Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 08:00

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Les Anciens Arrogants Anonymes

Corinne Jeanson

 

 

- Bonjour, je m'appelle Eliane.

- Bonjour Eliane. Je te rappelle les règles de notre contrat : tu as cent jours pour prendre des résolutions qui vont changer ton comportement dans la vie. Qu'as-tu décidé cette semaine ?

- J'ai acheté une île en Grèce pour y installer un camp de Roms.

- Oui, très bien Eliane, c'est un beau début.

- Et toi, Lucas ? Quelle a été ta nouvelle résolution ?

- J'ai renoncé à passer ma retraite à Marrakech. J'ai décidé de louer une maison dans le Limousin. La vie n'y est pas chère, et je reste dans mon pays.

- Bravo, je vois que nos conseils portent leurs fruits.

- Et toi Martha ? Tu nous avais dit ne plus vouloir être considérée comme une cougar.

- Je suis tombée amoureuse d'un petit garçon de trois ans... j'ai enfin découvert l'amour désintéressé. Désormais, je le garde après l'école, pour aider sa maman qui l'élève seule.

- Marlène ?

- J'ai accepté que le papa de mon fils le voit un week end sur deux. J'ai arrêté de penser qu'il était un mauvais père.

- Et toi Dom ?

- J'ai opté pour le bois. J’ai été rattrapé par trois inconnus qui m’ont...

- Hum... je rappelle à tous que Dom était un mâle dominant, plutôt harceleur. C'est un peu radical ta résolution, mais bon. Et toi Nikos ?

- Je veux d'abord remercier Marlène, elle m'a redonné ma dignité de père.

- C'est bien Nikos.

- Attends, je n'ai pas fini. Cette semaine, j'ai vendu mon île en Grèce. Y a pas d'eau, difficile d'y vivre à l'année. J'ai aussi réussi à trouver un locataire pour mon neveu qui habite dans le Limousin. Sa bicoque ne trouvait pas preneur. Enfin, j'ai embauché ma voisine pour tenir mon hôtel du 18e, ça complique ses horaires de travail, mais je lui ai trouvé une retraitée pour garder son fils. Ah oui Dom, je voulais te dire, le troisième inconnu, c'était moi.
- Oui, hum, Nikos, là, tu as fait du zèle.

- Ben, cent jours, c'est court pour être accepté par le club des AAA.

- Nikos, je ne suis pas certain que tu ais bien compris les règles de notre contrat.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 08:00

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100 choses à faire ou à défaire pendant une campagne électorale

Mes résolutions et autres fantaisies du dimanche

par Franck Garot 

 

15.       comparer la couleur de la droite brune avec celle de l'étron qui flotte dans la cuvette des toilettes

16.       constater, incrédule, le résultat : même odeur !

17.       travailler plus pendant un mois pour gagner plus

18.       se rendre compte qu'au final on dort juste moins

19.       réaliser qu'on est payé au forfait jour

20.       emprunter La Conquête à la médiathèque

21.       se demander si faire un gosse ça rapporte plus de voix que de retarder un divorce

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 08:00

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Demain, Québec

Jean Gualbert

 

 

Demain ! C’est décidé, demain, je pars. Définitivement, j’abandonne tout, je quitte cette ville, ce pays, et je vais m’installer au Québec. Je ne supporte plus la grisaille permanente, la morosité ambiante, ni surtout ces vaines querelles politiciennes qui ne vont aller qu’en s’accentuant. J’ai besoin d’un ailleurs, de changement, de perspectives plus brillantes, plus enthousiasmantes. Je veux respirer, vivre ! Tout cela, c’est outre-Atlantique que je le trouverai.

Ah, le Québec, qu’est-ce que j’ai pu en rêver !

De ses espaces, infinis, libres, sauvages ; de sa lumière et de ses couleurs, en automne, bien sûr, mais aussi au printemps, quand le gris, le froid, la neige laissent la place à la douceur du renouveau ; de la musique des feuilles, de ses milliards de feuilles, bercées par un vent tiède de soir d’été ; de son odeur, de sève d’érable et de saumon fraîchement fumé ; de son dynamisme, des possibilités qu’il offre à qui ose entreprendre, à qui accepte de prendre des risques pour avancer ; de sa liberté, surtout, sans frontières, sans limites, absolue.

 

Sitôt sur place, je pars en vacances. Trois ou quatre semaines, je ne sais pas encore. Je les veux longues, il y a si longtemps que je n’en ai plus prises !

J’ai repéré sur Internet une petite pourvoirie, au cœur de la Vérendrye. Quel bon temps je vais m’y payer : des excursions interminables, à pied, le long de vagues sentes à peine tracées par les ours ou les wapitis ;  de longues balades en canoë, sur ces lacs aux contours sans cesse renouvelés ; et puis des séances de pêche exaltantes, où truites et brochets se précipiteront sur mes leurres avant que je ne les déguste, tout juste sortis de l’eau. Peut-être bien que pour couronner le tout, je m’offrirai aussi une partie de chasse, à l’orignal.

Déjà, je les vis, ces longues sorties, sans but, sans horaires. Je respire la puissance des couleurs, elles seront à leur apogée en cette fin septembre. Je me nourris de la force des arbres, de la majesté de la nature, de cette vie qui va me remplir jusqu’à en éclater. Je m’imbibe de paix, de calme, de la douceur du feu de bois, dans ma cabane, à l’heure où les loups se mettent en route pour leurs traques. Me retrouver seul, enfin, ne plus croiser personne pendant des jours et des jours, sauf peut-être quelque trappeur sur la piste des castors et des pékans, ou un Indien, plus épris encore de solitude que moi, quel bonheur, quel luxe inespéré ce sera !

