Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 19:59

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Elle est assise en bas de l'escalier, les jambes repliées sous elle, une main en attente sur un genou, l’autre joue tendrement dans ses cheveux. Il est tout en haut, sur la terasse, chevillé au soleil. Elle ne le voit qu'imparfaitement mais elle le devine puissant, généreux, magnifique. Pendant une petite seconde leurs regards se croisent. Un sourire éclair, une sorte d'enchantement et la voilà traversée par des images impudiques qui lui donnent la chair de poule. Elle attend qu'il lui fasse signe. Il a aussi des envies, c'est sûr. Elle sent ses lèvres en alerte, prêtes à emprunter les passages d'ombre de son corps, à le couvrir de baisers audacieux, à la faire jouir d'une heureuse douleur. Son esprit est en apesanteur. Jamais elle ne s’ést montrée nue devant un homme. Elle aimerait qu’il la voie toute entière, qu'il savoure sa beauté et éprouve sa vigueur mais elle ne peut s'y résoudre. C'est trop tôt. Elle a encore son duvet de bébé. Après tout, il ne l'embrassera peut-être que du bout des lèvres. Elle se lève, décidée à faire les quelques pas qui les séparent, mais seule son ombre se détache. La silhouette ondule sur les marches, manque de se briser sur une aspérité. Elle hésite puis repart. Il est là, tout près. Tout près. Il n'ouvre pas les bras pour qu'elle sy abandonne. Son regard est lointain et dur. Le soleil lui joue des tours. Une bouffée de chaleur lui étreint la poitrine. Elle se redresse, respire avec peine.A deux doigts du contact elle vacille encore. Il n'a pas bougé. Ses lèvres sont figées et muettes. Elle se hisse sur la pointe des pieds, approche sa bouche, l'effleure. La rumeur de son ventre monte brutalement. Il reste de marbre.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Image In
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Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 09:00

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Avec l'aimable accord de Nicole Aman du site Bonnes Nouvelles, Corinne Jeanson nous propose un retour sur ses Musicales. Nous sommes bien sûr ravis ! 

  

La vague de sa robe noire

 

 

La vague de sa robe noire dans la nuit immobile danse sur ses mollets. Je l’invite à me suivre dans le bar. Elle acquiesce, avec cette indifférence absolue que je prenais pour de l’insolence et qui est sa parure, sa force unique. Derrière le masque, pas de masque. Elle choisit d’être là et n’exprime rien parce qu’elle n’a pas à dire pourquoi ni comment elle est avec moi. Si choisir signifie encore quelque chose, aujourd’hui, elle a choisi d’entrer dans ce bar avec moi.


Dans le bar, d’autres clients sont assis, spontanés et insolents comme tous les gens qui fréquentent ce côté-ci de la rive. Elle les connaît, elle leur ressemble. Et pourtant elle est d’ailleurs. Nous ne parlons pas. Nous regardons autour de nous. Curieux des autres plus que de nous. Soudain, elle se met à parler très bas et longuement. Elle me raconte mon histoire, notre histoire. Avec les mots que j’attendais. Sans complaisance, elle décrit tous les temps de notre histoire, lentement. Bien avant moi, elle en avait déroulé le sens caché.


Un homme entre qui la connaît. Il s'approche de notre table et s'assoit sans se présenter. Elle me sourit étrangement, un sourire qui signifie que tout est dit, que s’il n’y a pas d’espoir, il n’y pas non plus à en souffrir. Elle fait signe à l’homme et ils repartent ensemble. Je ne sais pas où l’homme l’entraîne, s’il est son amant, s’il lui a donné rendez-vous là. Elle part avec lui, avec le vague de sa robe qui bat ses mollets.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Musicales
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Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 08:00

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Meï est exténuée.

