Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 12:00

transversales.jpg

 

Il habitait un des derniers petits immeubles de la ville, à la périphérie, là où exactement se termine la grande rue. Une pension bon marché appréciée par les gens de peu. Il en avait été le gérant jusqu’à ce que l’âge vienne. Rendu à la seule obligation d’occuper la conciergerie, il ne prenait plus la peine de s’intéresser aux petits soucis des pensionnaires. Perdu dans les pernicieuses rêveries de l’oisiveté, il en oubliait même de les saluer. Au demeurant, la solitude ne lui occasionnait que peu de peine.

Les journées s'écoulaient sans mauvaises grâces, pareilles les unes aux autres. Il les passait allongé sur le canapé de la loge à revisiter des choses du passé. L’observation de la rue était certainement sa seule distraction. Quand ses jambes le lui permettaient, il descendait y faire quelques pas, à l’heure où rien n’est encore ouvert. Un matin, mû par une envie aussi subite que farfelue, il s’était hasardé jusqu’à son bout, jusqu’au coin comme on dit, et avait risqué un œil sur la transversale. Des deux côtés l’endroit était désert. Rien d’autre qu’une enfilade de béton brut et de verre fumé. L’affreuse banalité des villes livrées aux seules affaires l’avait conforté dans son idée que rien ne valait que l’on s’y attarde. Toute cette modernité ne le regardait en rien.

Sauf, peut-être, une silhouette surprise à la dérobée. Il avait feint de ne pas y prêter attention mais il savait que même du côté des ombres rien n’était jamais fortuit. Il s'était surpris à laisser courir ses pensées bien au-delà de ce qu’il s’était fixé comme limite. Ce matin-là, l’atmosphère était lourde et, sur le retour, son cœur l’avait malmené bien plus fort qu’il n’aurait dû. Il était rentré éreinté et trempé de sueur. Malgré la fatigue, il avait délaissé le canapé pour la chaise près de la fenêtre. Un vieux monsieur en complet blanc s'était arrêté devant la loge et l'avait fixé un moment avant de le saluer et continuer son chemin. Il avait souri et s'était laissé aller à partir dans la lune.; la rue réveillait tellement de souvenirs pour le foutu rêveur qu'il était. A la fin du jour, il s'était endormi sur la vision d'un couple uni dans un même souffle clandestin.

Le temps ne dévore pas tout. Les blessures fermentent dans l’oubli. Au matin, les yeux fiévreux, il avait été pris d’une pressante envie d’y retourner. L’idée de surprendre quelque chose qui l’aurait sorti du silence, quelque chose venu d'ailleurs, de très loin peut-être, l’incitait à défier la raison et à franchir le pas. Il se sentait ragaillardi, saisi d'un brin d'euphorie, comme si sa jeunesse lui revenait et qu’il entreprenait à rebours d’aller à la rencontre d’une femme secrètement aimée. Pour la première fois depuis longtemps, sa mémoire le taquinait joyeusement. Il avait tant aimé faire l’imbécile, avant.

Et voilà qu'il riait, frappait du pied, saluait les pensionnaires matinaux en fredonnant un air en vogue.

Il avait fini par se mettre en retard. Le soleil imposait déjà sa dureté. Le travail s'amorçait de toutes parts. Des milliers de pas claquaient sur le bitume. Les gens allaient de l'avant, pressées de gagner leur bout de rue. Aux aguets sous un porche, il sentait bien que c'était idiot. Des bouffées de chaleur lui emplissait la poitrine. Il murmurait quelque chose comme petitite femme, ma jolie petite femme, je suis là, je suis là...

Elle était réapparue sous le coup d'une bienveillance du ciel. Grande et légère, détachée de la foule des inconnus. Noire d'ébène. Il n'avait pas pu résister à l'envie de s'engouffrer dans la foule, de jouer des coudes en criant : Lucienne ! Hé ! Lucienne ! Dans le tumulte environnant, aucune voix gracieuse ne lui avait répondu. Rien qu'un "Pauvre vieux fou" sorti d'une bouche compatissante. Il avait encore appelé, plus faiblement et puis, elle s'en était allée, doucement, dans l'abri de l'anonymat.