 

Plus tard, quand je me serai retrouvé, quand cette appréhension face à mes semblables m’aura enfin quitté, je reviendrai en ville, à Montréal ou à Québec, je ne sais pas encore. Ou alors, probablement, dans une bourgade plus petite, Trois-Rivières ou Tadoussac. Je suis dur à l’ouvrage, je trouverai bien quelque chose, peu importe quoi. Je peux être maçon, cuisinier, secrétaire… J’ai des projets plein la tête : il ne sera pas dit que je ne réussirai pas à lancer ma petite entreprise, après toutes ces années passées sans que rien ne puisse progresser, jamais.

Je m’imagine aussi flânant sans but particulier, un dimanche d’avril ou de mai. L’air sera doux, presque tiède, mais pas trop lourd. Les berges du Saint-Laurent résonneront de rires d’enfants, du tintement des sonnettes de vélos, de chants d’oiseaux. Dans les parcs, les gens seront détendus, aimables, prompts à la conversation. Je pourrai partager tantôt un mot, tantôt un sourire, sans arrière-pensée, sans calcul.

Il y aura les senteurs, le parfum de la terre, presque métallique, celui du vent, chargé d’effluves marins, celui du fleuve, lourd et minéral. Et puis toutes ces bonnes odeurs, et les saveurs qui les accompagnent et que j’ai presque oubliées : les saucisses, sur le braisier ; la bière qui mousse en remplissant le verre ; le chocolat versé à profusion sur une gaufre chaude. Ma préférée, c’est la poutine, grasse à souhait, dégoulinante de sauce et de fromage fondu.

 

Et puis, forcément, il y aura les Québécoises.

Toutes sortes de Québécoises, toutes plus jolies les unes que les autres. Des grandes, des minces, des petites grosses aussi. Des brunes, des blondes, avec des seins ronds ou pointus, des fesses charnues, des ventres accueillants. Des rieuses et des boudeuses, des mutines, et d’autres, plus difficiles à conquérir. Seront-elles différentes des filles de chez nous ? Je n’en ai pas la moindre idée… D’ailleurs, pour ce que j’en ai connu, des femmes de par ici, je serais bien en peine de faire la comparaison.

Un jour, j’en ai la certitude, je trouverai la femme, ma Québécoise, ma Blonde. Sans nul doute, elle sera différente des autres, elle brillera d’un éclat particulier qui n’appartiendra qu’à elle, et qu’elle n’offrira qu’à moi. Comment je la rencontrerai, pourquoi elle me remarquera, quelle sera cette lumière unique qui illuminera son âme, je ne le sais pas encore, et cela n’a aucune importance.

Mais elle sera mienne, comme je serai à elle, elle sera moi et je serai elle. Ensemble nous avancerons, pour ce qui nous restera de jours, de plaisirs, de peines.

Alors seulement je saurai que j’ai atteint mon but, que je suis arrivé au terme de ma quête, que je me suis réalisé.

 

***

Tout est calme, ce n’est pas ce soir que j’aurai des problèmes.

Les détenus sont allongés sur leur paillasse, ou assis près de la table minuscule, résignés. Je les plains, à quatre, dans une cellule prévue pour deux. Que peut-il leur rester d’espoir, de rêves, usés par tant d’années passées derrière ces barreaux ?

Comme d’habitude, Rémy regarde le vide. Drôle de bonhomme ! « Tintin » l’appellent les autres ! À cause de ses cheveux blonds, de son aspect chétif, sans doute. Il faut dire qu’avec ses cinquante kilos, il n’en reste plus grand chose…

Cela fait juste deux semaines que je l’ai retrouvé, presque mort, après sa dernière crise. Depuis, les antidouleurs lui permettent à peine de tenir. « Trois mois » a dit le Docteur, « quatre ou cinq au maximum, s’il suit bien son traitement. Mais peut-être moins que cela… ». Saloperie de maladie, qui vous ronge un bonhomme de l’intérieur, jusqu’à ce qu’il n’en reste rien !

 

***

La lumière s’est éteinte, le maton continue sa tournée. Un brave type, un des seuls qui nous montrent un peu d’humanité !

Enfin, le silence, le vide…

Demain, je pars, au Québec. Et puis, après-demain, en Inde, la semaine prochaine, au Cameroun, plus tard, au Brésil… Ah, le Brésil, son carnaval, son soleil, sa joie de vivre. Sa liberté, surtout !

 

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 08:00

Jour -87

 

Un chanteur sans vergogne… et sans voix a plagié le célèbre succès de Marie-Paule Belle : Je ne suis pas Parisienne

 

Candidat. Pas candidat ?

Danielle Akakpo

 

 

 

Lorsque je suis arrivé en l’an 2007

J’avais farci de promesses toutes vos  têtes

Non je ne buvais pas, je ne me droguais pas

Et je n’avais aucun scrupule

À vous monter l’bourrichon, bande de nuls !

 

Je ne suis qu’un grand menteur

J’ai pas peur j’ai pas peur

J’pratiqu’ l’art du boniment

J’suis content, j’suis content

J’ai tout foiré, tout loupé

J’en suis pas désolé

J’avais promis du travail

Les entreprises se taillent

Je ne suis qu’un grand hâbleur

En tout lieu et à toute heure

Liberté égalité

C’est pas ma tasse de thé

J’ai fait payer les petits

Ménagé les nantis

Je ne suis pas solidaire

La misère ça m’indiffère.