Des nuits qu'elle ne sent pas le sommeil venir

Qu'elle se promène libre sous sa robe dans les jardins de l'Eden 

Meï aime l’idée d’y retrouver un homme qui pourrait être son amant

Elle aime se sentir regardée par lui

Elle aime qu’on la voie être celle qu’un homme regarde

 

L’homme se mire dans une autre

Il la prend par la taille

Danse avec elle

Mange le rouge pourpré de ses lèvres

Et rit de cette chose en or qui éclaire son corps

Il lui plait de croire qu'il peut se marier partout

 

Meï pleure de voir cet air de bonheur qui ne tient dans rien

De ces baisers qui se perdent dans la terre mouillée

Elle pleure de ne pas savoir que faire de ça

de n'être avertie pour rien

de rester dans la somnolence du désir

Incapable de faire grandir le rêve qui donne la jouissance

 

L'homme s'en va sans voir

sans rien emporter d'elle

Pas même un instant de curiosité

Meï n'est que la forme invisible du ravissement

Une fiancée rappelée à la nuit

Avec un cœur inachevé

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Image In
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Vendredi 18 novembre 2011 5 18 /11 /Nov /2011 13:00

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Et si à l'occasion des voeux on adressait à ses plus chers amis un "Miniliv" publié aux Editions du Banc d'Arguin ? Un choix de 127 nouvelles à découvrir et à offrir comme par exemple  :

 

La traversée du désert

de Désirée Boillot

 

Un homme marche dans le désert.

Il est seul, entouré d'ombres, et il boite.

Tout ce qui l'environne évoque le chaos.

Durant sa traversée l'ennemi restera invisible.

Où est-il ?

Qu'est-il en train de vivre ?

 

http://editionsdubancdarguin.izibookstore.com/ (3€ l'exemplaire)

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : calipso nouvelles
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Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 08:00

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Depuis toujours la poésie est source de vie, Lambdum Kagibi  nous le rappelle sans ambages...

 

La Reproduction

(Hommage à Pierre Bourdieu)

 

 

Après long temps, lorsqu’enfin,

dans la chambre d’hôtel,

parvenant à mes fins,

j’immolai sur l’autel

d’un lit à sommier un peu grinçant

la pudeur de Lili, une riche héritière,

je me vis déjà consort puissant.

Nous ahanions jusqu’alors de concert,

quand un blanc râle à elle plus sourd,

à contretemps, gorgé, (si lourd,)

la meute a capella me fit trop tôt lâcher,

impromptue, sans que je puisse vraiment l’en empêcher.

Et l’hallali fût si hâté

que la meilleure part du morceau

elle n’eût point l’heur de tâter.

Lors je m’abandonnai, brie de Meaux

trop fait, sur elle frustrée,

la laissant toute transie,

en état de choc, claquant des

dents et fort marrie,

impatiente, désespérée,

de rebomber ce soufflé

qui n’était que trop retombé.

Belle, en colère, sans retenue,

elle s’est dépêtrée, folle, de moi,

et s’est dressée tout- à- fait nue

pour me faire part de son émoi.

Elle aboie, elle larmoie.

« Et moi! Et moi! Et moi! »

Crise d’hystérie

véritable sortie

sur cette injuste noce

cet abandon précoce...

Je, aveugle sot-l’y-laisse,

l’entendais soliloquer.

Des détails je vous fais grâce.

Adieu la dot hélas!

 

Puisqu’il n’est pas permis vraiment de rater son péché

- si près du but avoué c’est péché plus mortel -

sans m’excuser jamais d’avoir été si empêché,

elle en épousa un autre, plus héritier qu’elle.

Elle lui a dit oui sans essai. Témoin je me suis tu.

Ainsi va le beau Monde, qui peu ou prou se perpétue.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Poètes et rêveurs
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Samedi 12 novembre 2011 6 12 /11 /Nov /2011 08:00

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Emmanuelle Cart-Tanneur aime la littérature comme lectrice et comme auteure. Nouvelliste, romancière, historienne généalogiste, elle attrappe ça et là quelques fils de la vie pour en faire de grandes lumières. Sur son blog, elle se présente avec la complicité de Grand Corps Malade : La vie c'est gratuit, j'vais m'resservir ... et de Woody Allen : Si Dieu existe, j'espère qu'il a une bonne excuse

C'est un plaisir de la recevoir au café...

 

 

Un monde meilleur

 

 

Nous avons quitté Cherbourg alors qu'un fin soleil de printemps éclairait encore l'horizon. La nuit tombera bientôt, mais auparavant nous aurons rejoint le large, direction l'Irlande, avant la grande traversée, celle qui nous mènera tout là-bas, à l'autre bout du monde, du bon côté des choses : l'Amérique – New-York !

