La célébration en 2012 du 600ème anniversaire
de la naissance de Jeanne d’Arc sera l’occasion d’un renouveau des discussions sur une personnalité hors du commun inscrite au panthéon individuel de tous les Français.
Son identité fut usurpée par de fausses Jeanne d’Arc, véritables doublures au féminin.
JC Touray, dans sa chronique ébauche sur fond de guerre de Cent-ans, la biographie d’un substitut masculin
- Et ça sert à quoi cet exercice ?
- Ben, surtout à rigoler mon brave homme, les occasions sont pas si fréquentes.
Chronique authentique de Jean d‘Ac,
le héros oublié du Gâtinais.
1425. C’est au temps de la guerre de Cent ans. A l’époque, comme on ne sait pas combien d’années elle va
encore durer on l’appelle simplement la guerre. L’ennemi est ce « cochon d’Anglois» ou son allié « ce saoulard de Bourguignon ».
Pauvre France, qu’elle est faible. Surtout depuis la fessée déculottée d’Azincourt, dix ans avant, dans
ch’nord. La vaillante chevalerie en cuirasse, habituée à corriger la piétaille ennemie au corps à corps, s’est fait flinguer à distance par les archers gallois du roi d’Angleterre. Ils tiraient
bien leur coup et faisaient mouche avec leurs longues flèches. Pour te rappeler la date c’est facile. Tu dis « 1515 Marignan » et comme Azincourt c’est avant, tu trouves 1415… Le
roi d’Angleterre en a profité pour piquer la Picardie et normer la Normandie. Ce qui signifie qu’il y a introduit les règles, règlements, lois et prescriptions de son royaume. Paris est devenu un
repère de collabos aux mains des Bourguignons et les Anglois en visite y ont prospéré comme les acariens dans un oreiller de plumes
Pauvre France, elle a un roi complètement barjot : Charles Six, alias trois fois deux, connu
surtout pour avoir, dans sa vie, longuement joué aux cartes, et une reine qui a le feu dans sa petite culotte : la belle Isabeau de Bavière, plus célèbre sous son alias de « Zabou
chaud-devant». Ils sont les parents de Charles le dauphin, le futur monsieur Sept. Mais ils ne l’aiment guère et sa mère, certainement bien renseignée, le qualifie de bâtard. Par un de ces tours
de passe-passe qui font les grandes politiques, le futur roi de France, à la mort de Charlie le dingo, sera le roi d’Angleterre. Le dauphin peut aller pleurer dans sa cour.
A l’époque des jeunes années de Jean d’Ac, la France libre est réduite à la moitié méridionale du
royaume : un Massif Central élargi. La vallée de la Loire, au Nord, est la mouvante limite avec la zone occupée. Dans la région de Bordeaux, les territoires de Guyenne forment, de
longue date, une poche aux mains des grands Bretons. L’Anglois, se croyant chez lui, y achète de vieilles maisons paysannes pour les retaper. Ce qui
fait monter les prix de l’immobilier de manière inconsidérée. Le British commence à prendre racines et a remplacé le hanap d’eau chaude du
« five o’clock », avec sa cuillerée de miel et son nuage de lait par une pinte de vin rouge, un cabécou et une belle tranche de pain
de méteil.
Dans la France libre, le dauphin-roi Charles sept se prépare à la reconquête. Y penser
toujours, n’en parler jamais, comme pour l’Alsace et la Lorraine avant quatorze, tel est le mot d’ordre. Nul ne sait en l’an1425 que l’expulsion des godons est proche, pas même toi, Jean d’Ac,
toi le futur libérateur de Beaugency, toi qui du haut de ta blanche haquenée, ou sur le dos de ton noir destrier, va bouter vers le Tchanel pour retour à la case départ, l’ennemi héréditaire
anglois.
1429. Dans le Gâtinais profond vit en la paroisse de Dorémy-les-deux-églises, un jeune berger âgé de
dix-sept ans qui garde les moutons, les chèvres et la monnaie quand on l’a envoyé chercher le pain à la boulangerie. On l’appelle Jeannot, mais son blaze, son blason est celui de sa
famille, les d’Ac : rouge avec des points noirs, façon coccinelle, cette élégante bestiole dont le nom est traditionnellement le second prénom des garçons de la famille. Jeannot, sur les
registres paroissiaux, figure sous le nom complet de Jean Coccinelle Tryptophane d’Ac. Il est fils unique de Pierre d’Ac et de Mireille d’Ac. Très petite noblesse vivant dans un manoir
délabré.
Jean d’Ac, depuis l’âge de raison, a été élevé dans l’amour de Dieu, du Roi de France et de la galette
de Pithiviers. Dès qu’il a su compter, il a suivi une formation en alternance. En matinée, il compte et recompte les brebis, les béliers et les agneaux qu’il garde en filant la laine. Les
après-midis sont consacrés à la formation aux arts de la guerre dans la cour du château. Planchet, le fidèle valet de son père, est l’instructeur qui lui enseigne avec un bâton en guise d’épée,
coups de Jarnac et autres ruses du combat rapproché. Bref, depuis l’âge de sept ans, Jeannot est préparé à bouter dehors les
envahisseurs.
Un après-midi, l’été de ses dix-sept ans, après avoir honoré la dive bouteille, Jeannot fait la sieste
avec sa chienne préférée (…le troupeau se garde tout seul). C’est alors qu’il a une vision. Sainte Michèle et Sainte Georgette, deux archanges du beau sexe, légères et court-vêtues, lui rendent
visite avec un message urgent du Tout-Puissant : « Noble puceau, ta destinée sera grandiose et dramatique : tu bouteras vers la sortie l’ennemi Anglois, tu deviendras célèbre mais
tu finiras tes jours dans l’oubli. Courage courage, signé : Dieu.