Au retour, son pas était plus lent que la veille et il lui avait fallu plusieurs pauses avant d'arriver à la loge. La chaise l'attendait. Le ciel s'était assombri. Penché vers la nuit, il avait croisé le regard frissonnant d'une passante. Le sommeil tardait à venir. L'ivresse du matin était encore vive et son esprit en profitait pour hanter les couloirs de l'enfance et fouiller avidement quelques unes des chambres de la maturité. C'est dans sa propre pension qu'elle avait élu domicile. C'est là qu'un soir, après une mauvaise boisson, elle l'avait invité pour la première fois dans la chambre jaune. C'est dans cette chambre qu'il avait retrouvé un aspect décent. Presque trente ans avaient passé mais au fond de lui il avait encore l'âge de ce temps-là. Les images se bousculaient dans sa tête, les mots se mélangeaient et son coeur battait bien trop vite, mais de cela, il s'en fichait. Il savait comment son coeur flancherait si elle apparaissait brusquement, là, devant la fenêtre de sa loge. Et il en était heureux.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Image In
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 17:00

Refus.jpg

Nous avons reçu au café une lettre qui ne nous est pas destinée. Mais, comme elle était accompagnée d'un petit mot nous priant de faire suivre et qu'elle a le mérite d'etre claire, pertinente et humaine, la voici :

 

Lettre à Monsieur le ministre de l'Intérieur, de l'Outre-Mer, des Collectivités Territoriales et de l'Immigration

 

Monsieur le ministre,

La sous-direction de l'accès à la nationalité française du ministère que vous dirigez vient de signifier à madame S. Boujrada, ma mère, le classement  de son dossier et un refus d'attribution de nationalité. «Vous ne répondez pas aux critères», est-il écrit dans un courrier sans âme que l'on croirait tout droit sorti de l'étude d'un huissier ou d'un notaire.

Ma mère est arrivée en France en 1984. Il y a donc vingt-huit ans, monsieur le ministre, vingt-huit ans ! Arrivée de Casablanca, elle maîtrisait parfaitement le français depuis son plus jeune âge, son père ayant fait le choix de scolariser ses enfants dans des établissements français de la capitale économique marocaine.

Elle connaissait la France et son histoire, avait lu Sartre et Molière, fredonnait Piaf et Jacques Brel, situait Verdun, Valmy et les plages de Normandie, et faisait, elle, la différence entre Zadig et Voltaire ! Son attachement à notre pays n'a cessé de croître. Elle criait aux buts de Zidane le 12 juillet 1998, pleurait la mort de l'abbé Pierre.

Tout en elle vibrait la France. Tout en elle sentait la France, sans que jamais la flamme de son pays d'origine ne s'éteigne vraiment. Vous ne trouverez trace d'elle dans aucun commissariat, pas plus que dans un tribunal. La seule administration qui pourra vous parler d'elle est le Trésor public qui vous confirmera qu'elle s'acquitte de ses impôts chaque année. Je sais, nous savons, qu'il n'en est pas de même pour les nombreux fraudeurs et autres exilés fiscaux qui, effrayés à l'idée de participer à la  solidarité nationale, ont contribué à installer en 2007 le pouvoir que vous incarnez.

La France de ma mère est une France tolérante, quand la vôtre se construit jour après jour sur le rejet de l'autre. Sa France à elle est celle de ces banlieues, dont je suis issu et que votre héros sans allure ni carrure, promettait de passer au Kärcher, puis de redresser grâce à un plan Marshall qui n'aura vu le jour que dans vos intentions. Sa France à elle est celle de l'article 4 de la Constitution du 24 juin 1793 qui précise que «tout homme -  j'y ajoute toute femme - né(e) et domicilié(e) en France, âgé(e) de 21 ans accomplis, tout(e) étranger(e) âgé(e) de 21 ans accomplis, qui, domicilié(e)  en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété,  ou épouse un(e) Français(e), ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard, tout(e) étranger(e) enfin, qui sera jugé(e) par le corps législatif avoir bien mérité de l'humanité, est admis(e) à l'exercice des droits de citoyen français». La vôtre est celle de ces étudiants étrangers et de ces femmes et  hommes que l'on balance dans des avions à destination de pays parfois en guerre.