Ça m’indiffère ça m’indiffère

 

Cela va faire plusieurs mois que j’vous bourre le mou

Que je fais mon tour de France, que je file doux

Je ne bois toujours pas, je ne me drogue pas

Et ne me sens pas honteux

De vous ressortir tous mes plans foireux.

 

Je ne suis pas candidat

Candidat, candidat

Non, non pas pour le moment

On verra en son temps !

Je vous ressers mes bobards

Je me marre je me marre

Pour réussir mes desseins

Je m’en vais serrer des mains

J’fais mon show à la télé

La télé, la télé

Les étrangers, j’les aim’pas

Et même pas les Hongrois

N’empêche que l’Elysée

Ça m’ fait toujours rêver

Et ma chère épouse itou

Elle aussi y a pris goût

Y a pris goût y a pris goût

 

Ben oui, j’y pens’ le matin tout en me rasant

J’me dis qu’ces premiers cinq ans sont encourageants

Puisque j’ai tenu le coup et vous ai grugés

Et ai le goût du pouvoir

Sur le trône je ferais tout pour m’rasseoir.

 

Oui je serai candidat

Candidat, candidat

J’ai l’obsession de l’argent

C’est super motivant !

Je recommence mes promesses

Ma grand-messe, ma grand-messe

L’Europ’j’feins de gouverner

Sur mes talonnettes’perché

Je courtis’la grosse Angie

Stratégie stratégie

J’encens’ le modèle teuton

Il est bon, superbon

J e réfrène mes colères

Faut le faire, faut le faire

Je suis devenu posé

C’est pour mieux vous entuber.

Oui je serai candidat

Candidat candidat

Je vous sors de ma sacoche

Des mesures nouvelle fantoches

Ma chanteuse m’aiguillonne

Me sermonne me sermonne

Si ces élections je rate

Elle se ca se carapate !

Si ces élections je rate

Elle se ca se carapate !

Alors j’vais me démener

Pour battre le Hollandais

Hollandais, Hollandais Hollandais!

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 08:00

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Faillite

Jean Calbrix

 

Ce matin-là, je me suis réveillé d’excellente humeur. Il fallait que je téléphone à mon ami Socrate, car dans le courant de la nuit, je me suis mis à penser que quelque chose clochait dans sa maïeutique. J’ai saisi mon téléphone, rigolant d’avance de pouvoir lui river son clou. Hélas, une voix féminine, légèrement nasillarde,  me répondit qu’il n’y avait plus d’abonné au numéro demandé et qu’il me fallait consulter le dictionnaire, ou une agence de notation. Comme je n’avais pas d’agence sous la main, je saisis le Larousse en vingt tomes et le compulsait fébrilement. Quelle ne fut ma surprise de constater que le nom de mon ami n’y figurait plus. Intrigué au plus haut point, je saisis le premier atlas à ma portée et le compulsait à son tour. Et là, je vis estomaqué que la Grèce avait disparu de la carte de l’Europe. Ah les malheureux, ils n’avaient suivi les directives des banques, ils n’avaient même pas voulu qu’on les aide. Ce qui devait arriver, venait d’arriver : la faillite, et sa sanction : la disparition. La mer Méditerranée avait tout recouvert sans laisser dépasser un petit bout d’Olympe. La plus heureuse dans l’histoire, c’était la Macédoine qui se voyait désormais nantie de belles plages propres à développer un tourisme cinq étoiles.

Le lendemain, oublieux de ce qui s’était passé la veille, je voulus téléphoner à mon ami Pline. Une voix me demanda : l’ancien ou le jeune ? Je répondis que cela m’était indifférent. J’entendis une voix métallique me dire que l’ancien était mort et que le jeune n’était pas encore né. De mon propre chef, je consultai le Larousse. Aucun Pline, vieux ou jeunot, gâteux ou perdant ses dents de lait n’avait son nom dans le docte ouvrage. L’atlas me fit découvrir l’atroce réalité, l’Italie était, elle aussi, rayée de la carte. Un crash boursier l’avait balayée. Elle ne pourrait plus donner de coups de botte au cul à la Sicile. La Méditerranée venait flirter avec les bords de la Suisse, mécontente de perdre son superbe isolement, et ceux de l’Autriche, ravie de rompre le sien. Beaucoup pleurèrent la disparition de Mussolini, de Berlusconi et des spaghettis. Mais pour ces derniers, j’étais d’accord. Je les adore à la Bolognaise.

Le surlendemain, oublieux de ce qui s’était passé la veille et l’avant veille, je voulus téléphoner à mon ami Cervantès pour lui faire remarquer que si son don Quichotte voulait aller se battre contre les éoliennes, c’était perdu d’avance. Ce fut la même mésaventure. Son nom gommé des dictionnaires et l’Espagne rayée des cartes. Un marché réticent avait eu raison d’elle. L’avantage, ce fut que les bouchons de tankers dans le détroit de Gibraltar n’allaient plus se produire et que Total n’aurait plus de prétexte pour augmenter les prix à la pompe.