P.S. Si tu vois le dauphin Charles, dis-lui qu’il est bien le fils de son père ». Les deux
saintes se sont un peu attardées, attendant on ne sait quoi, mais en vain. En partant, la Michèle a dit : « Hou le vilain garnement qui file et ne veut pas nous montrer ses
quenouilles…reste couché avec ta chienne ! »
Jeannot, flatté par la prophétie, n’a nullement été troublé par ces apparitions féminines. Les
deux saintes ont pourtant pris les traits, les vêtements et les manières de la Blanchette et de la Précieuse, les deux garces au service du client à la taverne du « Chaud Lapin ». Jean
d’Ac n’a pas été tenté. Le péché de luxure lui est inconnu. Il avoue pourtant, à confesse, deux ou trois parties hebdomadaires de « Solitaire », sinon le curé du village rajoute
d’office à la pénitence trois dizaines de chapelet pour dissimulation. Par contre, Jeannot crache, boit et cherche querelle comme un vrai professionnel des armes. Il est batailleur, il veut la
châtaigne avec les Anglois. Voilà que Le Créateur lui apporte son soutien par le truchement de deux archanges… Quand Pierre d’ Ac a connaissance du divin message, une larme coule sur sa face
burinée de vieux serviteur de la Couronne de France. Mireille sa mie tricote aussitôt une cotte de mailles pour leur cher enfant. Planchet l’irremplaçable accompagnera Jeannot à Chinon. Et
l’impossible se produit. Ayant repéré Charlot le dauphin à son air de faux-cul dans la foule des courtisans, le fidèle valet lui dit que Messire Dieu lui passe le bonjour. Il lui conseille de
donner le commandement des troupes à Jeannot. Sitôt dit, sitôt fait. Jean d’Ac, à la tête de l’armée française va gagner Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry pour en découdre avec les
Anglois.
Pour l’aider dans sa mission de libérateur, Dieu a donné à Jean d’Ac de fidèles compagnons. On a parfois
tendance à confondre ces derniers, qui ne sont que trois, avec les mignons d’Henri III, beaucoup plus nombreux. Rien à voir entre ces
jeunes gens poudrés qui pratiquent le bilboquet et les robustes soudards qui accompagnent Jeannot à la taverne et s’écrient en levant leur hanap de cervoise : « Tous pour un »
quand Jean d’Ac a hurlé : « Un pour tous ».
Le
vétéran de ces trois compagnons, qui avait déjà vingt-deux ans bien sonnés, était le maréchal des logis chef Gilles de Rais. On l’appelait
« Gueule de raie » dans l’escadrille, ce joyeux drille : il avait leregard fuyant du
sélacien. Mais l’alias sous lequel on le connaît aujourd’hui le mieux, c’est Barbe Bleue. Cet élégant nobliau breton teignait en effet sa barbe blonde à l’indigo. Bien plus tard, à force de jouer
les Père Noël et de distribuer des bonbons à la sortie des écoles, il se mit à « aimer les enfants », ce qui, exprimé en grec ancien, est un crime. Aussi fut-il successivement
écartelé, pendu, roué, décapité, coupé
en morceaux et brûlé pour ses forfaits.
Le second compagnon de Jean d’Ac est la Hire alias la Hure, ainsi nommé pour sa tête de cochon. Bourru et bourreau (des cœurs…). De nos jours, La Hire continue une belle carrière de valet de cœur
dans les jeux de cartes. La Hure et Gueule de raie ont commandé les troupes qui ont fichu aux Anglois la raclée de Patay. Un cassage de gueule mieux qu’à la récré, une dégelée de juste après les
Saints deglace, bref une
incitation à déguerpir illico presto.
Le troisième
compagnon n’a pas de sobriquet. Il a déjà bien assez de mal à supporter son prénom de Lebâtard, devant son nom d’Orléans-Dunois. Il est de sang royal, cousin du dauphin. C’est le stratège du
groupe : il détermine les actions militaires à accomplir. Début mai, suite à la cueillette du muguet, quelle ville faut-il délivrer en priorité ? Orléans ou Beaugency ? Après un de
ces coups de pile ou face qui font l’Histoire, c’est Beaugency qui est choisi et libéré le 9 mai. Stupeur des Orléanais qui devront attendre que les
godons abandonnent le siège par une nuit sans lune.
Les Anglois en
partance, Jean d’Ac s’attend à une récompense : le bâton par exemple. Le bâton de Maréchal de France. Hélas, dès qu’il est couronné, Charles 007 fait preuve d’une grande ingratitude.
Il s’attribue tout le mérite du début du foutage des British à la porte. Il fait enfermer Jeannot en la forteresse de Loches, dans une cage. Le
modèle de celle où, plus tard, Labalue deviendra bancroche et bossu. Oublié de tous, la figure couverte d’un masque de fer, Jean d’Ac meurt cinquante ans plus tard en odeur de sainteté. N’ayant
bénéficié d’une douche que tous les dix ans, il est inutile de préciser que ce n’était pas
l’odeur de sainte Rose...
En version alternative, il aurait été brûlé vif à Rouen, mai j’ai du mal à l’imaginer.
Voilà ce qui se conte encore de nos jours en Gâtinais pendant les veillées où l’on pile des amandes pour préparer la frangipane, sans laquelle il n’est pas de galette des rois digne de ce
nom.
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