Lundi 8 août 2011
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Une nouvelle noire
de Claude Romashov en attendant le ciel bleu...
La
visite
Je suis seul chez
moi. J’ai ramené la couverture au ras du menton. La télé chauffe et même lui, l’animateur policé commence à m’énerver. D’un coup sec de télécommande, je lui renvoie ses mots doucereux dans la
gorge. La cheminée ronfle et pétille de cendres vivaces. Je les ignore. Il gèle depuis des jours et je suis transi. Alors je me réchauffe dans mon antre. Comme je peux.
J’ai préparé un
plateau repas avec mes sandwichs préférés mais sans elle, ils n’ont pas le même goût. Rien n’a plus la même saveur depuis son départ. Le temps s’est arrêté et je me suis consumé dans l’attente.
L’attente d’un signe de sa part, d’un geste, d’un remord.
L’ampoule du néon
vacille. J’ai bien peur qu’il ne s’éteigne lui aussi. Tout est vieillot dans cette maison, tout est resté en place à la mort de mes parents. Elle me
le reprochait souvent.
- Tu ne fais rien
pour la rendre agréable, tu ne sais même pas bricoler.
Et pourtant je lui
avais aménagé sa pièce. Tapisserie au mur, étagères et moquette de laine épaisse pour ses pauvres pieds qui craignaient le froid. Elle était enchantée au début, la pièce était devenue son bureau
puis son refuge quand elle avait décidé de ne plus partager ma couche. Un jour, elle m’avait annoncé.
- Tu sais, j’ai
rencontré quelqu’un. Ne sois pas jaloux voyons, ce n’est qu’un ami.
Et puis la voix
s’est faite plus aigre.
- Tu ne m’empêcheras
pas de voir qui je veux. Estime-toi heureux que je rentre encore à la maison.
Elle rentrait oui, à
l’aube.
Je ne posais plus de
questions. Devant moi s’ouvrait la béance de mon amour piétiné. Je ne pouvais le croire, pour elle, j’allais tout supporter, ses mensonges, mes silences et mon cœur en morceaux. Elle ne mesurait
pas l’immense saccage.
La douleur de la
perte s’est inscrite dans mes veines, dans les plis de mon visage. Du jour au lendemain, je n’ai plus supporté les autres, les proches et leur compassion outrée. Je ne voulais plus voir
personne…
Le bruit m’a agressé.
Je me suis levé d’un bond et discrètement me suis glissé vers la fenêtre. On frappait avec insistance. La voisine ! Qu’est-ce qu’elle me voulait cette fouine. Je n’ai jamais pu
l’encadrer.
Ne pas ouvrir, faire
le mort. Tu ne vois donc pas idiote, que la maison est figée dans le silence et que le vent ne fait plus claquer les volets. Le chat, à demi sauvage qui venait boire son écuelle de lait au temps
du bonheur a disparu, avalé par l’hiver et seuls les démons de la solitude cavalent sous mon crâne. Je n’ai le goût à rien. Je n’ai pas envie de vivre.
Je sais bien qu’un
jour, il faudra que je sorte. Après les morsures glacées des frimas, naissent les nouvelles récoltes mais je ne veux pas de soleil tapant sur les vitres, je veux me terrer encore et encore comme
un animal blessé.
La voisine est
repartie. Ses traces de pas se sont inscrites salement dans la neige. Je suis furieux. Elle a dérangé le tapis isolant de l’hiver.
Je regarde autour de
moi, il fait froid malgré le feu crépitant de la cheminée. La vieille table de la cuisine a retrouvé son bois naturel. Elle aussi détestait la toile cirée provençale dont elle la drapait pour lui
donner une touche de gaieté. Et ces cadres colorés et ces photos de nous deux affichées. Le mur a souffert quand je les ai arrachées mais la maison a retrouvé son odeur et sa rusticité paysanne.
Elle m’est revenue finalement. Comme elle !
Peu de temps après,
j’ai encore entendu frapper avec insistance. De nouveau je me suis caché en guettant l’intrus. C’était elle. Mon sang n’a fait qu’un tour et mon cœur s’est mis à danser la sarabande. Il fallait
que je garde mon calme. J’y étais résolu mais mes mains tremblaient quand j’ai ouvert.
La prochaine visite
sera, j’en suis sûr, moins agréable.
J’ai rangé le
désordre puis j’ai regagné mon lit avec elle, tout près à mes côtés. Elle dort profondément, je n’entends pas son souffle. J’ai la télécommande d’une main et l’autre caresse son cou, surtout
l’excroissance rouge que la balle à bout portant de mon révolver y a laissée.
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