, les droits de participation et les manuscrits seraient renvoyés à leurs auteurs aux frais de l’association Calipso.

 

Pour participer

Les nouvelles présentées au concours sont limitées à deux par auteur. Chaque texte présenté avec un titre original sera rédigé en français, dactylographié, agrafé et expédié en cinq exemplaires. Ni le nom, ni l'adresse de l'auteur ne devront être portés sur le ou les textes. Par contre, sur chaque feuille du texte, en haut à droite, l'auteur portera un code de deux lettres et deux chiffres au choix (exemple : AB/10). Ces deux lettres et ces deux chiffres seront reproduits sur une enveloppe fermée à l’intérieur de laquelle figureront le nom, l'adresse, le téléphone et l’adresse mail de l'auteur ainsi que le titre du texte (ou les titres, un code par titre).

Les droits de participation sont fixés à 5 Euros par nouvelle. (le chèque sera libellé à l’ordre de Calipso et encaissé après la clôture du concours). Une ou deux enveloppes timbrées à l’adresse de l’auteur pourront également être jointes à l’envoi si l'auteur souhaite un accusé de réception de sa participation et/ou l’envoi du palmarès. (à préciser sur l'enveloppe).

La date limite d'envoi des œuvres est fixée au 30 juin 2012.

Calipso - 35 rue du Rocher 38120 Fontanil Cornillon, France - Mail assocalipso@free.fr 

Une rubrique "Concours de nouvelles 2012" est ouverte sur le site Calipso pour informer, commenter, questionner et suivre l’évolution du concours.

Le barman et toute l’équipe de Calipso vous souhaitent une agréable participation.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Concours de nouvelles 2012
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Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 08:00

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Mauvaise fortune

  Sing Sing

 

 

Ça va mal

Il parait...

Non, ça va mal, c'est sûr

On le dit...

Plus rien ne tient debout

Avec tous ces voyous...

L'opacité nous menace

A trop rester sur place...

Il y a de quoi perdre la tête

Avec tous ces pique-assiettes...

Les gens ont peur

L'air est trompeur...

Surtout de la vie, les gens ont peur de la vie

Et d'être mal servis...

Leurs yeux sont usés, leurs lèvres cyanosées

A vouloir trop causer...

Ils sont mis au ban

Faut dire, ils s'y prennent drôlement...

Dispersés par la flicaille

Avec toute la canaille...

A l'écart des lois du monde

Et des odeurs nauséabondes...

Laissés-pour-compte

Pour solde de toute honte...

Ma gorge est nouée

Il faut se secouer...

J'ai le coeur gros

Comme tous les héros...

Il y a tellement de chagrins en moi

Pauvre petit bourgeois...

Et ça ne veut pas sortir

A quoi bon le repentir...

J'ai envie de boire, de me laisser choir 

Et de broyer du noir... 

 

De broyer du noir...

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 08:00

Jour -82

 

Petite histoire de Miss Moody (2)

Ysiad

 

 

Peu après que la séparation de Miss Moody et Mr Poor fut officialisée et que les journaux se furent jetés sur leurs disputes pour en faire leurs manchettes : « Moody dégrade l’andouillette de Poor », « L’andouillette de Poor roulée dans la farine », « Mais où est donc passée l’andouillette de Poor ? », les affaires de la finance traversèrent une période de très grande dégradation. On ne savait plus qui était avec qui. Ni qui faisait quoi. Ni combien faisaient 3 x 3, et pourquoi Standard opérait un retour fracassant sur les marchés en poussant des cris d’orang-outang en rut, et pour quelle raison Poor ne cessait de dire que les performances de Standard, c’était de la daube par rapport aux siennes. Bref, il y avait du grabuge dans l’air, mais le plus ennuyeux, c’est qu’on ne savait toujours pas d’où venait le vent, et ça, c’était un vrai problème.

 

Il faut toujours, toujours savoir d’où vient le vent, surtout en période de crise.

 

Pour savoir d’où pouvait venir ce putain de vent de crise, les financiers tendaient leur doigt en l’air mais comme les récents événements leur avaient fait perdre la boussole, au lieu de l’index, c’était le majeur qu’ils pointaient vers le ciel, ce qui prêtait à confusion.

 

Et sans doute était-ce pour cette raison que le ciel, furieux de cette forêt de doigts d’honneur dressés vers lui et qui semblaient le désigner comme le seul coupable de la crise, le ciel en avait pris ombrage, et se refusait catégoriquement à afficher un temps clairement lisible.

