Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Calipso
café littéraire, philosophique et sociologique
Nous ne saurions prendre congé de 2011 sans lever un verre en l'honneur des poètes, nouvellistes, et chroniqueurs qui ont contribué chaleureusement à l'animation du café tout au long de l'année :
Ysiad, Claude Bachelier, Jean Calbrix, Suzanne Alvarez, Dominique Guérin, Gilbert Marquès, Jean-Claude Touray, Jordy Grosborne, Cédric Mesas, Corinne Jeanson, Sylvie Dubin, Yvonne Oter, Danielle Akakpo, Ana Suret, Castor Tillon, Claude Romashov, Maryse Legrand, Françoise Bouchet, Sophie Etienbled, Martine Férachou, Agatha Costes, Pierre Thomas, Lambdum Kagibi, Emmanuelle Cart-Tanneur, Katia Boutchoueva.
Cadavre exquis
Merci de choisir votre dernier verre de l'année et, si l'envie de jouer vous vient, de l'inclure dans une phrase en tenant compte des propositions qui seront déjà formulées.
Amaretto Stinger
Vacances Romaines
Grasshopper
Bacardi Choco-punch
Double Salto
French Cancan
Printemps du Vercors
Train Bleu
Grand Paradis
Lisbonne Cobbler
Black Mammy
Braccobaldo
Indian Summer
Enfer Vert
Special Litote
Moonlight
Black Velvet
Grace de Monaco
Baby Bellini
Please Love me
Kalhua Toreador
Hot Toddy
Red Bulloska
Devil's Milk
Nuit Gasconne
Le ballon
Née à Moscou en 1982, Katia Bouchoueva dite "Boutchou" vit en France depuis 2002. Poète, animatrice de la scène slam grenobloise et membre du collectif slam "Section Lyonnaise des Amasseurs de Mots", elle aime partager ses coups de blues, ses coups de coeur, ses coups de gueule... Elle a publié en 2009 un recueil de poèmes "C'est qui le capitaine ?" aux éditions l'Harmattan.
C'est notre invitée du jour.
C'est qui le capitaine ?
Le fer
Tant qu'on n'a pas avalé le noyau de la Terre
Je dis rien, je dis rien.
Les Corses, les Bretons, les Maliens
Riches en larmes, en fer, en sucre, en sel.
Les Pharisiens, les Égyptiens...
Et je regarde ton magicien
Vider les placards, repeupler le joli carrousel.
A coup de pelle, à coups de poing,
A coups de virgule, de tiré,
Ils ont réussi à tourner comme il faut la Terre,
Ils ont réussi à défaire les lacets
Déserrer les vices.
Et quelque part parmi eux – mon fils,
Mon fils était fier,
Mon fils était fer,
Forgé il était mon fils
Et ferromagnétique des fois aussi.
Sois pas comme astronaute sans galaxie – je lui disais
Petit kangourou sans sa maman,
La robe sans sa mariée.
Ce cycle menstruel tellement irrégulier
Tellement sur le pallier
Fait sombre et humide que plouf -
Et astronaute retombe -
Au fond de l'escalier
Sa touffe
Noircit et disparaît,
Réapparaît, grossit
Et roule – visage-ballon - dans les couloirs
Et pièces communes.
Pleine lune
Un demi-citron pour la mamie
Une grenadine pour la fillette -
Les deux extrémités d'une vie
En tête à tête
Monstrueux monstrueux -
Niami, Niamey, Milan -
Dent pour dent,
œil pour œil.
C'est la fête dans ton clan -
Dans mon clan – jour de deuil.
Et plus de mémoire – mais vous êtes où ?
Et plus de mémoire – où il est mon mari ?
Ma femme? Mes cousins?
Ma tante? Mon oncle?
Buvez un coup, buvez un coup – tchin-tchin
Diamant de Chine,
Pétrole de Sibérie.
Esprit confus, lunettes de vue
Rouillées et plus de connexion wifi.
J'ai dit : "Salut, mon pharaon, ma vie
Touche à sa fin. Je n'en peux plus."
Et tout tombait – heureux et courageux –
Dans la marmite, dans l'huile d'olive,
Dans la salive, dans la lave, dans le cire -
Et ce dont je
Me souvenais,
Et ce dont je
Ne voulais plus
Me souvenir.
La bonne étoile de Césaria Evora s'est éclipsée...
et les pierres ont fini de rouler pour Vaclav Havel...
Pour que dans l'euphorie des fêtes, on ne les oublie pas...
L’épave
par Claude Romashov
Elle tangue roulée dans son paletot trempé de pluie.
Le temps a la nausée et vomit sa bile.
Elle se tient aux murs, arrache des débris de plâtre.
Et va s’échouer durement sur le trottoir.
A la vue des passants scandalisés.
Elle n’est plus qu’un déchet, un rebut.
On peut l’écraser, lui marcher dessus.
La mer a trop charrié d’écume et de douleur.