Je n'ose encore y penser tant j'ai encore du mal à y croire. Ce voyage, j'en ai tant rêvé, et depuis si longtemps ! Et pourtant, jamais je ne l'aurais cru possible lorsque je suis arrivée à la ville, il y a quatre ans, cette ville qui me paraissait si grande et qui tiendrait tout entière, et en plusieurs fois, dans celle qui va m'accueillir !

Je n'avais jamais vu d'immeuble, ni d'auto, encore moins de navire, quand j'ai dû quitter la maison de mon père pour aller m'engager à Cherbourg. À seize ans, benjamine, j'étais plus une bouche à nourrir qu'une aide pour ma famille et personne n'a semblé bien peiné à l'annonce de mon départ. Je n'ai revu que ma soeur Pauline, l'année dernière ; les autres ont disparu de mes pensées et je suis sans doute absente des leurs. Qu'importe : c'est une nouvelle vie qui m'appelle désormais.

 

J'ai trouvé sans peine à me placer à Cherbourg. Je me suis retrouvée au service des Capdeville, une bonne famille m'a-t-il semblé, du moins les premières semaines. Mon travail n'était pas plus pénible que celui des champs, et j'avais deux heures de liberté le dimanche pour assister à la messe. Cependant, une ombre continuelle planait sur mes journées : celle de la présence du fils de la maison, un grand gaillard un peu rougeaud, aux yeux noirs, dont l'accoutrement bourgeois semblait aussi incongru qu'il l'aurait été sur un de mes frères. N 'eût été son nom, et la certitude qu'il vivait là, j'aurais pu voir en Gaspard un compagnon d'enfance, si toutefois il se fût également abstenu de parler ; car Gaspard n'ouvrait la bouche qu'après avoir préparé des phrases si ampoulées que je ne le comprenais qu'une fois sur deux :

- Quelle sotte vous faites donc ! me répétait-il à l'envi, haussant les épaules en considérant mon air ahuri devant ses ordres incompréhensibles.

Je n'avais jamais été bien fière, mais le mépris qu'il mettait dans ses mots me brûlait aussi fort que l'acide. Et bien souvent je me retirais, constatant qu'il ne répétait pas sa demande, sous son rire gras qui soulevait son gilet boutonné duquel s'échappait un bourrelet de mauvaise graisse.

Je me mis à fuir Gaspard autant que je le pouvais. J'avais appris à reconnaître son pas dans l'entrée et, bien que je fus censée l'accueillir à ce moment, je m'arrangeais pour être occupée ailleurs, à la lingerie, en cuisine, prise par une tâche que je ne pouvais abandonner. Mais il comprit vite ma ruse et se mit à venir me rejoindre de plus en plus souvent, m'assommant de remarques mordantes qui devinrent vite déplacées. Sa présence se fit vite harcèlement, et je n'eus pas d'autre choix que d'aller m'en plaindre à Madame Capdeville.

- Mon fils n'a jamais été le goujat que vous décrivez ! me hurla-t-elle à peine mes doléances exposées. Retirez-vous, insolente, et ne revenez jamais me tenir des propos de ce genre, ou je vous chasse !

Je n'ai eu alors que mes yeux pour pleurer, et tout mon courage à rassembler pour reprendre mon travail, décidée que j'étais malgré tout désormais à chercher une autre place.

L'histoire vint pourtant aux oreilles de mon harceleur. Il m'en accusa un soir, peu de temps après, et je ne sus, pour me défendre, que prendre la fuite vers mon grenier.

 

Quelques mois passèrent, que je supportai avec le seul soutien de l'idée que je m'en irais bientôt. Lors de mes courses en ville, à la sortie de la messe où j'avais rencontré quelques filles comme moi, partout, je faisais savoir que je cherchais une autre place, que je travaillais bien, mais que je ne pouvais pas donner de références. On me promettait de parler de moi ; mais jamais personne ne me demandait.

Ma vie a été bouleversée, pourtant, un soir de juillet.