Le lendemain du surlendemain, plus que jamais oublieux de ce qui s’était passé dans le passé, je voulus téléphoner à Shakespeare pour lui dire qu’il était bien vain d’apprivoiser les mégères. Idem, plus d’abonné, plus d’Angleterre et dans la foulée, plus d’Ecosse. Le standardiste me déclara aussi qu’il manquait d’Eire. Bref, un gros trou dans la City s’était ouvert à cause d’une livre qui ne pesait plus rien. Il avait tout englouti.

Le surlendemain du surlendemain et les jours qui suivirent, tous mes meilleurs amis d’Europe disparurent du dictionnaire et leurs pays furent effacés de la carte. Même mon Victor Hugo et ma douce France ! Sentant le vent venir, je m’étais réfugié chez mon ami Goethe à côté de la Bundesbank. Que pouvait-il m’arriver dans cette Allemagne d’une solidité économique exceptionnelle ?

Pauvre de moi, comme elle n’avait plus personne pour acheter ses marchandises, elle tomba en faillite, elle aussi. Je n’eus que le temps de me réfugier sur le rocher de Monaco  grâce à un dollar flottant qui passait par-là.  Du haut de la pyramide d’or accumulé, je pus voir les yachts sur la mer infinie converger vers l’Eldorado fiscal, rejetant à la mer les migrants qui s’étaient réfugiés dans leurs cales, ces migrants qui allèrent nourrir d’autres requins.

 

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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 08:00

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Au bout du conte

Emmanuelle Cart-Tanneur

 

 

Moi, je n'ai jamais rien demandé à personne.

L'exploitation héritée de mon père, je l'ai développée, j'y ai consacré ma vie, et jusque là j'ai toujours fait en sorte d'en tirer, bon an mal an, de quoi faire vivre ma femme et mon fils.

Ces derniers temps, les choses devenaient de plus en plus difficiles. Quatre-vingt-dix  heures de travail par semaine, sans vacances ni RTT, il m'a fallu aller chercher toujours plus loin une foi en mon travail que je ne parvenais plus, certains jours, à trouver.

Mon fils ne reprendra pas l'exploitation – trop de travail, pas assez de reconnaissance. Il est parti tenter sa chance au Canada. Ma femme m'a toujours secondé, mais elle n'a pas tenu le coup; elle est en dépression depuis janvier. J'ai dû embaucher un saisonnier pour réussir à assurer le quotidien.

Je suis endetté, nos prix baissent continuellement, parallèlement à nos subventions. Le harcèlement des créanciers et de l'administration est sans relâche.

Je sais que nous sommes tous dans le même bateau. Mais nous n'en parlons jamais entre nous. J'ai ma fierté.

Mais je crois que j'ai atteint un degré de découragement que je n'avais jamais connu.

 

En février, il y a eu cette invitation de la Conf. Le Salon de l'Agriculture, je n'y avais jamais mis les pieds, pas le temps, guère l'envie. Trop loin de nos réalités. Cela fait bien longtemps que je ne crois plus aux discours des syndicats quels qu'ils soient.

Mais je me suis laissé convaincre et j'ai accepté de laisser mon saisonnier l'espace de quelques heures, faisant promettre à Max que nous serions rentrés avant la traite du soir.

Nous sommes arrivés à la Porte de Versailles en fin de matinée. Il n'y avait pas grand-monde, jusqu'à ce que me parviennent, de loin, les rumeurs d'un mouvement de foule.

Il y a eu un brouhaha, des invectives, des journalistes, caméra ou micro au poing qui couraient en tous sens, et puis des cris ici et là : "C'est lui !"

Je ne savais pas qu'il devait venir ce matin-là. Cette information m'aurait à coup sûr découragé pour peu que l'aie connue à temps. Mais j'etais pris dans la marée humaine qui l'entourait, créant comme une vague sombre qui progressait dans les allées. Costumes foncés et lunettes noires, le service d'ordre essayait tant bien que mal de concilier son rôle de protection avec celui de permettre à celui qui se trouvait dans l'oeil du cyclone la démonstration du sens du "contact avec les Français" dont il était venu, entres autres, faire preuve.

C'est là que je l'ai vu; entouré – et dominé - par ses gardes du corps, il fendait la foule, le sourire crispé, distribuant des poignées de main automatiques, scandant sa progression de "Bonjour !", "Merci hein !" adressés à la foule anonyme comme autant de bénédictions royales au petit peuple venu l'acclamer.

Moi, je n'ai pas compris comment je me suis retrouvé à sa portée. Autour de moi, on se bousculait, on jouait des coudes pour l'approcher, le toucher, recueillir une fraction de seconde le contact de sa main. Je n'ai pas réussi à me reculer suffisamment; il a soudain été à ma portée et m'a tendu la main; il me suffisait de l'ignorer. Mais là, je n'ai pas réfléchi, ça m'a échappé : "Ah non, touche-moi pas ! Tu me salis !"

Puis il s'est éloigné, et j'ai pu respirer à nouveau. Je ne savais pas qu'il m'avait répondu.

Je ne me rappelais même pas cet épisode. C'est le soir, chez moi, en rentrant de la traite, que je les ai vus, Paul, Max et deux ou trois autres, devant un ordinateur qu'ils avaient apporté, posé sur la table de la cuisine, en train de s'esclaffer : "Ben dis donc Louis, toi t'as pas la langue dans ta poche !" ; je n'ai compris de quoi ils parlaient qu'en me voyant sur l'écran, perdu dans la foule, à peine un quart de seconde, mais il fallait bien admettre que ma voix avait porté. La réponse, elle aussi, était assez claire.