Vous comprendrez, monsieur le ministre, que nous ayons du mal à accepter cette décision. Sa brutalité est insupportable. Sa légitimité évidemment contestable. Son fondement, de fait, introuvable. Elle n'est pas seulement un crachat envoyé à la figure de ma mère. Elle est une insulte pour des millions d'individus qui, guidés par un sentiment que vous ne pouvez comprendre, ont traversé mers et océans, parfois au péril de leur vie, pour rejoindre notre pays. Ce sentiment se nomme le rêve français. Vous l'avez transformé en cauchemar.

Malgré tout, monsieur le ministre, nous ne formulerons aucun recours contre la décision de votre administration. Nous vous laissons la responsabilité de  l'assumer. Nous vous laissons à vos critères, à votre haine et au déshonneur dans lequel vous plongez toute une nation depuis cinq ans. Nous vous laissons face à votre conscience.

Quand le souffle de la gifle électorale qui se prépare aura balayé vos certitudes, votre arrogance et le système que vous dirigez, ma mère déposera  un nouveau dossier.

Je ne vous salue pas, monsieur le ministre

Amine EL KHATMI, 23 ans, étudiant en droit (master 2), Français

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : calipso expression
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 09:00

celebration-touray.jpg

La célébration en 2012  du 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc sera l’occasion d’un renouveau des discussions sur une personnalité hors du commun inscrite au panthéon individuel de tous les Français.

Son identité fut usurpée par de fausses Jeanne d’Arc, véritables doublures au féminin. JC Touray, dans sa chronique ébauche sur fond de guerre de Cent-ans, la biographie d’un substitut masculin

- Et ça sert à quoi cet exercice ?

- Ben, surtout à rigoler mon brave homme, les occasions sont pas si fréquentes.

 

 

 Chronique authentique de Jean d‘Ac, le héros oublié du Gâtinais.

 

1425. C’est au temps de la guerre de Cent ans. A l’époque, comme on ne sait pas combien d’années elle va encore durer on l’appelle simplement la guerre. L’ennemi est ce « cochon d’Anglois» ou son allié « ce saoulard de Bourguignon ».

Pauvre France, qu’elle est faible. Surtout depuis la fessée déculottée d’Azincourt, dix ans avant, dans ch’nord. La vaillante chevalerie en cuirasse, habituée à corriger la piétaille ennemie au corps à corps, s’est fait flinguer à distance par les archers gallois du roi d’Angleterre. Ils tiraient bien leur coup et faisaient mouche avec leurs longues flèches. Pour te rappeler la date c’est facile. Tu dis « 1515 Marignan » et comme Azincourt  c’est avant, tu trouves 1415… Le roi d’Angleterre en a profité pour piquer la Picardie et normer la Normandie. Ce qui signifie qu’il y a introduit les règles, règlements, lois et prescriptions de son royaume. Paris est devenu un repère de collabos aux mains des Bourguignons et les Anglois en visite y ont prospéré comme les acariens dans un oreiller de plumes

Pauvre France, elle a un roi complètement barjot : Charles Six, alias trois fois deux, connu surtout pour avoir, dans sa vie, longuement joué aux cartes, et une reine qui a le feu dans sa petite culotte : la belle Isabeau de Bavière, plus célèbre sous son alias de « Zabou chaud-devant». Ils sont les parents de Charles le dauphin, le futur monsieur Sept. Mais ils ne l’aiment guère et sa mère, certainement bien renseignée, le qualifie de bâtard. Par un de ces tours de passe-passe qui font les grandes politiques, le futur roi de France, à la mort de Charlie le dingo, sera le roi d’Angleterre. Le dauphin peut aller pleurer dans sa cour.

 

A l’époque des jeunes années de Jean d’Ac, la France libre est réduite à la moitié méridionale du royaume : un Massif Central élargi. La vallée de la Loire, au Nord,  est la mouvante limite avec la zone occupée. Dans la région de Bordeaux, les territoires de Guyenne forment, de longue date, une poche aux mains des grands  Bretons. L’Anglois, se croyant chez lui, y achète de vieilles maisons paysannes pour les retaper. Ce qui fait monter les prix de l’immobilier de manière inconsidérée. Le  British commence à prendre racines et a remplacé le hanap d’eau chaude du « five o’clock », avec sa cuillerée de miel et son nuage de lait  par une pinte de vin rouge, un cabécou et une belle tranche de pain de méteil.