Je rentrais d'une course pour Madame quand Gaspard s'est approché de moi, un sourire aux lèvres que je ne lui connaissais que trop et que j'ai tenté d'ignorer ; j'ai cependant fini par lever les yeux vers lui quand il m'a annoncé :

- Je vous ai trouvé une nouvelle place.

Il m'a fallu rassembler tout mon sang-froid pour écouter avec une gratitude toute feinte la proposition que m'exposait Gaspard : il avait un ami, récemment installé à Cherbourg, dont la jeune femme allait accoucher et qui avait besoin d'une aide. Je ferais parfaitement l'affaire, s'était-il permis d'affirmer – je ne pouvais refuser une telle offre, me dit-il avec des airs de bienfaiteur dont je ne sus pas, sur l'instant, déceler la fausseté. J'acceptai, et Gaspard me fit savoir que je devais me rendre immédiatement à l'adresse qu'il m'indiqua. Je m'exécutai.

 

J'aurais dû savoir que je ne pouvais pas lui faire confiance.

Je n'ai plus envie de repenser à ce qui se passa chez cet homme. Je le consigne ici uniquement dans le souci de laisser à ma fille une trace de ce que fut sa mère avant elle, et des circonstances de sa naissance – si douloureuses ces circonstances soient-elles.

C'est un inconnu qui m'a ouvert, que j'ai reconnu comme étant l'ami en question. De fait, celui-ci m'a menée au salon où j'ai reçu un choc en reconnaissant Gaspard qui sirotait un alcool et qui me salua, un méchant sourire aux lèvres.

Que ma fille sache simplement que je n'ai pas quitté cette pièce de toute la nuit ; et que je n'ai pu m'en enfuir qu'au matin, le feu aux joues et la honte au corps.

La honte a été ma compagne fidèle durant les mois qui ont suivi. Privée de travail et d'asile, j'ai dû accepter le pire pour survivre. Mais ma fille était là, déjà, pour me faire tenir, pour me donner envie de lui donner un avenir. Et cet avenir, je le voulais le plus loin possible. Dans un monde meilleur. En février, au prix de privations et d'humiliations que je veux oublier, j'avais réuni le prix d'un billet pour New-York.

Fanny est née au mois de mars. Ses yeux sont bleus, du même bleu que la mer qui me porte et m'entoure à présent. J'ai choisi son prénom pour sa voyelle finale : j'ai pensé qu'en Amérique, tous les prénoms finissaient en -y. Ma fille y sera reconnue. Sa vie y sera belle – j'en suis certaine. Et la voir heureuse me suffira.

Le bonheur est bien peu de chose ; il suffit souvent d'y croire, et d'avoir la force de tourner la page. C'est grâce à Fanny, et pour Fanny, que je m'en vais, ce soir.

 

Il fait un peu frais sur le pont des troisièmes classes. Je serre ma fille dans mes bras. Elle s'est endormie, les joues rouges, une larme de fatigue encore accrochée à sa paupière.

En cette douce soirée du 10 avril 1912, je crois en ma chance. Elle est là, tout près : je la sens.

Et c'est sur ce navire que l'on dit insubmersible que je vogue vers elle.

Sur ce navire, baptisé Titanic.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : calipso nouvelles
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Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 08:58

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Il n'existe pas d'image juste, pas d'image qui représenterait la surface exactement parfaite des choses.

Photo réalisée sans trucage ni torture à l'encontre de son auteur...

 

 

Aujourd'hui, tout le monde est photographe. L'humanité toute entière est rendue visible sous le coup de millions de regards. L'homme moderne est tourmenté par la question de sa présence au monde et de sa représentation imagée. Il veut être à la fois acteur et spectateur, un sujet se laissant aller dans la position d'objet. La photo consiste moins à éclairer une scène singulière qu'à fournir une collection d'objets ou d'évènements attestant cette présence. La voracité avec laquelle on répète les séquences "photo" montre à quel point on cherche à s'ancrer dans la réalité, à se fixer comme témoin privilégié de l'histoire. On croit à l'unicité pour s'assurer de sa singularité mais l'impression de "déjà vu" est la chose la plus communément partagée et la plupart des photos ne provoquent qu'un intérêt poli. La volonté de "faire vivant", si chère aux amateurs, ne fait généralement que raviver la peur de ne pas l'être. Au quotidien, le déferlement d'images entretient l'idée qu'une photo n'existe que dans la continuité du discours qui la soutient, qu'elle ne fait que montrer ce qui est pris dans un cadre, sans jamais pouvoir l'affrofondir, le transformer ni même l'animer. On observe à la dérobée, le regard n'insiste pas, une image chasse l'autre rendant toute attention désespérément futile. On peut regarder sans voir.