 

Dès le lendemain, je n'ai plus pu faire un pas dans le village sans que l'on m'apostrophe :

"Ben toi alors !" ; Max venait tous les soirs avec son ordinateur me montrer les vidéos qui circulaient en boucle sur Internet, les réactions des politiques, les déclarations d'une multitude de gens que je n'avais jamais vus et qui s'offusquaient de ma réaction, ou de la réponse que j'avais reçue.

Et puis sont arrivés des journalistes. Je ne sais pas comment ils ont pu faire pour m'identifier, mais ils l'ont fait. Ils ont tenté de me rencontrer. Au village, on leur avait dit où me trouver. Mais j'avais bien d'autres chats à fouetter. J'ai refusé toutes les interviews, et le calme est revenu. On a cessé d'en parler.

 

Mais ils n'ont pas été les seuls à me retrouver.

Dix jours après la clôture du Salon, j'ai reçu un avis de contrôle fiscal. Un contrôle URSSAF a suivi une semaine après ; je n'avais pas eu le temps de terminer les déclarations concernant mon saisonnier mais j'avais cru avoir obtenu un délai.

Je n'ai pas reçu d'accord de la banque pour le prêt de 100 000 euros qui m'était nécessaire pour mettre l'exploitation aux nouvelles normes environnementales européennes. Un courrier vient de m'apprendre que des contrôleurs envoyés par Bruxelles doivent venir saisir mes vaches – c'est la procédure en cas de non -respect de ces normes. Comment pourrais-je donc y faire face ?

Cette nuit, ma grange vient de brûler. Je suis certain de ne pas y avoir laissé quelque mégot que ce soit – je ne fume jamais ailleurs que dans la cuisine.

 

J'aurais pu être dix mètres plus loin dans la foule; j'aurais pu arriver dix minutes plus tard; j'aurais sans doute dû.

La corde est prête au grenier.

Pour ça non plus je n'aurai besoin de personne.

On trouvera cette lettre sur moi.

Je laisse à mes proches le choix de la communiquer à la presse ou à quelque responsable que ce soit.

La suite ne m'intéresse plus. Pour moi, l'histoire s'arrête là.

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 08:00

Jour -90 b

 

Nos amis les bêtes

Castor Tillon

 

 

Bonjour mesdames, messieurs. Bienvenue à la première séance de travail du tout nouveau Ministère des Espèces Rares ou Disparues (M.E.R.D., ce sigle commence mal, je trouve)… et merci de votre confiance. Bon, ne perdons pas de temps, et voyons la liste du mois pour les animaux menacés d’extinction, et que nous allons nous efforcer de préserver. Hormis la disparition de deux espèces de maquereaux en février et mai dernier – le brissort feu, et le jorgétron à queue courte – pour lesquels nous ne pouvons plus rien faire, nous allons devoir nous pencher sur plusieurs cas intéressants. Ouvrons le ban avec un plantigrade menacé :

- L’ours brun, bon début, oui… Voyons cela… Principal prédateur du castor… ?!? Ah oui, mais non, j’ai un ami que ça ne va pas arranger. Laissons ce dossier de côté pour l’instant, il n’a pas l’air si urgent, et passons au suivant :

- L’hippopotame nain, population : 3000 individus. 3000, on a le temps de voir venir, hein, faut pas exagérer, tout de même. Ils ne vont pas se volatiliser demain. Des bestiaux pareils. Et ceux du zoo de Vincennes, on les surveille : pas question qu’ils s’éteignent.

- Le kakapo (qu’est-ce que c’est que ce truc ?)… gros perroquet aux couleurs démentes, l’espèce ne compte plus que 86 spécimens. Il a perdu la faculté de voler, et se déplace en courant. Eh bien, il mérite ce qui lui arrive, je regrette. Soyons sérieux : ce ne sera pas une grosse perte. Depuis quand a-t-on un dossier de collaboration et de financement avec Wellington ? (je veux qu’on me trouve le res… l’irresponsable de cette liste). Après le kiwi, ce… cet oiseau. Qu’est-ce qu’ils font là-bas, avec leurs poules ? 

- Examinons le drame de l’animal suivant, qui est un chien de berger : le barbet. Ses caractéristiques rustiques et notamment son étonnante fourrure laineuse, font de lui un chien qui ne craint ni le froid, ni l’eau, et ce, à n’importe quelle saison (dixit le site du barbet). Alors pourquoi disparaît-il, cet animal ? La barbe ! Trouvez-lui une niche fiscale, s’il en reste, et finissons-en.

Concentrons-nous plutôt sur les cas vraiment urgents, à savoir (cet article n’est même pas sur la liste, heureusement que je veille) :

- Les quelques rares espèces qui hantent encore mon porte-monnaie, ça c’est intéressant. Comme je l’avais déjà remarqué auparavant, elles trébuchent et ne sonnent plus… Euh… On me signale que la personne en charge du Ministère des Fins de Mois Difficiles proteste : d’après elle, c’est une tentative de rabotage de ses attributions. Loin de moi l’idée, ce n’était qu’une suggestion, je veux dire une boutade, pardon chère collègue.

N’empêche qu’on a déjà réalisé de grosses économies en écartant les cas douteux ci-dessus, et quand on aura viré le crétin qui a rédigé cette liste, le budget récupéré contribuera à renflouer un peu le portefeuille du ministr… ministère, qui aura besoin de moyens considérables pour mener à bien la noble tâche qui lui a été impartie.