 Dans la France libre, le dauphin-roi Charles sept se prépare à la reconquête. Y penser toujours, n’en parler jamais, comme pour l’Alsace et la Lorraine avant quatorze, tel est le mot d’ordre. Nul ne sait en l’an1425 que l’expulsion des godons est proche, pas même toi, Jean d’Ac, toi le futur libérateur de Beaugency, toi qui du haut de ta blanche haquenée, ou sur le dos de ton noir destrier, va bouter vers le Tchanel pour retour à la case départ, l’ennemi héréditaire anglois.

 

1429. Dans le Gâtinais profond vit en la paroisse de Dorémy-les-deux-églises, un jeune berger âgé de dix-sept ans qui garde les moutons, les chèvres et la monnaie quand on l’a envoyé chercher le pain à la boulangerie. On l’appelle  Jeannot, mais son blaze, son blason est celui de sa famille, les d’Ac : rouge avec des points noirs, façon coccinelle, cette élégante bestiole dont le nom est traditionnellement le second prénom des garçons de la famille. Jeannot, sur les registres paroissiaux, figure sous le nom complet de Jean Coccinelle Tryptophane d’Ac. Il est fils unique de Pierre d’Ac et de Mireille d’Ac. Très petite noblesse vivant dans un manoir délabré.

Jean d’Ac, depuis l’âge de raison, a été élevé dans l’amour de Dieu, du Roi de France et de la galette de Pithiviers. Dès qu’il a su compter, il a suivi une formation en alternance. En matinée, il compte et recompte les brebis, les béliers et les agneaux qu’il garde en filant la laine. Les après-midis sont consacrés à la formation aux arts de la guerre dans la cour du château. Planchet, le fidèle valet de son père, est l’instructeur qui lui enseigne avec un bâton en guise d’épée, coups  de Jarnac et autres ruses du combat rapproché. Bref, depuis l’âge de sept ans, Jeannot est préparé à bouter dehors les envahisseurs. 

 

Un après-midi, l’été de ses dix-sept ans, après avoir honoré la dive bouteille, Jeannot fait la sieste avec sa chienne préférée (…le troupeau se garde tout seul). C’est alors qu’il a une vision. Sainte Michèle et Sainte Georgette, deux archanges du beau sexe, légères et court-vêtues, lui rendent visite avec un message urgent du Tout-Puissant : « Noble puceau, ta destinée sera grandiose et dramatique : tu bouteras vers la sortie l’ennemi Anglois, tu deviendras célèbre mais tu finiras tes jours dans l’oubli. Courage  courage, signé : Dieu.

P.S. Si tu vois le dauphin Charles, dis-lui qu’il est bien le fils de son père ». Les deux saintes se sont un peu attardées, attendant on ne sait quoi, mais en vain. En partant, la Michèle a dit :   « Hou le vilain garnement qui file et ne veut pas nous montrer ses quenouilles…reste couché avec ta chienne ! »

 

Jeannot, flatté par la prophétie, n’a nullement été troublé par ces  apparitions féminines. Les deux saintes ont pourtant pris les traits, les vêtements et les manières de la Blanchette et de la Précieuse, les deux garces au service du client à la taverne du « Chaud Lapin ». Jean d’Ac n’a pas été tenté. Le péché de luxure lui est inconnu. Il avoue pourtant, à confesse, deux ou trois parties hebdomadaires de « Solitaire », sinon le curé du village rajoute d’office à la pénitence trois dizaines de chapelet pour dissimulation. Par contre, Jeannot crache, boit et cherche querelle comme un vrai professionnel des armes. Il est batailleur, il veut la châtaigne avec les Anglois. Voilà que Le Créateur lui apporte son soutien par le truchement de deux archanges… Quand Pierre d’ Ac a connaissance du divin message, une larme coule sur sa face burinée de vieux serviteur de la Couronne de France. Mireille sa mie tricote aussitôt une cotte de mailles pour leur cher enfant. Planchet l’irremplaçable accompagnera Jeannot à Chinon. Et l’impossible se produit. Ayant repéré Charlot le dauphin à son air de faux-cul dans la foule des courtisans, le fidèle valet lui dit que Messire Dieu lui passe le bonjour. Il lui conseille de donner le commandement des troupes à Jeannot. Sitôt dit, sitôt fait. Jean d’Ac, à la tête de l’armée française va gagner Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry pour en découdre avec les Anglois.