 

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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 14:00

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A la mémoire de Monsieur Yves Berger

 

Chanson de Jean Calbrix, auteur d' Un automne en août

Pilonné par les bons soins de Monsieur Manuel Carcassonne

 

 

                                   Connais-tu la chanson Coquine et désuète ?

                                   AA coule à l'envers, A Saint-Omer pardi.

                                   RaRement un cours d'eau Remonte le lundi,

                                   CarCassonne en est coi Comme carpe muette.

 

                                   Au diAble, se dit-il, A la voir si fluette

                                   Sur leS blancs nénuphars. Soudain, un beau mardi,

                                   S'en va Sens opposé, Sûr jusqu'au samedi.

                                   Où sitôt On inverse, Oh la belle bluette !

 

                                   N'est-il Nul truc ainsi, Nul machin sans pareil ?

                                   Nier tout uN bon sens, Niera-t-on le soleil ?

                                   Entonnons cE refrain, Et laissons l'Aa faire :

 

                                   Harpe chère à Horace, Honore ce sonnet,

                                   Etonne l'éditEur En cette grande affaire,

                                   Puisqu'il faut Parler franc, Près de son gros bonnet.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Poètes et rêveurs
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Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 11:30

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Il aime la musique, la peinture, la philosophie et la littérature bien sûr. C'est un auteur encore jeune et déjà quelques succès dans les concours de nouvelles. Comme il en pince aussi pour la poésie, le slam, il est tout naturellement notre invité... 
 

Oeillet rouge à la boutonnière

par Lambdum Kagibi.

 

 

(Deux ou trois pincées de « Solitude », de Duke Ellington)

Hommage à P.S. (Philippe Solllers)

Ou à J. d’O. (Jean d’Ormesson)

    Ou à… V. Z. (Victor Zarka)

 

 

Vieux beau, moi ?!

qui ai tant vécu

tant vu de faux-culs

mis dans tous leurs émois!?

 

Après tout, pourquoi pas?

 

Moi qui vais à trépas

que tout plus sûrement,

pourquoi n’y irais-je pas

le plus élégamment

qu’il se doit ici-bas ?

 

Refrain :

Vieux concombre qui bavasse sans graine

Au gin-tonic ma vieille carcasse je draine

 

Mon coeur a trop battu

la campagne perdue,

le chemin des dames

où la mort brame.

 

J’ai le coeur un peu bas,

du côté de mon ventre.

J’ai le coeur un peu las

il faut que je le rentre

tel un karatéka

centré sur son hara.

 

Refrain :

Vieux concombre sans graine qui bavasse

A la veuve Clicqot je draine ma vieille carcasse …

 

A ma dernière invitée

pucelle du couvent retraitée

lui consacrant tout un rosaire

sur Victor faisant d’la surenchère

énamouré

j’ai psalmodié

« ma congénaire

tu es bonne,

ô ma nonne, nonne…

Nonagénaire »

 

Refrain :

Vieux concombre qui bavasse sans graine

Aux infusions d’pissenlits ma vielle carcasse je draine.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Poètes et rêveurs
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Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 08:00

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Pierre Thomas, l'étoile du jour

J'ai 72 ans. Je lutte contre l'inéluctable décrépitude en écrivant quelques nouvelles, destinées ou non à des concours, en faisant des dessins à la plume grand format qui peuvent donner lieu à des expos, en pratiquant marche, vélo et jardinage, en me livrant à des activités musicales, en suivant des cours sur des thèmes variés, en profitant de la saison théâtrale gapençaise... Et bien sûr de la lecture, du ciné et un peu de télé. Avec tout ça les journées sont bien remplies.