- Pour terminer, juste pour le fun, citons le cas du chef de file des deux faces de tanches dont l’extinction a été évoquée au tout début de cette réunion : il s’agit du sar. Le sar… quelque chose ? Le nom est déjà en train de s’estomper, dites-donc… Ce frétillant louvoyeur* est voué, lui aussi à la disparition dans un peu plus d’une centaine de jours, mais il sera probablement remplacé par une espèce similaire, ce qui ne devrait pas entraîner des changements trop radicaux dans le biotope de la mare politicum.

 

 Fin de cette session, je vous remercie infiniment de votre attention, nous avons assez travaillé pour aujourd’hui. Allons maintenant procéder, mes amis, à l’éradication occasionnelle du homard thermidor et de l’œuf d’esturgeon, deux espèces qui ne sont pas près de disparaître des ministères, mais dont nous devons étudier le cas avec toute l’attention requise.

 

*Louvoyeur : pris dans le sens d’une personne qui louvoie, n’est-ce pas, et non dans celui du dispositif pour enfoncer des tubes dans les fond... mais qu’est-ce que c’est que cette définition ?!?

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 08:00

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Des monceaux d'immondices

Claude Romashov

 

 

J’étais assis sur des monceaux d’immondices. Il y en avait à perte de vue. C’était un endroit répugnant et je me demandais dans un brouillard comateux ce que je faisais là.

Les feuilles d’un journal au papier jauni s’envolèrent. Les gros titres parlaient de la grève des éboueurs dite grève des 100 derniers jours. J’eus un ricanement. Quelle ironie pour dire que socialement tout allait mal ! Les affiches du présidentiable maire de la ville s’étalaient autour de moi. Sur fond de nature idylle idyllique, il promettait des mesures efficaces afin d’enrayer la prolifération d’espèces indésirables. Je n’aimais pas le ton de ces slogans mais devais reconnaître qu’ils trouvaient écho auprès d’une population frileuse, réactionnaire et déçue par les partis traditionnels. 

Tout à coup, je perçus un tressaillement. Je retins mon souffle. Peut-être était-ce le vent dans les branches dénudées des arbres ? Le bruit furtif s’amplifia jusqu’à devenir insupportable. Le sol se mit à trembler. La peur m’envahit. C’était un martèlement de pas secs et nerveux. Mon sang se figea dans mes veines. Je n’osais pas me retourner. Une menace allait fondre sur moi et je ne pouvais ni m’enfuir, ni l’éviter.

Ils arrivaient de partout, le ventre énorme et les yeux fous. Un hurlement d’effroi s’étrangla dans ma gorge. Le corps recouvert de poils hérissés, ils se déplaçaient sur leurs deux jambes comme nous. La comparaison s’arrêtait là, si ce n’était l’instinct grégaire qui les faisait se regrouper pour affronter tout individu empiétant sur leur territoire.

Il fallait vite prendre une décision malgré le peu de chances que j’avais de leur échapper. Ils étaient nombreux et bien plus costauds que moi. Je n’avais plus qu’une solution. M’immobiliser sur le sol infect. Si la mort devait arriver, je voulais la regarder en face. Alors je m’assis en tailleur en essayant de ne pas trahir mon angoisse par un geste brusque, une odeur de mauvaise sueur.

La cohorte s’arrêta, un peu décontenancée par mon attitude passive. Celui qui semblait le chef me dévisagea. Je voyais ses yeux à la pupille d’agate interroger les miens.  D’un geste,  il calma ses troupes pressée de fouiller la décharge. Je discernais la moindre de leurs intentions, leurs gestes nerveux et agressifs. Immobile tel un bloc de granit, je vidais mon esprit de toute pensée malveillante. C’est alors que le chef se détourna de moi. Je les intéressais moins que le monceau d’immondices. Ils se jetèrent sur les ordures avec des grognements de satisfaction. Des filets de bave verte coulaient du trou malodorant qui leur servait de broyeur. J’entendais le bruit de leurs mandibules et discernais sous la peau translucide les mouvements des muscles masticatoires. Ils ne faisaient plus attention à moi. Je voulais me lever, fuir mais n’osait pas car ils étaient trop proches. J’observais discrètement ceux de l’arrière garde. Leurs intestins gonflés saillaient sous la peau en vergetures énormes au fur et à mesure qu’ils ingurgitaient les rebuts de la société déshumanisée. Rapidement le tas diminua puis disparut laissant place à des herbes calcinées. L’équipe de nettoyage était d’une efficacité redoutable.  

Ils n’étaient plus que des points noirs à l’horizon. Je me levais péniblement. Mon mal de tête avait disparu et la mémoire se remettait en place. J’étais un jeune imbécile, qui ne voulait pas travailler et encore moins se salir les mains. Je préférais gaspiller mes maigres subsides dans des soirées imbibées d’alcool ou avec des rencontres de hasard dans des tripots de jeu d’où je sortais le moral en berne. Je me rappelai ma minable chambre en ville, le papier peint pisseux, le plâtre qui moisissait comme moisissait la ville croulant sous les ordures depuis la grève des éboueurs. Les habitants se plaignaient des immondices, de l’odeur insupportable et des rats qui envahissaient les caves. Je me souvenais que le maire n’avait pas voulu casser la grève en embauchant des intérimaires qui d’ailleurs  ne voulaient pas de ces emplois.