 

Pour l’aider dans sa mission de libérateur, Dieu a donné à Jean d’Ac de fidèles compagnons. On a parfois tendance à confondre ces derniers, qui ne sont que trois, avec les mignons d’Henri III, beaucoup plus nombreux. Rien à voir entre ces jeunes gens poudrés qui pratiquent le bilboquet et les robustes soudards qui accompagnent Jeannot à la taverne et s’écrient en levant leur hanap de cervoise : « Tous pour un » quand Jean d’Ac a hurlé : « Un pour tous ».

 

Le vétéran de ces trois compagnons, qui avait déjà vingt-deux ans  bien sonnés, était le maréchal des logis chef Gilles de Rais. On l’appelait « Gueule de raie » dans l’escadrille, ce joyeux drille : il avait leregard fuyant du sélacien. Mais l’alias sous lequel on le connaît aujourd’hui le mieux, c’est Barbe Bleue. Cet élégant nobliau breton teignait en effet sa barbe blonde à l’indigo. Bien plus tard, à force de jouer les Père Noël et de distribuer des bonbons à la sortie des écoles, il se mit à « aimer les enfants », ce qui, exprimé en grec ancien, est un crime. Aussi fut-il successivement écartelé, pendu, roué, décapité, coupé en morceaux et brûlé pour ses forfaits.

Le second compagnon de Jean d’Ac est la Hire alias la Hure, ainsi nommé pour sa tête de cochon. Bourru et bourreau (des cœurs…). De nos jours, La Hire continue une belle carrière de valet de cœur dans les jeux de cartes. La Hure et Gueule de raie ont commandé les troupes qui ont fichu aux Anglois la raclée de Patay. Un cassage de gueule mieux qu’à la récré, une dégelée de juste après les Saints deglace, bref une incitation à déguerpir illico presto.

Le troisième compagnon n’a pas de sobriquet. Il a déjà bien assez de mal à supporter son prénom de Lebâtard, devant son nom d’Orléans-Dunois. Il est de sang royal, cousin du dauphin. C’est le stratège du groupe : il détermine les actions militaires à accomplir. Début mai, suite à la cueillette du muguet, quelle ville faut-il délivrer en priorité ? Orléans ou Beaugency ? Après un de ces coups de pile ou face qui font l’Histoire, c’est Beaugency qui est choisi et libéré le 9 mai. Stupeur des Orléanais qui devront attendre que les godons abandonnent le siège par une nuit sans lune.

Les Anglois en partance, Jean d’Ac s’attend à une récompense : le bâton par exemple. Le bâton de Maréchal de France. Hélas, dès qu’il est couronné, Charles 007  fait preuve d’une grande ingratitude. Il  s’attribue tout le mérite du début du foutage des British à la porte. Il fait enfermer Jeannot en la forteresse de Loches, dans une cage. Le modèle de celle où, plus tard, Labalue deviendra bancroche et bossu. Oublié de tous, la figure couverte d’un masque de fer, Jean d’Ac meurt cinquante ans plus tard en odeur de sainteté. N’ayant bénéficié d’une douche que tous les dix ans, il est inutile de préciser que ce n’était pas l’odeur de  sainte Rose...

En  version alternative, il aurait été brûlé vif à Rouen, mai j’ai du mal à l’imaginer.

Voilà ce qui se conte encore de nos jours en Gâtinais pendant les veillées où l’on pile des amandes pour préparer la frangipane, sans laquelle il n’est pas de galette des rois digne de ce nom.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les grands oubliés
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires
Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 14:01

amende-honorable.jpg

 

En ce jour de célébration des statistiques sur la délinquance, il n'est pas inutile de reprendre cette information diffusée par l'Agence Franc Parler.

Un agent de police d'un pays voisin, s'est infligé à lui-même une amende pour satisfaire aux exigences de sa hiérarchie dans la surveillance de l'ordre public.