 

 

Fête en Berry

 

 

A l’heure de la sieste, sous un soleil à malices prêt à liquéfier la cervelle de quiconque oserait s’attarder, Jules, le gars à la Denise, traverse en claudiquant la place de Nohant, tout en prenant soin d’explorer d’un œil rapide l’ombre du porche de l’église qui pourrait bien cacher une vieille bigote toujours prête à caqueter. Il ne veut pas qu’on le voie se diriger vers le château, demeure d’Amandine Lucile Aurore Dupin, baronne Dudevant, plus connue sous le nom de George Sand. Au village, elle est la bonne dame de Nohant, ou madame la baronne. On a du respect pour le titre, mais surtout pour la personne qui, malgré une vie affichée bien éloignée des mœurs locales, a su gagner l’estime et la sympathie des paysans du cru.

Le Jules est fort intimidé lorsqu’il se trouve sur le point de franchir le portail dont les battants sont ouverts sur la cour intérieure, avec, au fond, le haut mur de la bâtisse animé de nombreuses fenêtres. Comme la plupart des berrichons, le Jules vit dans une maison basse, tassée sous son toit de lourdes tuiles rouges. Tout bâtiment à étage, couvert d’ardoises, marque un territoire qui n’est pas le sien. Et c’est par le sésame d’un geste de déférence venu de loin qu’il se risque enfin à violer l’espace étranger : avant de pénétrer, maladroit, seul, fragile dans la cour inondée de lumière, il retire son béret, son vieux béret marqué par les sueurs recuites des travaux des champs, et le tient à deux mains sur son ventre. Par chance, Isidore, le palefrenier, le voit arriver et lui crie qu’est qu’tu vins fai’ ici au lieu d’te r’poser ? J’voudrais vouair madame la bâronne, répond Jules. Qui qu’tu veux y dire, à la bâronne ? insiste Isidore. A toué j’dirai rin pasque j’veux causer qu’à ta patronne, c’est tout. L’entêtement du Jules étant réputé inébranlable, Isidore n’insiste pas, se dirige vers la porte principale et confie le visiteur à une femme de chambre qui passait.

Depuis longtemps, le Jules avait son idée. Ça lui était venu alors qu’il menait son char à bœufs tout près de la propriété de George Sand. Il faisait doux, le calme du soir laissait filtrer par les fenêtres ouvertes une musique cristalline, joyeuse, puissante qui provoqua un long frisson sur tout le corps du Jules au point de lui faire oublier son attelage. Il laissa choir : vingt guieux, c’est bieau ! Et se prit à désirer que ce moment sublime ne cessât jamais. Bien sûr, un jour ou l’autre, les villageois avaient entendu les accents délicats du piano du polonais, mazurkas, nocturnes, préludes… Il n’est pas certain qu’ils en aient tous goûté les subtilités, préférant peut-être les habituels miauleurs de vielle et racleurs de violon. Le Jules, lui, venait de ressentir l’émotion de sa vie, et c’est ce soir-là qu’il décida, après une longue réflexion, de demander une faveur à madame la baronne.

Qu’est qu’t’as à rêver, espèce de feignant, faut fini’ d’faucher c’te parcelle si tu veux aller user tes sabiots à la fête c’tantôt, s’énerve soudain la Denise, parcheminée comme un diable. T’arrêtes pas d’y penser à c’te traînée de Juliette, qu’est qu’t’y trouves ? Bounne à rin, toujou’ à couri’ l’mâle par voies par chemins. Dès qu’a voué un gars, a’ s’met en posture ! A’ dit qu’ c’est l’vent qui r’lève ses affûtiaux ! Mon Dieu, faut-i’ en entende ! Et toué, tu môrds à l’hameçon ! Faut-i’ ête bête !

Le Jules laisse passer l’orage, fait semblant de bousculer sa faux, mais ne peut s’empêcher de regarder la silhouette du château, au-delà des blés mûrs. Il a été envoûté par l’accueil simple et attentif de madame la baronne, par son regard rassurant… Et elle a promis d’en parler à son polonais. Il y aura le problème du piano, a-t-elle dit, mais on trouvera bien une solution. Depuis, le Jules n’a que ça en tête, jouissant à l’avance de son petit effet.