Lentement, je me remis en marche, j’avançais péniblement dans les rues en évitant le plus possible les détritus qui jonchaient le sol. Un jus noirâtre s’écoulait dans les caniveaux. Il était recommandé de porter des masques. La mairie en distribuait gratuitement mais la population en désaccord avec la gestion de la crise, boycottait toute initiative de sa part. Je m’arrêtais devant le panneau d’affichage et parmi les graffitis obscènes, je déchiffrais une des annonces. Le maire avant d’abandonner ses charges, recrutait toute brigade, même un peu spéciale, qui serait intéressée par le ramassage des ordures avec une prime alléchante à la clef.

Eux, ceux d’en bas comme on les appelait, se moquaient bien de la prime. Ils avaient faim, leur survie était difficile surtout depuis la déconfiture mondiale qui étendait les bras de sa pieuvre sur notre beau pays. Ce jour là, ils étaient sortis en masse des catacombes de la capitale. La population s’était verrouillée chez elle. Eux, c’était les mutants qui grouillaient sous terre. Ceux qu’on ne voulait pas voir. Il était un temps où on les utilisait pour les travaux de terrassement de nos villes puis la crise aidant, on avait banni ces hommes. On les avait enfermés dans les souterrains depuis des années car ils devenaient dérangeants et vindicatifs. On les avait coupés de leurs racines, nié leur intelligence et leurs qualités d’adaptation. Tout ça pour le bien-être d’une société délétère qui allait bientôt payer le prix  de son manque d’humanité et sa mégalomanie. Car ces créatures façonnées par les déchets de notre opulence n’avaient plus rien de créatures civilisées. Malgré mon amnésie ce jour là, j’avais deviné à leur regard, à leur fébrilité, à la bave verdâtre qui suintait de leur orifice nutritionnel qu’ils n’allaient pas tarder à se régaler de nos cervelles ramollies. Des jours effroyables se préparaient et j’étais bien le seul dans cette fichue ville à le pressentir… 

La campagne battait son plein entre petites phrases assassines et grandes joutes oratoires. Ce n’était plus qu’interviews et affrontements dans les journaux télévisés et la France retenait son souffle. J’en avais marre et pourtant j’étais au premier rang du meeting où seraient proposées les grandes lignes du programme de notre candidat et débattue la question cruciale des alliances et les reports de voix. Le service d’ordre, musclé fouillait les participants. Mes cheveux longs et mon allure malingre déclencha leur zèle. L’assemblée badgée, agitait des petits drapeaux. Il entra, décontracté dans un costume de prix qui cachait sa bedaine de bon vivant. Le tonnerre d’applaudissements fit trembler les vitres. Comme le public en transe, Je découvrais, ses talents de rassembleur.

- Mes chers concitoyens, cher peuple de France, le progrès est en marche. Nous voulons un pays où chacun aura le droit d’exprimer ses opinions et de remettre en cause toute politique de caste qui nous a conduits au désastre que vous savez. Cela fait des années qu’on veut nous faire croire que nos institutions marchent bien, que notre pays émerge de la crise, que notre système judiciaire est efficace. De qui se moque-t-on ? Regardez nos rues, envahies de déchets, nos enfants qui s’abrutissent sur des jeux vidéo débiles, le taux de chômage et le pouvoir d’achat qui diminue depuis cette monnaie communautaire dont vous ne vouliez pas…  

L’euro doit disparaître ! C’est inscrit depuis toujours à mon programme. Suivait la longue liste des promesses qui ne seraient pas toutes tenues.  

• Augmentation des allocations familiales, salaire maternel à partir du troisième enfant, réouverture des maternités dans les campagnes, construction de crèches et de nouvelles aires de jeux en vue de séduire l’électorat féminin.            

  Un travail convenablement rémunéré pour chaque français.

• Construire de nouvelles prisons afin d’accueillir une foule de délinquants. Conséquence naturelle du laxisme de nos dirigeants.

  Favoriser l’aide au retour définitif dans leur pays à tout étranger (même né ici)

• Mettre en libre service, des voitures non polluantes et des aspirateurs autonettoyants à chaque coin de rue.

• Murer tous les soupiraux, grilles d’égouts, canalisations défectueuses afin d’éviter la prolifération des créatures qui vivent de nos déchets.

• Et pour conclure se préoccuper de nos chers retraités en construisant des centres d’accueil fermés où ils seront choyés comme il se doit.

Il se gardait bien d’aborder le coût de ses mesures consensuelles. Et l’assemblée subjuguée par sa voix chaude et ses gestes amples ne lui posa aucune question. Mais le clou du meeting restait à venir. Le rideau décoré de sigles tous plus bleu blanc rouge les uns que les autres s’ouvrit comme par magie libérant une créature à l’aspect terriblement humain, si ce n’était un broyeur à la place de la bouche, hermétiquement recousu, les yeux d’agate fixés sur de grosses chaussures de chantier.

- Voici notre dernière trouvaille technologique. C’est un ingénieur français qui l’a conçu. Un homme robot, infatigable au travail et doué d’une intelligence quasi naturelle. Celui-ci est privé d’énergie mais il se recharge ses batteries pour la journée à une borne installée à la porte de son usine attitrée.

Les rideaux furent tirés dans la salle pour la projection d’un court film mettant en scène le robot sur son lieu de travail. J’avais la nausée et sortit précipitamment en bousculant au passage un vigile au regard assassin. Le robot, je l’avais reconnu malgré les couches de peau artificielle rajoutées. Lui le chef de la bande des invisibles, celui qui m’avait laissé la vie sauve.