 

Il y avait des perturbations de plus en plus nombreuses, des vents de plus en plus contraires et une multitude de nuages qui arrivaient tout fringants et galopants au milieu de l’été pour crever sans prévenir au-dessus de la mer Egée, comme s’il avait fallu absolument désigner un coupable dans le grand bordel général de la dégradation ambiante, et comme si ce coupable devait supporter sur ses épaules toutes les dérives profondes du monde que dirigeaient ces types qui prenaient leur majeur pour leur index, et suivaient avec grand intérêt dans les journaux les sautes d’humeur de Miss Moody, laquelle venait de larguer Standard.

 

Car Miss Moody en avait marre de ce gros Standard, beaucoup trop dans la norme à son goût, beaucoup trop porté sur la cuisine ranplanplan, et qui levait un petit majeur timoré vers les nuages en faisant des risettes pour implorer la clémence du ciel, afin que la crise, elle s’arrête un jour, et que Moody, elle lui revienne vite, oui, vite, sexy, canaille, toute habillée de cuir, avec des seins comme des bonus et la bouche pleine de ce fameux AAA qui sauve la situation de la débandade.

 

Du jour au lendemain, crac ! Plus de Standard.

 

Ce qu’il lui fallait, c’était Fitch, rien moins.

 

Fitch, le grand type ténébreux ressemblant à Georges Clounie des Zéta Zuni, dont la saucisse gros calibre n’avait encore jamais perdu son triple A. Fitch ne prenait pas son majeur pour savoir d’où venait le vent, il brandissait directement son poing vers le ciel, et cela lui avait valu de la part des journaux une réputation de dur, qui était revenue aux oreilles de Miss Moody, toujours en mal de mâle.

 

Ce fut elle qui provoqua la rencontre. Elle prit son téléphone et appela Fitch qui lui donna rendez-vous le soir même à son domicile. Fichtre ! fit Fitch, Miss Moody à dîner, j’ai intérêt à bien performer ! et il passa l’après-midi aux fourneaux afin que sa visiteuse garde de son art d’accommoder la saucisse un souvenir long en bouche.

 

A peine Miss Moody avait-elle mis le pied chez Fitch qu’elle attaqua en lui demandant de lui montrer comment il s’y prenait pour savoir d’où venait le vent.

 

Flatté par cette entrée en matière, Fitch ouvrit la fenêtre, brandit son poing au ciel et lança des injures, ce qui n’eut pas l’air d’impressionner le moins du monde Miss Moody. Arrête ton Fitch-fucking, lui fit-elle cavalièrement, comme elle aurait dit à Ben-Hur d’arrêter son char ;  t’as intérêt à te donner du mal pour garder ton triple A, Fitch ! claqua-t-elle, en manière de défi.

 

Fitch garda son sang-froid tout le long du repas. Il se montra particulièrement attentif à redresser la situation chaque fois que celle-ci avait tendance à s’infléchir, agrémentant ses propos de quelque saillie opportune pour relancer le mouvement, veillant à ne point bâiller entre la poire et le fromage à l’instar du gros Standard, à ne point s’endormir au moment du dessert comme l’avait fait Mister Poor, éreinté par le rythme que Miss Moody lui imposait afin qu’il maintînt sa barre au plus haut, à se montrer toujours attentif à prévenir les désirs de sa partenaire, en la resservant autant qu’elle le voulait, dès qu’elle le souhaitait.

 

Miss Moody se déclara satisfaite et le prouva en lâchant un AAA. Aussitôt, le naturel revint au galop, comme il se doit, et Fitch, qui s’était longtemps maîtrisé durant tout le temps de leur tête à tête, ne put se retenir de sortir une énormité.

 

Satisfaite ? fit-il, en macho de base gavé de séries télévisées, lorsqu’elle reposa sa fourchette.

 

Miss Moody se vengea de l’affront qu’il venait de lui faire en supprimant deux A, dès le lendemain, à son gros calibre.

 

Comme ses prédécesseurs, Fitch jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 08:00

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Mikis Theodorakis : « Je veux les regarder dans les yeux avant qu’ils votent »

 

 

 

Yeux en larmes

Yeux en larmes jardins ensommeillés
morceaux de rêve j'aimerais vivre
dans les grandes artères sous les affiches
aux mille couleurs j'aimerais me trouver

J'aimerais que mon coeur soit une étoile brillante
mon regard un couteau tranchant
épée étincelante à l'heure de midi
épée étincelante à l'heure de midi

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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