Au droit de midi, la parcelle fauchée, le Jules et la Denise rentrent au bercail par le chemin creux ombragé. L’un fait courir son imagination, l’autre marmonne. La vieille n’ira pas à la fête des moissons, elle n’a rien à se mettre, elle est fatiguée et quand on est paysan on travaille, on ne s’amuse pas. Et on ne va pas se montrer. On a de la dignité, non mais ! Quant au Jules, il se repasse le film : Pour l’piano, j’pourrai p’t-ête l’emmener su’ mon châr à bœufs. Et la baronne qui répond avec un sourire Ne vous inquiétez pas, mon brave, Isidore s’en occupera. Isidore ? Pas confiance dans ce parvenu ! Il n’en fait qu’à sa tête. Madame est trop bonne.

Le Jules a mis sa chemise de lin, son pantalon et sa veste de toile, ses sabots neufs, un chapeau de paille. Il s’est arrosé le visage d’eau de Cologne. Il a laissé sur la chaise sa ceinture de flanelle. Tu vas attraper fret au vent’e a dit la mère. Il a pris son bâton ouvragé pour s’aider à se tenir droit.

Sur la place, devant l’église, à l’ombre des arbres, on a monté une estrade de bois rudimentaire, la même à chaque fête. Quatre piquets plantés dans les coins portent des épis de blé tressés. Quel gaspillage ! aurait dit la mère. Des stands de jeux découpent des espaces colorés où vont et viennent les premiers curieux. Et la buvette surtout, déjà bien fréquentée, trône en bonne place, tenue par deux gaillards forts en gueule abondamment moustachus, manches retroussées sur des bras de bête. C’est Athomas le forgeron et Marcel le charron. On ne peut pas trouver meilleurs vendeurs de piquette locale et de vin gris de Reuilly. Ah ces deux-là !... aurait dit la mère. Comme tenu par une laisse invisible, le marchand de cochons, dont la trogne a fini par ressembler, curieux mimétisme, à celles de sa marchandise, promène sa bourse et son ventre pleins à moins de deux mètres des tonnelets. Maître Benaise, le notaire, venu en tilbury de St Chartier, s’occupe à flairer les affaires juteuses qu’il pourrait négocier à son bénéfice. Le garde-champêtre, en tenue s’il vous plaît, surveille davantage les jolies filles que les garnements, et son képi est déjà de travers, mauvais signe. Ah celui-là ! aurait dit la mère. Monsieur le député, d’une élégance décalée, offre quelques tournées bien ciblées, histoire d’entretenir des liens électoraux toujours volatils. Quant au maire, il se fait attendre : sans doute rabâche-t-il son discours dans l’arrière-cuisine de son auberge, pendant que sa femme hoche du bonnet en mitonnant le poulet au sang, gloire gastronomique du pays. Et la foule des anonymes, des sans-grade, des culs-terreux, des sans-le-sou, des benêts, endimanchés à la va comme j’te pousse, s’insinue telle une houle dans les travées, en quête d’instants de bonheur chichement distribués. Ah ceux-là, i’ f’raient mieux de rester chez eux, aurait dit la mère.

Ce folklore, chaque année recommencé, n’intéresse pas le Jules. Il cherche son piano. D’autant plus difficile à trouver qu’il n’en a jamais vu et ignore complètement à quoi ça peut ressembler. Il sait seulement que c’est lourd et encombrant. Il avait espéré le découvrir sur l’estrade, mais elle est vide pour le moment. Caché dans l’auberge ? Le maire s’esclaffe : Un piano ? Quel piano ? Sais-tu seulement ce que c’est, mon pauvre Jules ?  

Le Jules décide de patienter. Après tout, les musiciens du coin ne sont pas encore là. Il va traîner ses sabots vers le jeu de quilles, vers le chamboule-tout, vers la pêche aux paquets-surprise où les nigauds sautent de joie en découvrant les babioles bonnes à jeter, vers la loterie où l’on peut gagner un énorme âne en peluche, un nid à poussière, aurait dit la mère. On a vite fait le tour. Un peu plus loin, un vannier de Montgivray vend des paniers, sa carriole en est pleine. Et un potier de Verneuil-sur-Igneraie propose des jarres et des pots de toutes dimensions. Le Jules n’a besoin de rien. Il pense à son piano, tout en observant discrètement le portail du château et finit par s’installer en bout de table à la buvette, devant un verre de rouge.