Je marchais, presque indifférent au sol qui se soulevait sous la colère des êtres emmurés dans les souterrains et entrait dans le parking pour récupérer ma voiture. Le futur élu avait sa place réservée et une magnifique Mercedes comme voiture de fonction. J’aimais les belles voitures et m’approchais discrètement d’elle pour éviter le déclenchement de l’alerte et jetait un coup d’œil à l’habitacle. La stupeur me fit reculer précipitamment. Les sièges de cuir étaient lacérés et sur le dossier du conducteur, je pus lire écrit en lettres de sang :

Pas besoin de passage aux urnes pour que notre temps vienne et ce jour là… Vous connaîtrez le vrai goût de la peur !   

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 08:00

jour -92

 

100 choses à faire ou à défaire pendant une campagne électorale

Mes résolutions et autres fantaisies du dimanche

par Franck Garot

 

8.    répondre « casse-toi pauvre con » à toutes les questions

9.    penser que la télévision doit se sentir bien seule

10.  remiser la radio au grenier

11.  remplacer le bonnet blanc par un blanc bonnet

12.  déchirer sa carte d'électeur

13.  demander à Geppetto d'arrêter ses conneries et de prendre sa retraite, les marionnettes pullulent, sans parler de leur nez

14.  venir flâner chaque jour dans le café Calipso


 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 08:00

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Dans la peau de Duchemin

Benoit Camus

 

 

Pas facile à cerner, le Duchemin ! Des heures d’entraînement à me prendre pour lui, à me glisser dans sa peau d’étriqué, sans que rien de probant n’en sorte. Je stagne à l’étroit dans ses entournures, coincé dans ses encoignures. « Pense premier degré ! » ne cessent de me tarabuster mon attaché de presse et mon communicant numéro 1. Je veux bien mais difficile, quand on est rompu à la réflexion multidimensionnelle. “La réflexion multidimensionnelle”, faut que je le note, que j’en parle à Bertrand en vue d’un prochain discours. Il va être content, Bertrand, toujours à l’affût de mes saillies explosives. Oui, “la réflexion multidimensionnelle”, j’y suis comme qui dirait astreint. J’ai “la réflexion multidimensionnelle” chevillée à la cervelle. Les neurones qui carburent à la démultiplication conceptuelle. Ah, je suis inspiré, aujourd’hui : le slogan spontané, la formule innée.

Des idées simples, me rabâchent mes conseillers, des idées simples ! Autant demander à un pur-sang de virer bourrin ! Je m’y résous, cependant, et avec leur aide, j’ai accouché de quelques unes. Des idées que Duchemin puisse comprendre… et s’approprier… Le mieux : qu’il imagine avoir eu les mêmes ! Oui, le persuader que mes idées sont les siennes. Qu’il s’y reconnaisse ! Genre : les grands esprits se rencontrent… Le plus dur est de se mettre à niveau. Que la ducheminisation du cortex opère ! Il suffit d’en rabattre, me tancent les experts, et de suivre les ornières. La démarche se résume en gros à désigner un coupable. À chaque problème, son coupable. Et pas n’importe lequel, un visible, aisément identifiable… Le coupable : voilà qui frappe la conscience Duchemin. Soudain, tout s’éclaire ! Mais oui, mais bien sûr ! Duchemin est content. Sauf que… méfiance ! On ne l’entourloupe pas, le Duchemin ! Il lui faut l’emballage, aussi !

« Lâche-toi ! » me harcèle mon attaché de presse. « Cause le Duchemin ! » m’enjoint mon communicant numéro 1. Trois syllabes, maximum, par mot ! Un champ lexical réduit à sa plus simple expression. Et surtout : des phrases courtes ! Ajouter à cela des fautes de français et des onomatopées, et le tour est joué ! Comme si c’était évident ! Ils ne se rendent pas compte, mes collaborateurs, à quel point ce langage m’est étranger. « Tu dois apprendre le Duchemin, si tu veux convaincre ! » me rétorquent-ils. Je m’y efforce. Je progresse. Pas assez vite au goût de mon équipe !

Et pareil pour la gestuelle. Il paraît que je suis trop statique. Alors, je bouge. La tête, les épaules, les bras. Je bouge ! Et je touche. « Duchemin apprécie le contact ! » me certifie-t-on. Des tapes dans le dos, des étreintes : des heures durant, je me suis exercé. À me peloter avec mes conseillers, afin d’acquérir les rudiments du Duchemin palpeur. Ainsi, la poignée de main… Sauf qu’en l’occurrence, Duchemin en présente des différentes : des molles, des moites, des râpeuses, des féroces… J’ai donc opté pour un entre-deux et ai conservé la mienne. Toujours ça de moins à bosser !

« On arrive ! » me prévient mon chauffeur. Il se gare aux abords du marché. « Pense Duchemin ! » m’encourage encore le communicant ! Il m’agace, le communicant. Je sais ce que j’ai à faire ! Je prends sur moi. Je me concentre. Je m’exhorte. Je suis Duchemin, je suis Duchemin ! me répété-je. J’aspire. J’expire. Je me détends les cervicales. J’ouvre la portière.

La foule des Duchemin m’attend ! Bon dieu, avec tous les efforts que je consens, ils ont intérêt à ne pas me laisser au bord ...

 

Par Patrick L'ECOLIER - Publié dans : Les 100 derniers jours
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