La mer lui a rongé la peau.
L’indifférence tue plus que la lame mortelle des vagues.
Dans un dernier sursaut, elle lève un bras pétrifié
Vers le ciel soufflé d’étoiles.
L’épave disloquée gît sur le sable.
Des insectes de bois se délectent de ses chairs
Cassantes comme du pain de sel.
Au menu ce soir, un série d'invitations reçues ce jour dans la boîte aux lettres du café et remixée par le barman. A l'approche des festivités, il serait dommage que vous n'en profitiez point.
C’est avec un grand plaisir que je me suis attablé en ce jour à votre café pour faire votre connaissance mais aussi partager avec vous une découverte capitale et vous soumettre de ce fait une affaire très intéressante tant pour moi que pour vous.
Permettez-moi de vous présenter notre nouvelle création : il s'agit d'un concept entièrement nouveau, un logiciel informatique conçu par les plus grands spécialistes en ressources humaines. C'est un produit très haut de gamme qui vous permet de désintégrer les barrières psychologiques, celles qui vous privent de votre épanouissement physique, mental et financier. Avec ce dispositif adapté à votre shéma corporel selon vos convenances, vous serez reconnu comme une personne unique et surpassée, un personnage éminent dont on recherche la compagnie ; vous développerez une volonté de fer qui permettra qu'un désir se réalise avec certitude ; en toutes circonstances votre triple A sera prémuni même en cas de conjoncture dévavorable. Soyez rassuré, le système est entièrement automatique et une fois activée, la touche contact stimule aussi bien le subconscient que l'intimité profonde sans qu'il soit nécessaire de se connecter à un terminal. Votre vie sera désormais symbole de réussite et de bonheur.
Vous pouvez naturellement en faire profiter vos amis et connaissances pourvues de bonne moralité ainsi que les visiteurs honnêtes de votre estimable café. En ce cas, en tant qu'associé et bénéficiaire, comme preuve de bienveillance, je vous offre sans discuter un programme inédit de retour rapide de l'être aimé associé à de multiples occurrences pour se faire aimer par la personne de votre choix.
Texte de Corinne Jeanson - Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
avec l'autorisation du site Bonnes Nouvelles
Cœur de l'Afrique noire. Bière bouteille de pays. Chaleur et vent rafraîchissant. Solitude avec paysages nouveaux en décor. Je suis au cœur de l'Afrique. Dans une ville basse avec toute sa vie, ses musiques, ses bruits, ses vendeurs des rues, derrière leurs tables de bois aux pieds cassés mais tenant bons car la verticale n'est pas une loi de la nature. Les sorcières ont mangé mon âme. Dans la maison aux génies, je cherche mamy wata. Je sais que je ne la trouverai pas ou bien elle se nomme habitude. Je m'habitue.
Les Africaines rient fort dans les cafés. Un homme porte sur sa tête une machine à coudre. Marque : Éléphant (les lettres sont effacées). Pour rythmer ses pas, il joue avec une paire de ciseaux. Les ânes ont les pieds de devant attachés. Les cochons sont noirs, les jarres renversées et les maisons de terre enfumées. La meunière en sueur écrase le mil sur la large meule en pierre. On entend les crissements du broyage. La farine de mil blanc tombe sur le sol de terre battue, la terre rouge africaine. La cabaretière plonge les calebasses dans ses canaris de bière. Les Africains sont emplis d'amour jamais perdu qui leur donne une force tranquille. Cette force tient tout leur corps. Ils sont comme les arbres plantés dans la savane qui étendent leurs branches lourdes, au-dessus des troncs pleins, jamais écrasants.
L'orage et le bruit du tonnerre emplissent l'espace et le rendent moins menaçant. Sa présence -qu'elle soit divine ou naturelle- suffit à estomper tous mes désarrois. Si je pleure sous la pluie battante, c'est parce que je me libère enfin, comme le ciel, de la pesanteur des jours sans noms. L'amour passé reste l'amour, bien qu'on n'ose plus tout à fait le nommer ainsi à force d'usure. Quand le cœur doucement écoute les silences d'hier, tout autour les colons aux jambes rudes s'assoient et fument, jusques aux cieux africains, leur félicité commune. L'heure du thé, moment privilégié, s'accompagne de la silhouette respectueuse du boy, habitué ici aux manières de l'aristocratie servante. Dehors, les enfants jouent dans les détritus et les femmes aux seins flasques se baignent dans le marigot boueux.
Tout cela se déroule alors que toi, dans le même temps, du fond de l'Europe blanche, tu souris à la jeune danseuse en sueur. Sous le ciel africain, je songe à notre rencontre et à sa fin.
L'indice de satisfaction des valeurs économique s'est une nouvelle fois contracté dès l'ouverture du marché. De nombreux petits porteurs en colère ont investi la bourse en réclamant la révocation des privilèges de négociation et la fin des prises de contrôle inversées. Des flics pimpants ont été dépêchés pour faire place nette. Les lacrymogènes ont rapidement saturé la corbeille mais les intérêts se sont cristallisés provoquant un déficit de visibilité avec en retour une forte volativité des valeurs.