Mêlée au flux des badauds, la Juliette affiche ses charmes en usant d’une innocence calculée, attentive au regard des hommes. Sa robe bleue rehaussée de blanc ne dissimule que l’interdit d’un corps somptueux. Le Jules la suit des yeux, subjugué, alors qu’elle déambule, seule, radieuse, fière. A’lle est en chasse, aurait dit la mère.

Et voilà qu’arrivent le violoneux et le maître sonneur, en blouse grise. Ils grimpent sur l’estrade et entament une bourrée de Sarzay endiablée, battue par des coups de sabots enragés qui font branler les tréteaux à faire peur. Suivront, selon la tradition, polka piquée, chapelotte, montagnarde de Nohant-Vic, valse, quadrille… Et tournez jeunesse, tournez pendant qu’il est temps… On se bouscule à la buvette, déjà les premiers éméchés s’envoient des bordées qui font rigoler tout le monde. Ça chauffe sec sur la place de Nohant.

Le Jules ne danse pas à cause de sa jambe. Et puis il n’aime pas trop. Cette promiscuité de bruit, de poussière et de sueur ne l’attire guère. Il a compris que le polonais et son piano ne viendront pas maintenant. Pourtant, la baronne avait promis. J’suis sûr qu’ c’est un méchant coup d’Isidore, pense-t-il. Et p’t-ête que c’est l’polonais qui voulait pas v’ni’ ! Je r’grette bin ! J’aurions eu bin du plaisir ! Il vide son verre, pose une pièce sur le bois de la table, se lève en s’essuyant la bouche du dos de la main, salut la compagnie, prend son bâton et quitte la fête et ses flonflons. Il n’attend pas le discours usé du maire.

Avant de rentrer à la ferme, le Jules fait un crochet en direction du château. Il contemple la belle façade derrière laquelle se dissimulent tant de trésors. Il écoute. Croit entendre une mélodie, passe derrière le bâtiment. Une fenêtre est ouverte. Chopin travaille un prélude aux intensités dramatiques appuyées, qui accrochent l’attention de Jules. Ce dernier s’approche doucement de la clôture et surprend, cachée sous une feuillée, la Juliette en extase. Elle est assise sur une pierre, elle respire tant qu’elle peut la musique de Chopin, béate, gourmande, et sourit au Jules interloqué. Le voilà qui s’assoit lui aussi, pas très loin, sans un mot, traversé par le ruissellement des notes offertes aux arbres centenaires, aux herbes folles, aux fleurs des champs, aux locataires affairés des branchages... Le parfum de la Juliette se mêle à celui de la terre. Il fait doux. Le Jules, téméraire, se lève et s’approche. Elle lui sourit de nouveau. Il s’installe et décide de ne plus bouger. C’est alors que Chopin attaque une polonaise qu’il fait sonner avec une légèreté et une précision magiques. La Juliette retire ses bottines, se dirige vers le découvert du pré et engage une danse instinctive, déliée, lascive, inventive, sensuelle. Le Jules n’en revient pas de tant de beauté dont il est le seul témoin. Il est tout remué. Ses yeux et ses oreilles jouissent en accord. Tant de bonheur, ici, dans ce pays de misère, qui aurait pu imaginer ?

Le seul témoin ? Pas exactement. Le Jules voit Isidore traverser le parc du château, ouvrir le portillon donnant sur le pré, s’avancer tranquillement vers la Juliette, éblouissante dans le soleil du soir. Lorsqu’il arrive au point de la toucher, elle se tourne vers lui, ils se regardent, souriants et magnifiques, et se tiennent prêts, soumis aux sortilèges de la musique.

Jules reprend le chemin de la ferme, fatigué. Demain ne sera pas un autre jour. Il faudra bien moissonner l’autre parcelle.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Concours de nouvelles 2011
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