Dans une circulaire, le directeur du département de police a imposé à ses agents "une norme d'au moins une amende par jour", avec des conséquences négatives, si elle n'est pas respectée, sur les rémunérations des policiers. "Le propre du travail d'un policier, c'est de surveiller le respect de l'ordre public. Si pendant quelques jours un agent n'inflige aucune amende, nous avons droit de penser qu'il flemmarde", précise la circulaire.

Faute de flagrant délit, l'agent n'a pas voulu être montré du doigt et s'est infligé une contravention de 5€ pour avoir, selon son procès-verbal, marché sur une voie ferrée.

Fort heureusement, il existe des pays où c'est la performance qui prime... quitte à rendre compte de n'importe quoi ! 

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : calipso expression
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 12:00
triple-A-copie-1.jpg

 

Sur l'air de greli-grelot combien j'ai de A dans mon sabot, nous sommes allés à la rencontre des gens du peuple traités de triple buse par les Bons du Trésor.

 

 

Un ahuri : Ah ben ça alors !

Un optimiste : A moins que ...

Un désabusé : A quoi bon !

Un révolté : A bas !

Un fataliste : Advienne que pourra !

Un épidermique : A l'Assassin !

Un flambeur : Au diable l'Avarice !

Un allergique : Atchoum et ratatchoum !

Un alcoolique : A votre santé !

Un sourd : A bon entendeur

Un manifestant : Assez ! Assez ! Y en a assez !

Un magicien : Abracadabra

Un gendarme : Attention !

Un curé : Avé !

Un militaire : A l'attaque !

Un horloger : A la bonne heure !

Un patriote : Allons enfants de la patrie...

Un républicain : A ça ira, ça ira !

Un écrivain : Azertyuiop quoi !

Un enfant : Am stram gram, pic et pic et colégram, bour et bour et ratatam...

 

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : calipso expression
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 13:28

100-en-or.jpg

 

Demain, l'atmosphère sera différente. 

L'idée est de publier chaque jour au café un texte sur les événements réels ou imaginaires qui se dérouleront du 28 janvier 2012 au 6 mai 2012.

La série s'appellera "Les 100 derniers jours".

Les dates ne sont pas choisies au hasard, elles correspondent aux 100 derniers jours avant l'élection présidentielle. Il ne s'agit là que d'un prétexte à laisser courir son imagination, à se promener dans la fiction et à produire des récits aux appartenances multiples.

Des auteurs multi cartes se sont mis à table avec cette envie d'y aller le coeur en émoi et la conscience en alerte, d'apporter de la matière à réflexion et de la substance drolatique, de surprendre les soubresauts de la société et d'entrevoir un nouvel horizon, d'entendre la rumeur citoyenne et de produire une musique qui ne s'oublie pas instantanément, bref de respirer autrement l'air de la campagne.

Ils vous convient à les suivre dans cette entreprise et, comme il vous plaira, de la commenter, l'illustrer, la contester ou d'y prendre part.

Après, on verra.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 13:50

abri-fortune.jpg

 

Un écrivain s'est installé dans une ville portuaire où il exerce à la sauvette le métier de cireur de chaussures.  Il a mis de côté son amour-propre et mène une vie tranquille entre son travail, le bistrot du coin et son foyer. Le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d'Afrique noire qui a réussi à se sortir d'un coup de filet de la police. Au même moment, sa femme tombe gravement malade et doit être hospitalisée...

Aki Kaurismaki écrit des films qui ressemblent à des contes philosophiques. Ses héros sont représentatifs d’une époque et d'une réalité sociale. Dotés de grandes qualités humaines mais plutôt démunis sur le plan matériel, ils sont confrontés à des êtres et à un pouvoir qui menacent leur équilibre, voire leur existence.  

Avec la mondialisation, l'étranger est devenu l'incarnation de la misère du monde. C'est un agent double, serviteur et profiteur, pourvoyeur de plus value et de malheur, mais c'est aussi un intrus qui a l'outrecuidance de vouloir circuler sans respecter les règles de l'échange et de se présenter là où il n'est pas attendu. Il vient d'un ailleurs qui n'a de réalité que marchande et ne peut donc avoir d'existence propre.

Hors de son pays d'origine, Aki Kaurismaki est un étranger. En réalisant un film en France, il pose la question de l'accueil et de l'ouverture à l'autre, mais pas seulement, c'est aussi une façon d'explorer sa propre relation au monde. C'est dans un port, lieu de transit par excellence, que les malmenés de l'histoire trouvent refuge, un port au nom prédestiné : Le Havre.