Devant la multiplication des opérations liquidatives, les agences de surveillance ont préconisé une mise sous protection de la justice.Muni d'un ordre brut, le ministre en charge des fondamentaux a décidé de frapper les esprits avec le vote en urgence de la charia économique : des peines pouvant aller jusqu'à cent coups de règle d'or seront infligées aux contribuables dont les actifs resteraient insensibles aux fluctuations de la conjoncture économique.
Les prestataires commissionnés à cet effet ne sauraient être tenus responsable en cas de préjudice direct ou indirect résultant de l’utilisation de ces directives.
Il se trouve que j'étais à Tunis au moment des
élections des délégués de l'Assemblée Nationale Constituante et que, grâce à quelques contacts parmi les acteurs de la révolution, j'ai pu rencontrer des prétendants à la gouvernance du pays mais
aussi et surtout de simples citoyens se retrouvant dans les comités de quartier, groupes de défense, réseaux sociaux... Une parole libérée, foisonnante, entrainant des discussions à bâtons
rompus, le jour, la nuit, échanges fraternels, respectueux et même si le ton devient parfois houleux, survolté, radical, l'espoir est de mise...
Extrait de "La Révolution Tunisienne" (Netdigitalfilm)
Il suffit de prendre le taxi pour mesurer le changement à l'oeuvre. A peine monté à bord, le chauffeur évoque la victoire de la révolution, l'enthousiasme de tout un peuple enfin libre et les doutes qui les assaillent aujourd'hui...
Taxi 1- Aujourd'hui la presse est libre ; avant il n'y en avait que pour Ben Ali et les Trabelsi ; maintenant n'importe quel chien écrasé peut avoir un article dans le journal...
Taxi 2 - La démocratie tout le monde la veut mais la pratique démocratique ne se fait pas à coup de baguette, ça ne s'innocule pas avec une seringue...
Taxi 3 - On a dégagé Ben Ali, maintenant on sait qu'on peut dire non...
Taxi 4 - 90% des Tunisiens sont pour la révolution. Les 10% restants sont des malades, des fous qui crient encore Ben Ali, Ben Ali, Ben Ali... On a pas besoin de s'occuper d'eux, une cartouche c'est bon...
Taxi 5 - Ennahdha va nous délivrer de la misère, la Tunisie va devenir propre, plus de corruption, plus de vagabonds...
Taxi 6 - Ennahdha a gagné d'accord, on respecte le vote du peuple mais la révolution a les yeux ouverts, on ne laissera pas s'installer une autre dictature...
Taxi 7 - Maintenant on a la liberté... la liberté, tu peux pas savoir, on discute, on critique, on vote, on se respecte, c'est la révolution...
Taxi 8 - La France applaudit aujourd'hui la Tunisie et sa révolution des jasmins, la France elle n'a rien compris, les jasmins c'était Ben Ali, notre révolution c'est la révolution de la dignité...
Taxi 9 - On sait
bien que la révolution n'est pas terminée, les rcdéistes vont encore manoeuvrer et les barbus vont défiler...
Taxi 10 - Les Tunisiens sont musulmans et modernes, ils respectent le code de la femme, le droit des personnes, la liberté d'expression et les valeurs de la famille, du Coran...
Taxi 11 - Les islamistes se veulent rassurants mais ils traitent les laïques d'intégristes...
Taxi 12 - Démocratie et religion, c'est pas facile... croisons les doigts !
Dernier Tango
par Corinne Jeanson
Dans les rues noires de la ville
Ivres nous marchons
la lune dans le caniveau
Ivre je pleure dans la pluie
Ivre de toi, de tes mains dans ma peau
Assoiffée à la veine de ton bras.
Là-bas sous le porche noir
Ta langue a tourné
Sur mon visage
Ça ne suffisait pas
Tu as déchiré mes vêtements
Tu m’as retournée
Pour déchirer mon corps
Par ton corps planté.
Mais ta violence
N’a pas calmé l’effroi d’aimer
Dans le silence de tes pleurs
Tu me déchirais encore.
Ivres nous rampons dans les rues
Noires de la ville
Vaincus par le noir désir.
Calipso et les auteurs, textes et photos
Les personnages et les situations évoqués dans la série "Les 100 derniers jours" étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
Parution le 15 octobre 2011
Nouvelles primées au concours 2011
Commande auprès de Calipso 7€
nouvelles primées au concours 2010
commande auprès de Calipso
7€ port compris
Si proche, si lointain
nouvelles primées au concours 2009
commande auprès de Calipso
6€ port compris
nouvelles primées au concours 2008
commande auprès de Calipso
6€ port compris
nouvelles primées au concours 2007
commande auprès de Calipso
6€ port compris
Derniers Commentaires