Le propos général est certes engagé mais le réalisateur n'emprunte pas le discours simpliste de la dénonciation pas plus que la voie cinglante du ressentiment. Il nous fait le cadeau d'éviter  les images sombres et violentes, les dialogues pervertis par un angélisme salvateur ou une indignation de circonstance. La séparation, le rejet, le mépris sont  abordés avec une belle acuité et beaucoup de sensibilité. L'amour, l'amitié, la solidarité s'y affirment en toute simplicité et avec un penchant tout à fait réjouissant pour la poésie. La vérité n'est pas le but. La morale encore moins. Il éprouve simplement la nécessité de montrer que le monde qui s'expose et s'impose à notre regard n'est pas vraiment admirable et que bien souvent, il est franchement détestable. Si nous voulons essayer d'en modifier la nature mortifère, nous dit-il en substance, il est peut-être souhaitable de ne pas seulement entendre les larmes et les cris d'alarme comme des signes de souffrances mais également comme des occasions de faire autrement avec l'autre, de réagir différemment dans l'adversité. C'est l'un des enjeux vitaux de notre époque.  

 

Le Havre, un film d'Aki Kaurismaki, actuellement au cinéma.

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : chroniques littéraires
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Samedi 7 janvier 2012 6 07 /01 /Jan /2012 15:00

muet.jpg

 

2012, la campagne électorale bat son plein. Pour ne pas se laisser déborder par l'exaltation, voire sombrer dans l'extase, nous vous rappelons les conseils de bon sens prodigués par le Bureau des Illusions Perdues ; ils vous permettront de rester normal en toutes circonstances et de continuer à profiter de la vie en tout bien tout honneur.

 

Restez droit, ne prêtez pas le flanc la critique

Détournez-vous des gens qui jettent le trouble dans les esprits

Soyez vigilants, n'écoutez que les voix de la raison

Sachez vivre en bonne intelligence en gardant vos réflexions pour vous

Pour votre sécurité, n'entretenez pas d'arrière-pensées

Ne prenez langue qu'avec vous-même

Pour la tranquilité de tous, ne laissez pas vos rêves sans surveillance

 

Et n'oubliez pas que :

Il est formellement interdit de s'afficher en public sans un visa des autorités

Les opinions répandues sans déclaration préalable sont passibles de poursuites.

Les idées lancées en l'air sont soumises à une surtaxe environnementale.  

Toute personne surprise à creuser une idée sur la voie publique peut être mise au trou sur-le-champ.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : calipso expression
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 16:30

Vent-printanier.jpg

 

« L’oubli est un monstre stupide qui a dévoré trop de générations. Echappez à l’oubli, vous tous qui avez autre chose en l’esprit que la notion bornée du présent isolé.

Ecrivez votre histoire, vous tous qui avez compris votre vie et sondé votre cœur. »

Adresse de George Sand au gens du peuple en 1855.

 

 

Emile-Herlic.jpg

 

"Vent printanier" était le nom de code de la rafle du Vel'd'hiv. Le haut fonctionnaire qui inventa cette appellation fut félicité par René Bousquet, chef de la Police du gouvernement de Vichy. Les autorités françaises furent chargées de l'opération, en accord avec la Gestapo.

J'avais un camarade, le meilleur, le plus drôle, le plus fidèle. Un strabisme accentué lui avait valu le sobriquet de Biglouche. Dès le début de l'Occupation, il collectait des informations précieuses pour la résistance. Arrêté et déporté à l'âge de quinze ans, il partit pour Auschwitz par le convoi N°35 et disparut à jamais.

Son nom est gravé sur le mur du Mémorial de la Shoah et son portrait figure dans une crypte des enfants déportés. Je l'y ai retrouvé, après soixante ans de silence et de séparation, et un dialogue muet s'est instauré entre nous.

 

C'est de la traversée du vingtième siècle par un homme qui a échappé aux persécutions nazies dont il est question dans ce récit. Un siècle vécu dans le bruit et la fureur des guerres et des exodes, une histoire faite de résistances, d’engagements et de sacrifices, de combats aux côtés d’hommes et de femmes qui ont inlassablement cherché à comprendre, à partager, à bâtir un monde qui respecte la vie, un monde fait de solidarités où chacun pourrait entendre la parole de l’autre et participer à cet enjeu majeur pour l’humanité : savoir vivre ensemble.

 

Ce livre nous donne l'occasion de rencontrer à la fois des héros anonymes et quelques hommes illustres, de ces personnages qui font l'Histoire et  inscrivent l'Homme dans une dynamique de création et de transformation des rapports sociaux.

 

Vent printanier, récit d'Emile Herlic aux éditions l'Harmattan, 176 pages, 17€

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : chroniques littéraires
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 14:50

Pour-christian.jpg

 

Bientôt 2012 et ses joies : climat et élections vont se bousculer au portillon et "on" va faire des miracles avec tout cela. Comme dirait l’autre AAA ou Ah Ah Ah ?

Christian Congiu, Nouvelle Donne

 

  

"Ils sont marrants les êtres..., écrivait Jacques Prévert, il ya ceux qui tombent bien et il y a ceux qui tombent mal. A celui qui tombe bien, on dit : "Vous tombez bien..." A celui qui tombe mal, personne ne lui dit rien".

 

Les écrivains sont ainsi. Certains tombent bien et on le leur dit. Ils ont des critiques dans les journaux, ils font une télé et une quarantaine de radio. Parfois ils ont un prix et cela tombe bien.

Et puis, il y a ceux qui tombent mal, ou plutôt qui ne tombent ni sous le sens ni sous les yeux.

Là, on reste muet comme une tombe. On ne leur renvoie pas leur manuscrit, on ne leur dit rien. Ils sont malheureux parce qu'ils ne peuvent même pas dire qu'ils sont mal tombés. A qui le dire, d'ailleurs ?

Parfois, ils tombent bien à leur tour et ne comprennent pas davantage pourquoi, soudain, on leur dit : "Vous tombez bien !". Mais, comme cela tombe bien, ils ne disent rien et ils prennent le succès comme il vient.

Dans cet univers fantasmatique des lettres, où rien n'a de sens sinon celui du vent de l'Histoire qui tourne, l'illusion va bon train. Le mérite est grand alors, de ne tomber ni dans le cynisme, ni dans la paranoïa, ni dans la veulerie commerciale. Peu résistent à ce laminage du non-sens et de l'opportunisme. Mais alors, nous rencontrons de vrais personnages.

Extrait de l'édito de Christian Congiu pour Nouvelle Donne N°8 de janvier 1996

 

C'était mon premier numéro de la revue. J'y étais resté fidèle jusqu'au dernier en février 2004. Nouvelle Donne continuait cependant à exister à travers l'association et ses talentueux animateurs. De nombreux projets devraient voir le jour en 2012 même s'il nous faut hélas dire au revoir à Christian.

 

 

Un homme âgé de 57 ans, originaire des Alpes-Maritimes, est décédé ce matin, dans un accident de la route à Saint-Paul-en-Forêt. Christian Congiu a perdu le contrôle de sa puissante Yamaha, vers 11 heures, en négociant un virage sur la RD56. Dans son embardée, le pilote, qui est mort sur le coup, a heurté de plein fouet un arbre, au lieu-dit Château Grime.

Var Matin, 27 décembre 2011

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : chroniques littéraires
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires

Copyright

Calipso et les auteurs, textes et photos

Avertissement

Les personnages et les situations évoqués dans la série "Les 100 derniers jours" étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. 

Blog note

Sortir du bois
Concours de nouvelles Calipso 2012
Sortir du bois

Derniers Commentaires

A l'affiche

Parution le 15 octobre 2011

couv fetes2-copie-1

Nouvelles primées au concours 2011

Commande auprès de Calipso 7€ 

 couv entre chien loup image

nouvelles primées au concours 2010

commande auprès de Calipso

7€ port compris

couverture proche lointain2

Si proche, si lointain

nouvelles primées au concours 2009

commande auprès de Calipso

6€ port compris

Passages-rebelles-livre.jpg

nouvelles primées au concours 2008

commande auprès de Calipso

6€ port compris

Carte-concours-2007.jpgnouvelles primées au concours 2007

commande auprès de Calipso

6€ port compris 

Détective

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés